La perception du handicap mental en France

La perception du handicap mental en France

04 mai 2010 - 

Le principe d’une accessibilité généralisée pour les personnes handicapées, quel que soit leur handicap, est inscrit dans la loi du 11 février 2005. Mais en 2010, pour 700 000 Français en situation de handicap mental, l’accès à la société et à tous ses lieux de vie n’est encore que trop peu souvent une réalité. L’enquête réalisée par Ipsos pour l’UNAPEI montre en tous cas que si les Français ont une bonne connaissance du handicap mental et qu’ils ont conscience des discriminations que subissent ces personnes, un certains nombre d’idées reçues persistent et gênent l’intégration des handicapés mentaux dans la société.


La connaissance et la perception du handicap mental semblent évoluer de manière positive mais modérée

C’est l’un des enseignements de l’enquête : huit Français sur dix ont le sentiment de savoir ce qu’est le handicap mental. Les efforts réalisés pas les associations comme les acteurs publics semblent donc avoir payé, même si des progrès restent encore à faire : si 80% des Français pensent savoir ce qu’est le handicap mental, seuls 42% en ont « tout à fait » le sentiment. Il est cependant encourageant de noter que seuls 6% des Français n’ont « pas du tout » l’impression de savoir ce qu’est ce handicap.

Cette connaissance n’est selon eux pas simplement théorique : 78% des Français déclarent avoir en effet déjà parlé avec une personne handicapée mentale. Une meilleure connaissance du handicap mental favorise vraisemblablement dans le même temps les échanges avec les personnes qui en sont affectées, et vice versa. Si les répondants qui ont déjà parlé avec une personne handicapée mentale déclarent davantage connaître ce handicap, dans le même temps, celles qui connaissent le mieux ce handicap sont également plus nombreuses à déclarer qu’elles ont déjà échangé avec l’une d’entre elles.
Les Français les plus âgés (70 ans et plus) sont ceux qui ont eu le moins de contact avec des personnes handicapées mentales : seuls 67% d’entre eux ont déjà parlé ou eu une conversation avec une telle personne. Cette moindre interaction contribue à expliquer que les plus âgés sont ceux qui conservent le plus d’a priori sur le handicap mental.

On remarque en effet clairement que le sentiment de gêne éprouvé en la présence de personnes handicapées est corrélé au fait d’avoir déjà pu échanger avec l’une d’elles.
Ce sentiment de gêne est cependant extrêmement minoritaire. Seuls 15% des Français avouent qu’ils éprouveraient de la gêne dans au moins une des situations suivantes : s’ils étaient amenés à travailler avec une personne handicapée mentale (10% seraient gênés dont 2% « très gênés »), si une personne handicapée mentale les abordait pour leur poser une question ou parler avec eux (7% dont 1% « très gênés »), si une telle personne se retrouvait dans la même classe que leur enfant (5% dont 1% « très gênés ») ou encore si leur voisin était une personne handicapée mentale (5% dont 1% « très gênés »).
Or si 27% des Français qui n’ont jamais parlé avec une personne handicapée mentale disent qu’ils éprouveraient une gêne dans au moins une de ces situations, seuls 12% des Français qui ont déjà fait l’expérience d’une telle interaction anticipent une situation inconfortable.

L’appréhension de l’échange avec une personne handicapée mentale est également fonction de la connaissance de ce handicap : si 23% des Français qui connaissent mal le handicap mental pensent qu’ils éprouveraient une gêne dans au moins une des situations proposées, c’est seulement le cas de 13% de ceux qui ont le sentiment de bien cerner ce dont il s’agit.

Notons que ce ne sont pas les personnes les plus susceptibles d’être confrontées aux situations testées qui anticipent le plus une gêne, au contraire. Ce sont de manière générale surtout les plus jeunes (15-19 ans) et les plus âgés (70 ans et plus) qui appréhendent ce type de situation (respectivement 22% et 31% de ces classes d’âge pensent qu’ils seraient gênés dans au moins un des cas).
Les personnes en âge de travailler sont celles qui seraient les moins gênées si elles étaient amenées à travailler avec une personne handicapée mentale (seuls 4% des 25-34 ans et 5% des 35-44 ans pensent qu’ils seraient embarrassés).
Les répondants en âge d’être parents d’enfants scolarisés sont par ailleurs particulièrement peu nombreux à anticiper une gêne dans l’hypothèse où une personne handicapée mentale se retrouvait dans la même classe que leur enfant (3% des 25-34 ans et 2% des 35-44 ans). Ce constat est à relier à l’un des enseignements majeurs d’une enquête précédemment réalisée par Ipsos pour l’UNAPEI (en juin-juillet 2008) et qui mettait en évidence que les enseignants se montraient particulièrement favorables à la scolarisation des enfants handicapés mentaux au sein de l’école : 86% des enseignants (non spécialisés) avaient alors le sentiment qu’il était possible d’accueillir des enfants ayant un handicap mental au sein de leur école. Dans la mesure où à la fois les enseignants et les parents se disent favorables à l’accueil de ces enfants dans les écoles, leur scolarisation doit pouvoir progresser, y compris dans les écoles « ordinaires » lorsque leur degré de handicap le permet.

Un signal très encourageant mais les idées reçues persistent

Si les mentalités semblent avoir évolué de manière positive, les résultats de l’enquête montrent que tout n’est pas acquis en matière d’intégration des handicapés dans la société, loin s’en faut.

