Présidoscopie – vague 3 : la percée de François Bayrou

Présidoscopie – vague 3 : la percée de François Bayrou

26 janv. 2012 - 

Le dispositif quanti/quali mis en place par Ipsos - Logica Business Consulting pour Le Monde, le CEVIPOF, la Fondapol et la Fondation Jean Jaurès est un outil sans équivalent pour décrypter dans toute leur complexité les mouvements d'opinions qui sous-tendent les variations d'intentions de vote Présidentielle 2012. Ce mois-ci, la troisième vague de l'enquête analyse précisément les déterminants de la progression de 7 points enregistrée pour François Bayrou entre début décembre et mi-janvier.


Cette enquête constitue la troisième vague du baromètre « Présidoscopie » réalisée par Ipsos et son partenaire Logica Business Consulting pour le CEVIPOF, La Fondapol, La Fondation Jean Jaurès et Le Monde. L’originalité du dispositif est qu’il est réalisé auprès d’individus qui se sont engagés à répondre tout au long de la période qui va de novembre 2011 au second tour de l’élection présidentielle. On peut donc identifier, d’une vague à l’autre, les personnes qui changent dans leurs intentions de vote et reconstituer leurs trajectoires. Des entretiens qualitatifs auprès de certains de ces changeurs permettent aussi de mieux comprendre les raisons de leurs changements.

Au cours de la période étudiée, le fait le plus marquant a été la hausse de 7 points de François Bayrou dans les intentions de vote Ipsos/Logica Business Consulting réalisées pour France Télévisions, Radio France et Le Monde. Alors qu’il était crédité de 7% d’intentions de vote début décembre 2011, son score a atteint 14% mi janvier 2012. 

Comme on l’a déjà vu le mois dernier à propos de François Hollande, les mouvements d’opinion observés dans ce dispositif sont le résultat de flux et de mouvements beaucoup plus complexes et variés que la simple juxtaposition de deux sondages ne le laisserait penser. Ainsi, la hausse de François Bayrou traduit des évolutions de deux types: les personnes qui changent de candidats d’une part, et les personnes qui, indépendamment du candidat qu’ils choisissent, évoluent en terme de niveau de mobilisation. Ces derniers peuvent ainsi soit se mobiliser davantage, en se déclarant aujourd’hui certains d’aller voter alors qu’ils ne l’étaient pas auparavant, soit se démobiliser en faisant le chemin inverse.

Dans le cas de la hausse de 7 points de François Bayrou, le dispositif permet de comprendre qu’elle est due:

- pour 5,5 points à des transferts de vote 

- pour 1,5 point à un surcroît de mobilisation.

L'analyse qualitative nous permet ensuite de mieux comprendre les déterminants de cette progression. Plusieurs éléments sont à relever :

• Une entrée en campagne réussie

- Rassurante : L’entrée de François Bayrou en campagne a été perçue comme claire et franche, notamment par rapport à l’attentisme perçu de ses deux principaux concurrents : François Hollande semblait, jusqu’au discours du Bourget, en arrêt depuis les primaires ; quant à Nicolas Sarkozy, il paraît se livrer à des manœuvres dilatoires afin de différer sans cesse son entrée en campagne.  

- Remarquée : L’entrée du chef du Modem en campagne a été remarquée sur le plan médiatique (20h de France 2, On n’est pas couchés de Laurent Ruquier). 

- Réenchanteresse  : La résurrection du candidat de 2007, quasi-disparu depuis cinq ans, donne au candidat centriste une présence retrouvée, qui redore son image. François Bayrou semble réinsuffler à la campagne de 2012 (attentiste, larvée) un peu de l’esprit de 2007 (audacieuse, clivante). Il semble ainsi réenchanter le débat politique. 

• Un cap clair avec des axes forts

- Un cap clair : Contrairement aux autres candidats, dont les principales idées apparaissent comme floues ou émiettées, le candidat centriste semble avoir un cap clair. Par ailleurs, mais uniquement auprès des électeurs venant de Nicolas Sarkozy et d’Eva Joly, deux formules choc résument ce cap:

- « Produire français » : c’est le premier axe retenu du programme de François Bayrou, très largement cité en spontané chez les ex sarkozystes ou jolystes. L’économie, l’emploi et la désindustrialisation sont perçus comme les vrais enjeux de la campagne présidentielle, et seul François Bayrou semble pour l’instant y apporter une réponse forte. 

- « Réduire la dette » :  c’est le second axe de campagne du candidat, qui semble d’autant plus légitime aux yeux de ces électeurs que cette thématique est perçue comme une vieille antienne du candidat centriste. L’association de la première et de la deuxième promesse est perçue comme un alliage convaincant, acceptable et réaliste en période de crise. 

•   Une personnalité terrienne, rassurante 

- « Honnêteté » et « charisme » sont les qualités les plus attribuées au candidat ; son côté anti-blingbling rassure aussi l’électorat de droite. Son image de « maître d’école » ou de candidat issu de la « campagne » contribue à en faire un candidat ancré, rassurant. 

- Par ailleurs, sa stature présidentielle semble également s’être affirmée.

L'intégralité des résultats et conclusions de l'enquête dans la présentation ci-dessous :

Brice Teinturier
Directeur Général Délégué,
brice.teinturier@ipsos.com



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