De plus en plus d'enfants victimes de harcèlement scolaire ?

De plus en plus d'enfants victimes de harcèlement scolaire ?

24 janv. 2012 - 

A la demande du Ministère de l’Education Nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative, l’institut Ipsos a réalisé une enquête sur la connaissance et la perception par le grand public de la problématique du harcèlement scolaire. Il ressort du sondage que le harcèlement scolaire serait en forte augmentation ; près d'un parent d'élève sur quatre pense que son enfant en a déjà été victime.


Le harcèlement scolaire : un problème très préoccupant et en forte augmentation pour une majorité de Français

Pour une très large majorité de Français (83%), le harcèlement scolaire est un phénomène en augmentation. Parmi eux, 64% ont même le sentiment qu’il a « fortement augmenté » par rapport à il y a quelques années. Seuls 1% des Français considère au contraire que ce problème a diminué et 12% qu’il est resté stable.
Les parents d’élèves ne se distinguent guère du reste des Français (81% pensent que le harcèlement scolaire a augmenté, dont 61% « fortement »). En revanche, les femmes sont un peu plus nombreuses à considérer que ce phénomène est en augmentation (86% contre 80% des hommes), tout comme les Français les plus âgés (90% des 70 ans et plus contre 74% des 18-24 ans), les catégories socioprofessionnelles moins favorisées (88% des employés et 87% des ouvriers) et les Français les moins diplômés (91% des sans diplôme contre 69% des Bac+3 et plus).

Pour plus de 9 Français sur 10, le harcèlement scolaire est un sujet préoccupant (94%), et même « très préoccupant » pour une majorité d’entre eux (51%). Logiquement, les répondants qui considèrent que ce problème est en forte augmentation sont plus nombreux à juger le sujet « très préoccupant » (62%). Les parents d’élèves ne se distinguent pas par un niveau de préoccupation plus important, au contraire (48% se disent « très préoccupés », contre 51% pour l’ensemble). Les parents d’élèves scolarisés dans le secondaire le sont un peu plus (56%).

Les Français considèrent majoritairement que ce sujet doit être prioritaire pour le Ministère de l’Education nationale, et croient en l’utilité d’une campagne d’information  

Pour une majorité de Français (52%), la question du harcèlement scolaire doit constituer un sujet prioritaire pour le Ministère de l’Education nationale. Les répondants les plus âgés sont particulièrement nombreux à le penser (63% des 70 ans et plus), tout comme les moins diplômés (77% des sans diplôme) et des Français les moins favorisés (67% de ceux dont le revenu mensuel net du foyer est inférieur à 1200 €). Les sympathisants de l’UMP sont en revanche un peu moins nombreux à juger le sujet prioritaire (46%) que les sympathisants de la gauche parlementaire (52%).

Pour le reste des répondants, le sujet est le plus souvent « important mais pas prioritaire » (42%). C’est notamment l’avis des plus jeunes (48% des moins de 35 ans), des cadres supérieurs (55%) et professions intermédiaires (62%), des plus diplômés (59% des Bac+3 et plus) et des plus favorisés (53% de ceux dont le revenu mensuel net du foyer est supérieur à 3000 €).

Seuls 6% des répondants jugent en revanche le sujet « secondaire ». C’est un peu plus le cas des 18-24 ans (15%), des cadres supérieurs (10%) et des plus diplômés (12% des Bac+3 et plus).

Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que 91% des répondants jugent qu’il serait utile que le Ministère de l’Education nationale mène une campagne d’information et de sensibilisation au harcèlement scolaire. Parmi eux, 50% jugent même qu’une telle campagne serait « très utile ». Les parents d’élèves ne se distinguent guère du grand public sur ce point. Les parents d’enfants scolarisés à l’école élémentaire sont néanmoins encore plus convaincus de l’utilité d’une telle campagne (94% la jugent utile, dont 54% « très utile »).

Les Français font avant tout confiance aux personnels de l’Education nationale présents dans les établissements pour lutter contre le harcèlement scolaire

Pour lutter efficacement contre le harcèlement scolaire, les Français font avant tout confiance aux personnels médicaux présents dans les établissements scolaires (78% leur font confiance), aux enseignants (76%), aux chefs d’établissement (74%) ou encore aux surveillants (73%). Cette confiance est néanmoins relative (moins d’un Français sur quatre a « tout à fait confiance » dans l’efficacité de chacun de ces acteurs).

