Limites d'âges

Limites d'âges

13 janv. 2012 - 

« Age adulte », « maturité», « vieillesse »… Quels sont les âges charnières de la vie ? Comment les perçoit-on ? Qu’en espère-t-on ? Voici quelques réponses tirées de l’Observatoire de la Maturité. D’où il ressort notamment qu’il est préférable d’attendre 40 ans pour se marier, comme l’assure Rémy Oudghiri, Directeur du département Tendances & Insights, Ipsos Public Affairs.


L’Observatoire de la Maturité, inauguré fin 2011, situe le passage à l’âge adulte autour des 27 ans. Pourquoi 27 ans ?

Rémy Oudghiri : Je précise d’abord que ce choix de 27 ans, comme celui des autres âges de la vie mis en valeur par l’étude, est la synthèse des réponses fournies dans 8 pays (Allemagne, France, Italie, Espagne, Grande Bretagne, USA, Chine et Japon). Avec des choses assez surprenantes : Quand vous demandez, par exemple, aujourd’hui à un Japonais, à un Américain ou à un Français, à quels âges devient-on « adulte », « mature » ou « vieux » ? Tous sont à peu près d’accord pour fixer à 27 ans l’entrée dans l’âge adulte, à 40 ans celui dans l’âge mûr et à 69 ans le début de la vieillesse. Mais pour en revenir à ce choix de 27 ans, il prend acte du fait que les jeunes entrent de plus en plus tard dans le monde du travail et acquièrent alors leur autonomie matérielle. « Être adulte », c’est être indépendant financièrement. Alors que l’âge de la maturité qui lui succède autour de 40 ans, symbolise pour la plupart des gens le moment où l’on s’accepte soi-même, l’âge où l’on fait le deuil de ses aspirations les plus irréalistes, où l’on renonce au fantasme d’être « quelqu’un d’autre ». C’est l’âge de l’indépendance psychologique.

L’adulte, tel que vous le dessinez dans l’étude, continue de se rêver. Qu’est-ce que cela implique ?

R. O. : C’est un être immature qui se cherche encore, qui reste ouvert aux possibles. C’est ce qui fait de ce « couloir » d’une quinzaine d’années (entre 27 et 40 ans), l’un des moments privilégiés pour la consommation. Au sens où consommer dans nos sociétés, est une des façons de se chercher un style, un statut, ou un mode de vie. De ce point de vue, l’adulte offre le profil idéal en ce qu’il s’assume financièrement, tout en demeurant très réceptif à qui lui propose des styles de vie clé en main et des philosophies plus ou moins abouties. Aussi les 27-40 ans représentent-ils une « cible » de choix. Une cible sans doute négligée par rapport à celle des moins de 25 ans ou des plus de 50 ans.

40 ans, le meilleur âge pour se marier !

L’homme mûr serait donc un consommateur moins réceptif ?

R. O. : Il est moins facile à séduire. Il songe davantage à se stabiliser y compris dans ses modes de consommation. Mais bien sûr, le moteur du désir, du rêve, ne s’arrête pas à 40 ans. Il agit toute notre vie. Le politologue américain Benjamin Barber a parfaitement montré dans son ouvrage Comment le capitalisme nous infantilise ?  tout le soin que mettent les marques à entretenir en nous la dimension juvénile. C’est en restant le plus longtemps « jeune » voire « enfant », que nous gardons un goût prononcé pour les nouveautés.

L’Observatoire de la Maturité nous enseigne également que plus on se marie tard, moins on est exposé au divorce. Mariage mature, époux heureux ?

R. O. : Il existe en effet une période de 27 à 40 ans où le risque de séparation est clairement accru.

Le prince William et Kate Middleton, 29 ans chacun, ont du souci à se faire !

R. O. : Oui si l’on considère comme le montre notre étude qu’il devient plus simple de nouer une relation durable, sereine, ouverte, dès lors que l’on a soi même acquis cette stabilité. D’où ma boutade : mieux vaut se marier à 40 ans. Á cet âge là, vous n’êtes plus en train de vous chercher.

Les deux coups de vieux

Quel temps succède à celui de la maturité, d’après la chronologie que vous établissez ?

R. O. : C’est l’âge de la vieillesse qui commence à 69 ans en moyenne. La vieillesse se déroule en fait en deux temps. Le premier se joue vers 55 ans. On prend alors conscience de sa mortalité. On est encore globalement en bonne santé mais l’échéance se précise dans notre esprit. C’est très clair dans notre étude, notamment à travers le fait que les gens commencent alors à se soucier de transmettre un ensemble de valeurs à leurs enfants. La deuxième étape de la vieillesse se joue vers 65 ans. C’est le moment où la santé prend une part prépondérante dans la vie. L’âge où les gens commencent à effectuer des contrôles de santé très réguliers.

Pourquoi cherchez-vous à identifier ainsi ces différents âges de la vie ?

R. O. : Parce que le modèle de la vie des individus découpée en quatre grandes séquences (l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte et la vieillesse) a beaucoup évolué. Si l’on tient compte aujourd’hui, par exemple, du seul aspect physique, on peut à la fois être un « quinqua » et cultiver un look d’adolescent. La confusion s’est considérablement accrue autour des âges. Notre analyse consiste donc à actualiser ces évolutions, en portant davantage notre attention sur les grandes étapes psychologiques de la vie. Nous observons ainsi que le stade adulte (27-40 ans) est un temps clairement matériel, alors que celui de la maturité marque une étape spirituelle. La vieillesse combine les deux avec d’abord un coup de sonnette psychologique, puis vient la prise de conscience physique.

George Clooney, nobody else !

Qui incarne l’homme mûr idéal ?

R. O. : Nous avons demandé aux gens dans 8 pays de nous citer de manière ouverte deux personnalités qui vieillissent bien. George Clooney est partout plébiscité. Á 50 ans, il est l’incarnation du vieillissement réussi, celui que la plupart des hommes, tous âges confondus, rêveraient d’être. En deux, nous avons Sean Connery (81 ans), suivi par Sophia Loren (77 ans), Sharon Stone (53 ans) et Jane Fonda (64 ans). Ils réunissent deux qualités. Physique d’abord. Le vieillissement leur va bien. Intellectuel ensuite. Ils continuent d’être actifs. C’est le cas, en France, de personnalités comme Charles Aznavour (87 ans) ou Line Renaud (83 ans). Il y a toujours ces deux aspects : ceux qui vieillissent bien sont ceux qui traversent l’âge et qui sont capables jusqu’au dernier souffle, de rebondir et d’avoir la passion de la vie. C’est du reste une des tendances fortes de notre étude : l’aspiration des gens à rester jeune le plus longtemps possible. Quelle que soit l’étape de vie, 80% des répondants le désirent.

Voilà donc le modèle inter générationnel ?

R. O. : Á ceci près que la notion de jeunesse évolue avec le temps. Au début, elle est davantage liée à la dimension physique. Á partir d’un certain âge, la jeunesse devient un état psychologique. C’est la capacité à avoir des projets, à vivre des expériences nouvelles. Cet idéal est en train de s’imposer dans la société d’aujourd’hui. Il explique que l’on peut être, ou se sentir, jeune à tous les âges de la vie. Et donc, se rencontrer à tous les âges.

Rémy Oudghiri
Directeur du département Tendances & Insights, Ipsos Public Affairs
remy.oudghiri@ipsos.com



Derniers billets de Rémy Oudghiri