Les jeunes tentés par le " Non paradoxal "

Les jeunes tentés par le " Non paradoxal "

14 avr. 2005 - 

Les jeunes qui interrogeront Jacques Chirac ce soir sur TF1 représentent une génération pour qui la tentation d'un vote négatif le 29 mai est quasiment la même que celle de la moyenne nationale (52% des 18-29 ans contre 53% de l'ensemble des Français). Mais l'originalité des jeunes commence avec leur niveau d'indécision, plus élevé que celui de leurs aînés...


Les jeunes qui interrogeront Jacques Chirac ce soir sur TF1 représentent une génération pour qui la tentation d'un vote négatif le 29 mai est quasiment la même que celle de la moyenne nationale (52% des 18-29 ans contre 53% de l'ensemble des Français). Mais l'originalité des jeunes commence avec leur niveau d'indécision, plus élevé que celui de leurs aînés. Ils sont ainsi plus nombreux que les autres Français à ne pas avoir définitivement fait leur choix. Cette indécision justifie à elle seule le choix de la " cible ". Plus préoccupant pour le chef de l'Etat et les partisans du Oui, les jeunes souhaitent désormais autant la victoire du Non que celle du Oui. Le paradoxe n'est pas mince lorsque l'on observe parallèlement leurs attitudes à l'égard de la construction européenne. Depuis le référendum de Maastricht de 1992 pour lequel ils n'étaient pas en âge de voter, la relation que cette génération entretient avec l'idée européenne est un mélange paradoxal entre évidence et indifférence. Evidence car, pour une grande majorité d'entre eux, l'idée européenne s'impose d'elle-même, consolidée depuis l'avènement de l'Euro en 2002.
Dans les enquêtes publiées par Ipsos pour le Figaro et Europe1 ces derniers mois, toutes les questions qui concernent la construction européenne, indépendamment du référendum, suscitent systématiquement plus d'adhésion chez les jeunes de moins de 30 ans que parmi les autres Français : approbation très forte de l'élargissement, conséquences positives pour la France de la construction européenne, soutien à la candidature de la Turquie etc.. Perçue comme inéluctable, ils considèrent que la construction européenne continuera à supporter les aventures de l'avenir : les jeunes croient encore moins que les plus de 30 ans qu'une victoire du Non entraînerait un blocage de la construction européenne. Mais ce sentiment " europhile " est fortement teinté d'indifférence. Les jeunes se sont ainsi massivement détournés des urnes lors des dernières élections européennes de 2004, en France, comme chez la totalité de nos voisins. C'est peut-être là l'un des principaux enjeux de l'intervention du président de la République ce soir : comment convaincre les jeunes électeurs qu'il est utile de voter le 29 mai alors que la pratique civique n'a pas cessé de décliner ces dernières années dans cette génération. Trois jeunes sur quatre se sont abstenus lors des européennes de 2004, deux jeunes sur trois lors du premier tour de la présidentielle de 2002. Le seul sursaut civique chez les jeunes date justement du rendez-vous présidentiel mais il fallut pour cela un choc exceptionnel, la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour ! Au regard des données actuelles de mobilisation électorale, rien ne dit pour l'instant que le référendum soit en mesure de provoquer un tel réflexe de mobilisation citoyenne chez les moins de 30 ans. Le niveau moyen de mobilisation électorale mesuré par Ipsos est en effet aujourd'hui nettement moins important chez les jeunes qu'auprès de l'ensemble des Français.

En 1992, ceux qui ont aujourd'hui entre 30 et 45 ans s'étaient profondément divisé sur la question de Maastricht. Les plus jeunes d'entre eux (les moins de 25 ans) avaient voté oui à 51% alors que les 25-30 ans avaient opté majoritairement pour le Non à 52%. Cette fracture, que l'on retrouve aujourd'hui n'est pas surprenante. Au-delà de l'effet de l'âge, elle démontre que les conditions sociales et d'éducation, l'apprentissage de la vie professionnelle, l'intégration plus ou moins réussie dans la société des adultes sont aussi des facteurs décisifs du choix électoral. Comme en 1992, plus les jeunes " vieillissent ", plus la fronde du Non s'installe. L'entrée dans la vie professionnelle constitue bien aujourd'hui la variable clé de l'évolution favorable mesurée en faveur du Non. La détérioration du soutien au Oui se produit à partir de la classe d'âge des 25-29 ans, particulièrement dans les milieux sociaux les plus défavorisés, c'est-à-dire chez ceux les plus exposés ces dernières années aux réflexes de défiance à l'égard de la politique.

Pierre Giacometti
Directeur Général




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