Les Français citent ensuite les parents d’élèves (66%), devant les services de police et de justice (61%) et les élèves témoins de ce phénomène (50%).
Enfin, seuls 45% des Français déclarent faire confiance au Ministère de l’Education nationale pour lutter efficacement contre le harcèlement scolaire, ce qui s’explique sans doute davantage par la crise de confiance à l’égard des pouvoirs publics que par une véritable défiance à l’égard des actions menées, car en réalité c’est aux personnels du Ministère que l’on fait le plus confiance.

Les réponses des parents d’élèves diffèrent assez peu de celles du grand public, même si ces légers écarts dessinent une hiérarchie un peu différente : les parents d’élèves font en effet avant tout confiance aux chefs d’établissement (77%), devant les enseignants (76%), les surveillants (73%), et les personnels médicaux présents dans les établissements scolaires (72%). Le reste de la hiérarchie ne diffère pas de celle établie par le grand public.

Grand public comme parents d’élèves croient surtout en l’efficience d’efforts associant les parents d’élèves, les enseignants et les personnels d’encadrement : 91% des Français pensent que de telles actions menées conjointement seraient efficaces (dont 43% « certainement ») et 92% des parents d’élèves (dont 44% « certainement »).

Près d’un parent d’élève sur quatre pense que son enfant a déjà été victime de harcèlement scolaire, la plupart du temps à l’intérieur de l’école

Plus d’un parent d’élève sur quatre pense que dans la classe de son (ou ses) enfant(s), certains élèves sont victimes de harcèlement scolaire (27% dont 16% « certainement »). Les mères sont particulièrement nombreuses à le penser (31% dont 21% « certainement »), tout comme les parents d’enfants scolarisés à l’école élémentaire (34% dont 21% « certainement ») et au collège (38% dont 25% « certainement »).

Les parents d’élèves sont presque aussi nombreux à penser que leur enfant a lui-même déjà été victime de harcèlement scolaire (24% dont 19% « certainement »). Encore une fois, les mères sont plus nombreuses à le penser (30% dont 21% « certainement »), tout comme les titulaires d’un diplôme inférieur au bac (31% dont 26% « certainement ») et les répondants issus de foyers modestes (25% de ceux dont le chef de famille est ouvrier et 27% de ceux dont le chef de famille est employé).
On observe en revanche peu de différences entre les parents d’enfants scolarisés à l’école élémentaire (32% pensent que leur enfant a été victime de harcèlement scolaire) et dans l’enseignement secondaire (32% également) : le harcèlement est loin d’être l’apanage des collèges et lycées.

Selon les parents d’élèves concernés, ce harcèlement avait le plus souvent lieu à l’intérieur de l’école (93%). Seule une minorité de parents déclare que ce harcèlement avait (aussi) lieu à l’extérieur de l’école –sur le trajet, dans la rue…- (38% ; 49% des parents d’enfants scolarisés au collège cependant) ou encore sur les réseaux sociaux, par téléphone ou SMS (14% ; 18% des parents d’enfants scolarisés dans l’enseignement secondaire).

Le plus souvent, ce harcèlement se traduisait par des moqueries (70%), des insultes (67%), mais aussi dans une majorité de cas de coups (65%) et de menaces (54%). Les messages méchants (31%), rumeurs (29%) et photos / vidéos (3%) sont moins cités.

Les enfants victimes de harcèlement scolaire en ont très majoritairement parlé à leurs parents (83%), même si 8% ont préféré en parler à une autre personne. Enfin, 9% des parents d’élèves indiquent que leur enfant n’en a pas parlé du tout. C’est même le cas de 13% des parents d’enfants scolarisés à l’école élémentaire, ce qui indique que le travail d’information et de sensibilisation doit avoir lieu dès le plus jeune âge.

Fiche technique

L’enquête a été réalisée par téléphone les 20 et 21 janvier 2012 auprès d’un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (978 personnes dont 281 parents d’élèves).



Amandine Lama
Directrice d’Etudes Ipsos Public Affairs
amandine.lama@ipsos.com



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