Si la majorité des Français ne semble pas partager l’ensemble des idées reçues sur les personnes handicapées mentales, en revanche, très nombreux sont ceux qui sont d’accord avec quelques unes d’entre elles : 67% des Français partagent en effet au moins une idée préconçue sur le handicap mental (et même 81% des 70 ans et plus). Il s’agit là d’un rejet insidieux, qui ne traduit pas un bannissement total et frontal des personnes handicapées mentales, mais qui est bâti à partir d’un ou deux a priori, qui, l’air de rien, constituent de puissants freins à leur pleine inclusion dans la société.

Ainsi, plus d’un Français sur trois considère qu’une personne handicapée mentale n’a pas conscience de sa différence (36% dont 17% qui le pensent « tout à fait »). Il s’agit de l’idée reçue la plus répandue. C’est aussi un obstacle insidieux à l’intégration des personnes handicapées mentales. En niant la perception qu’elles peuvent avoir de leur dissemblance, la société se donne bonne conscience : une personne handicapée mentale, dans ces conditions, ne pourrait réaliser les discriminations dont elle est l’objet et ne saurait donc en souffrir.
Pourtant, la plupart des personnes handicapées mentales ont conscience de ne pas avoir une vie semblable à celle des autres en de nombreux aspects : études, lieu de vie, vacances, relations amicales et amoureuses. Si elles ne perçoivent pas forcément tous les aspects de leur retard mental, elles sont très majoritairement conscientes des conséquences sociales de leur handicap. Elles voient bien que les autres les regardent différemment.(1)

La deuxième idée reçue sur le handicap mental concerne l’impossibilité de l’autonomie : 30% des Français pensent qu’une personne handicapée mentale ne peut pas être autonome. Parmi elles, 12% le pensent même « tout à fait ». En fonction de l’origine du handicap et de son degré, mais aussi de l’entourage, de l’environnement et des prédispositions de la personne handicapée mentale, les conséquences quotidiennes du handicap sont certes très variables. Un accompagnement humain est souvent indispensable pour aider la personne à progresser vers le plus d’autonomie possible. Il n’y a pour autant pas impossibilité pour une personne handicapée mentale de jouir d’une certaine autonomie. Or refuser même la possibilité que les personnes handicapées puissent être autonomes comme le fait une partie des Français revient à nier leur capacité à s’intégrer pleinement dans la société.

Les autres opinions testées sont quant à elles chacune partagées par moins d’un Français sur quatre. Pour 23% des Français, un enfant handicapé mental ne peut pas être scolarisé avec les autres enfants (10% le pensent « tout à fait »). Selon 19% des Français, il n’est d’ailleurs pas recommandé de laisser un enfant jouer avec une personne handicapée mentale (9% le pensent « tout à fait »). Enfin, 18% des répondants considèrent que les personnes handicapées mentales ne peuvent pas avoir une vie de couple et 17% qu’elles ne peuvent pas exercer une activité professionnelle (dont 8% qui disent que chacune de ces opinions correspond « tout à fait » à ce qu’ils pensent).

La majorité des Français est consciente des discriminations importantes à l’encontre des personnes handicapées mentales et juge primordiale leur pleine intégration

Les Français ont d’ailleurs conscience qu’il reste beaucoup à faire pour intégrer pleinement les personnes handicapées mentales : 84% d’entre eux estiment que ces personnes font aujourd’hui l’objet de discriminations importantes. Parmi eux, 43% jugent même que les discriminations à leur encontre sont « très importantes ».

Pourtant, une majorité de Français (52%) considère qu’il est primordial que la société intègre pleinement les personnes handicapées mentales (plein accès à l’éducation, à la vie professionnelle, aux loisirs etc.). Pour 40%, leur pleine intégration est importante, mais ils ne la jugent pas primordiale. Enfin, pour 6% des répondants, il s’agit d’une considération secondaire.

Plus d’un Français sur deux considère que le principal moteur d’une meilleure intégration des personnes handicapées mentales dans la société est une meilleure connaissance du handicap mental (51%). Les occasions d’échange et de rencontre multipliées sont la deuxième source d’intégration identifiée (31%). Elle n’est pas contradictoire avec la première (la meilleure connaissance du handicap) dans la mesure où les interactions avec des personnes handicapées sont un très bon moyen d’accéder à une meilleure connaissance du handicap. Les plus jeunes se montrent particulièrement convaincus par l’efficacité de ces rencontres : il s’agit même du premier moteur d’intégration pour les 15-24 ans (43% des 15-19 ans le citent et 42% des 20-24 ans). Enfin, la meilleure visibilité des personnes handicapées mentales au sein de la société française n’est considérée comme le principal moteur d’intégration que par 15% des répondants. Elle est vraisemblablement considérée comme nécessaire, mais pas suffisante.

(1) Cf. Docteur Pieter De Reuse, Neuropsychiatre, in « Parler du Handicap », http://www.gratte.org/cms/articles_de_fond.php

Fiche technique

Afin de répondre à l’ensemble de ces questions, l’UNAPEI a confié à Ipsos la réalisation d’une enquête auprès d’un échantillon représentatif de 1009 Français âgés de 15 ans et plus. Ils ont été interrogés par téléphone du 5 au 6 mars 2010.



Amandine Lama
Directrice d’Etudes Ipsos Public Affairs
amandine.lama@ipsos.com

Christelle Craplet
Directrice de Clientèle Ipsos Public Affairs
christelle.craplet@ipsos.com



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