Hippocrate 2.0

Les innovations technologiques enfièvrent la santé digitale. Objets connectés et applications mobiles se multiplient et s’immiscent dans la relation praticien-patient. Mais pour quelle utilité réelle ? L’étude Digital Doctor* de Ipsos Healthcare a analysé les attentes des médecins généralistes en Europe. Yves Morvan, directeur de clientèle, en a présenté les principaux résultats à Paris, lors de la 6e édition de Doctors 2.0 & You, le congrès international de la e-santé.

Tensiomètres connectés, glucomètres synchronisés avec les smartphones, applications mobiles de bases de données de médicaments pour les médecins, piluliers intelligents, sites web d’informations médicales, applications permettant aux malades de signaler les effets indésirables des traitements… Destinées aux patients ou au corps médical, les innovations dans le domaine de la e-santé sont pléthores. Et les médecins généralistes ont du mal à s’y retrouver. Lesquelles sont vraiment utiles ? Quels objets connectés sont fiables ? Quelles applications mobiles peuvent-ils recommander à leur clientèle ? Et avec quelles garanties sur la protection du secret médical ? Le sujet est d’autant plus sensible qu’il touche le cœur de la relation médecin-patient.

E-SANTÉ… LES MÉDECINS Y CROIENT

Les technologies de la santé électronique vont se développer, selon les praticiens généralistes français, allemands et britanniques, interrogés dans le cadre de l’étude Digital Doctor* de Ipsos Healthcare : 80 % d’entre eux pensent que les applications mobiles médicales ne sont pas un simple effet de mode. Et 72 % les utilisent, participent à des forums sur le web ou discutent de santé connectée en consultation. Pour 25 % des médecins généralistes, les applications de santé destinées aux patients feront même partie de la prise en charge du malade dans les prochaines années.

« On observe un effet générationnel. Les médecins de moins de 45-50 ans ont intégré facilement le numérique dans leurs usages. Ceux au-delà de cet âge en ont une pratique beaucoup plus limitée. »

Yves Morvan, Directeur de clientèle Ipsos Healthcare


 

AIDE OU NUISANCE ?

Les praticiens européens sont donc plutôt favorables au développement des applications mobiles de santé, mais ils émettent une réserve. En effet, 27 % estiment qu’elles peuvent créer des conflits entre médecins et patients. Selon 66 % des généralistes, les outils numériques pourraient causer de mauvaises interprétations de données, pour 61 %, le risque concerne l’afflux de patients hypocondriaques, et 53 % pointent le manque de sécurité et de confidentialité. Le digital au service du médical n’échappe pas au premier des quatre principes fondamentaux énoncés au Ve siècle av. J.-C. par Hippocrate, le père de la médecine, “être utile ou au moins ne pas nuire”.

ABONDANCE NE VAUT PAS PANACÉE

Le foisonnement d’inventions technologiques grand public et professionnelles qui agite l’e-santé, n’est pas la panacée : 73 % des généralistes ne savent pas quelle solution numérique ils souhaiteraient voir se développer. Pour assurer un avenir pérenne à ce nouveau secteur, « tout l’écosystème de la santé doit se mobiliser dans une démarche de co-création et d’open innovation », d’après Yves Morvan. Médecins, pharmaciens, laboratoires pharmaceutiques, start-ups, autorités de santé… C’est seulement dans cette approche pluridisciplinaire que pourront émerger des solutions digitales apportant à tous une valeur ajoutée.

VERS L’E-OBSERVANCE DES PATHOLOGIES CHRONIQUES

Aux yeux de certains praticiens, le numérique peut appuyer la gestion à distance des maladies chroniques comme le diabète, les maladies cardio-vasculaires, et les maladies respiratoires. Par exemple, 53 % des médecins qui ont recommandé une application mobile de santé, l’ont conseillée à leurs patients diabétiques, afin qu’ils s’auto-évaluent.

Grâce à l’e-santé, les patients deviennent partenaires de leur prise en charge médicale.

« Les applis facilitant le suivi d’une pathologie chronique, prolongent le rôle du médecin entre deux consultations, et favorisent une meilleure observance thérapeutique. »

Yves Morvan, Directeur de clientèle Ipsos Healthcare


Les applis peuvent donc renforcer la relation médecin-patient. « Ce lien tend à devenir phygital, la consultation physique est complétée en direct par des services digitaux, puis par un suivi numérique au-delà. » Bienvenue chez le bon docteur digital !

*Dans l’enquête Digital Doctor, Ipsos Healthcare a interrogé plus de 130 médecins généralistes en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, sur leurs attentes en matière de e-santé. Les questionnaires ont été administrés online.

Yves Morvan

Directeur de clientèle, Ipsos Healthcare

Yves Morvan

Directeur de clientèle, Ipsos Healthcare

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