L'opinion publique mondiale : un tournant en 2012 ?

L'opinion publique mondiale : un tournant en 2012 ?

17 févr. 2012 - 

A l’occasion d’une conférence, qui s’est déroulée au Petit Palais à Paris en présence de nombreux clients, Ipsos a dévoilé les résultats de l’étude « Global@dvisor », dispositif mondial de mesure de l’opinion déployé dans 24 pays, sur la perception de la crise économique mondiale. Quatre grands experts venus des Etats-Unis, du Royaume-Uni, d’Italie et de France, et dirigeants au sein du groupe Ipsos, ont décrypté et comparé les préoccupations de leurs concitoyens et leur rapport au politique, sur fond de crise mondiale.


  1. L’opinion publique mondiale face à la crise : entre inquiétude et perte de confiance
  2. La perception de la crise économique est planétaire et alimente le pessimisme de l’opinion publique à l’échelle mondiale. Si celui-ci est moins marqué dans les pays émergeants, notamment au Brésil et en Inde, il reste très fort en Europe : 74% des Britanniques, 79% des Italiens et 87% des Français estiment que le pire reste à venir (et 68% à travers le monde). Entre ces deux pôles, les Etats-Unis et le Canada sont dans une position intermédiaire : bien que majoritaire, le pessimisme y est moins marqué qu’en Europe. Partout, la crise économique s’accompagne d’une crise du résultat pour les exécutifs : l’efficacité des gouvernements pour lutter contre les effets de la crise est remise en cause dans la quasi-totalité des pays. Pour autant, les oppositions ne sont pas systématiquement renforcées : une majorité de personnes interrogées à travers le monde estiment qu’elles ne feraient ni mieux, ni moins bien que leur gouvernement actuel.

  3. Les Britanniques face à la crise : un pessimisme exacerbé
  4. En Grande-Bretagne, la crise financière de l’automne 2008 a été vécue comme un choc. La contraction de l’économie britannique qui suit la crise financière est sans précédent, comparable à celle observée dans les années trente. Après une période de croissance soutenue, le salaire médian recule de façon significative, confirmant que le retour de la croissance se fait attendre plus encore que lors des précédentes récessions.

    Selon Ben Page, Directeur Général d’Ipsos Mori (Royaume-Uni), les conséquences de la crise sur l’opinion publique britannique sont multiples. Véritable obsession britannique depuis 2008, la préoccupation économique, tout d’abord, devance largement l’immigration, la justice, la sécurité et la santé. Le pessimisme des Britanniques s’est également renforcé : après un bref répit suite à l’élection de 2010, la « Broken Britain » est de retour. L’idée selon laquelle les jeunes appartiennent désormais à une « génération perdue » s’étend (35% des Britanniques le pensent, contre 12% en 2003). De ce point de vue, l’opinion publique britannique est beaucoup plus proche des opinions françaises et italiennes que de l’opinion américaine.

  5. Aux Etats-Unis, Obama échappe en partie à la crise du résultat
  6. La récession conduit à un recentrage du débat politique aux Etats-Unis autour des questions de politique intérieure, au détriment de la politique étrangère. Pour Darrell Bricker, Directeur Général d’Ipsos Public Affairs, Amérique du Nord, plus encore que les précédentes, l’élection présidentielle de novembre 2012 se jouera sur les questions économiques. Dans ce domaine Barak Obama peut faire valoir des arguments : depuis novembre 2011, l’économie américaine a créé plus de 600 000 emplois.

    Les impacts de la crise économique dans l’opinion semblent beaucoup moins profonds qu’en Europe, confirmant une bonne capacité d’adaptation de la société américaine. Les américains renforcent leur soutien à l’actuel Président, même si le clivage autour de sa personnalité reste important. Dans la perspective de l’élection présidentielle, Obama est ainsi en position de force vis-à-vis de tous ses adversaires potentiels : dans les intentions de vote, il bat actuellement tous les candidats à la primaire républicaine, y compris Mitt Romney, le favori des sondages. En revanche, on s’achemine probablement vers  une majorité républicaine au Sénat et à la Chambre des représentants.

  7. En Italie : la fin du Gouvernement Berlusconi conduit à un changement de paradigme
  8. En 2011, avec l’intensification de la crise dans la zone Euro, le pessimisme a fortement progressé en Italie. L’échec du gouvernement de Berlusconi à faire face à la crise a mis en évidence la faillite du politique. Elle s’illustre notamment par la montée en puissance de la défiance envers les institutions représentatives à un niveau jusqu’ici inégalé.

    Nando Pagnoncelli, Directeur Général d’Ipsos Italie, analyse cette évolution comme un changement profond et durable de la relation des Italiens au politique, que l’avènement du Gouvernement Monti a consacré. Jugé capable, expert et reconnu en Europe, le gouvernement « technique » de Mario Monti est apprécié des Italiens au-delà du clivage droite/gauche, qui ne fait plus sens à leurs yeux, et en dépit des mesures de rigueur impopulaires qu’il met en œuvre.

  9. En France : la campagne pour l’élection présidentielle annonce-t-elle une rupture ?

  10. En France aussi, la crise économique et financière de l’automne 2008 marque un tournant. Elle accentue certains traits caractéristiques de l’opinion publique : montée du pessimisme qui empêche de se projeter dans un monde heureux, renforcement des craintes pour sa situation personnelle, rejet de la mondialisation, défiance à l’égard de l’Euro, etc. De même qu’au Royaume-Uni et qu’en Italie, la crise bouleverse la hiérarchie des préoccupations : les questions économiques (chômage, lutte contre les déficits) sont désormais en tête des thèmes sur lesquels il est crucial d’agir. La crise réactive aussi les critiques sur l’efficacité du politique et réduit, comme chez les Italiens, la confiance accordée à la gauche et à la droite pour gouverner le pays, tout comme la capacité projetée du prochain président à améliorer la situation des Français.

    La faiblesse des marges de manœuvre a été intériorisée mais ne signifie pas pour autant désintérêt pour la politique, scepticisme et montée des candidats alternatifs. En effet, le déclin n’a pour les Français rien d’inéluctable, explique Brice Teinturier, Directeur Général Délégué d’Ipsos France. La politique conserve pour eux tous ses droits et ils continuent de s’y intéresser fortement. Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012, les Français pensent en majorité que François Hollande peut mener une politique différente de celle de Nicolas Sarkozy dans de nombreux domaines. Les dernières intentions de vote montrent en tous cas qu’il n’y a pas d’explosion des extrêmes mais, qu’à l’inverse, les partis de gouvernement semblent toujours en mesure de capter un grand nombre de suffrages. 

    Toutefois, même si la campagne pour l’élection présidentielle réactive l’espoir et rend visible l’hostilité à Nicolas Sarkozy, cet élan ne doit pas masquer les changements à l’œuvre dans l’opinion française qui pourraient aboutir, comme en Italie, à une profonde rupture dans le rapport des Français à la politique.

Brice Teinturier
Directeur Général Délégué,
brice.teinturier@ipsos.com



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