En tweetant, les politiques se dévalorisent

En tweetant, les politiques se dévalorisent

28 oct. 2013 - 

Alors que Cécile Duflot dit vouloir freiner son usage du réseau social, en raison des insultes reçues, deux spécialistes de l'opinion analysent l'impact des réseaux sociaux et de la « twittomania » sur l'image de la classe politique.


Depuis que les réseaux sociaux sont entrés dans la vie des politiques, certains de ces nouveaux moyens sont devenus de véritables outils de communication. La ministre Cécile Duflot vient d'expliquer sur Twitter qu'elle freinait ses interventions à cause d'une multiplication d'insultes auxquelles elle ne souhaite pas prêter attention. Christine Boutin, ex-présidente du Parti démocrate, lui a répondu en estimant qu'elle était «trop sensible». Mais quelle image de telles discussions ou commentaire publiés en cascade sur Twitter donnent-ils de la vie politique?

«Les hommes et les femmes politiques suivent la mode et la tendance» explique Stéphane Zumsteeg, directeur du département Opinion chez Ipsos. Il estime que de tels instruments, avant d'être une «nouvelle façon de faire de la politique», seraient plutôt de «véritables accélérateurs de gaffes et des couacs, ministériels ou autres.» En observant qu'une grande partie de la classe politique semble céder à la tentation des réseaux sociaux et à l'image «jeune» qu'ils véhiculent, le spécialiste souligne également la même tendance du côté des professionnels de l'information: «Un certain nombre d'observateurs politiques, journalistes ou autres, semblent rivés sur la moindre petite phrase. C'est d'ailleurs presque pour cela que l'on va sur Twitter aujourd'hui. On y cherche plus le bon mot que des idées de politique générale.» 

Twitter ou la négation de la politique

Il est sans doute difficile de mesurer l'impact du spectacle permanent offert par Twitter sur l'opinion. Mais on peut se demander, en ces temps de forte abstention et de grande méfiance des électeurs vis-à-vis du monde politique, si la place accordée à ces modes d'expression brève et superficielle, n'est pas finalement un facteur aggravant. La question est encore plus aigüe si l'on imagine que l'opinion est sans doute en droit d'attendre, de la part des politiques, un niveau de débat plus élevé sur des questions complexes de société. La brièveté du tweet n'est-elle pas finalement une forme de négation de la politique? «Les gens qui suivent ces tweets politiques sont déjà politisés, souligne Stéphane Zumsteeg, mais cela concourt à désacraliser l'image des responsables politiques qui sont dans la réflexion. Ces politiques, devenus des gens comme les autres, cèdent eux-aussi à la petite phrase.» L'analyste reconnaît ainsi un affaiblissement de la parole politique en devinant une disparition du «respect de la parole ou de l'intelligence.»

«Pessimisme record»

Selon Stéphane Rozès, directeur du cabinet CAP (Conseils, Analyses, Perspectives), cette tendance place le personnel politique dans «l'instantanéité et l'immédiateté.» Au-delà du risque de se «laisser submerger par l'émotion», le chercheur remarque que l'usage de ces médias sociaux provoquent une «dévalorisation symbolique» car selon lui, le politique semble être lui-même une variable du présent alors que le pays aspire au contraire à pouvoir être éclairé et porté par le politique.

«Le danger essentiel est la perte de perspective et de projection, précise Stéphane Rozès, cette inversion des choses explique notre pessimisme record. Les individus ont le sentiment que la France n'est pas maîtresse de son destin.» En une décennie, le spécialiste se dit également «frappé par la perte de réflexion du point de vue de la stratégie politique.» Son constat est accablant pour ceux qui nous gouvernent et pour la classe politique dans son ensemble: «L'Etat est plus dans l'instant et le «comment» alors que le pays attend le «pourquoi».

Enfin, les médias n'échappent pas à la critique du directeur de CAP: «Ce qu'est devenu le journalisme politique, sous la pression des chaînes continues d'information et des réseaux sociaux, entretient et accélère l'inquiétude des Français.»

Source : Le Figaro.fr - 28/10/2013 

Stéphane Zumsteeg
Directeur du département Opinion Ipsos Public Affairs
stephane.zumsteeg@ipsos.com



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