Référendum : Une majorité de Français souhaite désormais la victoire du Non

Référendum : Une majorité de Français souhaite désormais la victoire du Non

11 avr. 2005 - 

Dans une interview publiée dans le Figaro que nous reproduisons, Pierre Giacometti, directeur général d'Ipsos, commente la dernière intention de vote pour le référendum sur la constitution européenne.


Pourquoi le Oui ne confirme-il pas sa progression enregistrée la semaine dernière ?

Essentiellement parce que la mécanique du clivage gauche-droite continue à imposer sa logique, au-delà de la question européenne. Les partisans du Oui, notamment à gauche, ne parviennent pas à installer le débat sur l'avenir de l'Europe au cœur de la campagne. Les motivations de vote restent centrées sur la prise en compte en compte de l'état économique et social du pays. Il est ainsi frappant de constater, à nouveau, un renforcement du Non au sein de l'électorat de gauche non socialiste : progression à l'extrême gauche, chez les sympathisants communistes et verts. Parmi les sympathisants socialistes, l'écart entre le Non et le Oui se réduit légèrement mais reste favorable au Non. Il faut enfin relever une autre explication : à droite, la progression du Oui au sein de l'électorat UMP est stoppée, comme si le niveau record enregistré il y a une semaine avait atteint désormais un niveau difficile à franchir. Aujourd'hui un quart de l'électorat de droite modérée rejette le traité constitutionnel et cette frange, quoique nettement minoritaire, a légèrement progressé en une semaine. Pour prétendre renverser la tendance, le Oui doit compter dans les semaines qui viennent sur deux mouvements complémentaires : devenir majoritaire dans l'électorat socialiste et s'approcher des 80% de soutien parmi les électeurs de l'UMP. Nous n'y sommes pas mais on trouve là l'un des enjeux majeurs de l'intervention Jacques Chirac, jeudi prochain sur TF1.

La détermination des électeurs dans leur choix s'est-il renforcé ?

L'instabilité du corps électoral reste très forte, phénomène logique à six semaines du scrutin mais le 53/47 d'aujourd'hui est paradoxalement plus solide que le 54/46 d'il y a quinze jours : les Français qui ne se prononcent pas sur l'intention de vote sont moins nombreux (21% aujourd'hui pour 27% la semaine dernière). Surtout, la cristallisation du Non, mesurée par la détermination de ses électeurs a gagné du terrain en une semaine : le pourcentage de ceux qui ont l'intention de voter non affirmant que leur choix est définitif est passé de 68% à 76%. Plus le Non s'installe, plus il devient difficile aujourd'hui de faire changer d'avis ses soutiens. En quatre semaines de campagne, les partisans du Oui sont sans doute parvenus à convaincre des indécis mais la stabilité de leur niveau indique qu'ils ne parviennent pas à faire changer d'avis une proportion significative du camp adverse. La force des " vents contraires " est, il est vrai, particulièrement préoccupante pour le Oui. Le climat d'opinion s'est radicalement transformé en un mois. Jusqu'à la semaine dernière l'espoir du Oui s'appuyait sur un souhait de victoire majoritaire des Français. Aujourd'hui les Français sont majoritaires à souhaiter la victoire du Non et, de fait, ce souhait rejoint leur pronostic. Cette triple conjonction - intention de vote, souhait et pronostic - met pour l'instant le Non en position de force. Sa dynamique n'a peut-être jamais été aussi sérieuse.

Le climat intérieur continue-t-il à brouiller le climat de campagne ?

Incontestablement. Tous les indicateurs de popularité de l'Exécutif mesurés par les instituts de sondages sont mal orientés et ont connu ces dernières semaines des détériorations significatives. Les enquêtes Ipsos ont montré qu'il n'y avait pas de tentation dominante d'usage détourné du référendum par les Français qui désapprouvent l'action du Président et du premier Ministre. Pour autant, ce climat d'adversité politique contribue à rendre moins lisible l'objet du référendum. La confiance économique des Français demeure très faible. De ce point de vue, les partisans du Oui ne doivent guère se faire d'illusions : d'ici au 29 mai le climat économique et social ne connaîtra aucun bouleversements susceptible d'inverser cette tendance ! La puissance du pessimisme français oblige donc les partisans du Oui à porter encore un peu plus le débat sur les contours de l'avenir de l'Europe. L'approbation de l'élargissement de L'Europe à 25 pays comme la reconnaissance par une majorité de Français de la double identité politique du texte constitutionnel," mélange d'idées de gauche et de droite ", sont des indices qui viennent confirmer le regard positif des Français sur l'Europe. Il n'y pas de malaise français à l'égard de l'Europe, comme l'affirme le président du parlement européen, Josep Borrell, il y a un malaise français, tout court.

Y a t il pour Jacques Chirac des arguments-clés à privilégier jeudi soir, au regard de l'observatoire Ipsos ?

Pour le président, le premier objectif est de convaincre ceux que l'on pourrait baptiser comme étant les " Non mais Oui " c'est-à-dire les Français qui sont tentés par le Non et qui disent Oui à L'Europe. La solidité de leur attachement à L'Europe est sans doute supérieure à celle de leur tentation de voter Non. Plus souvent de gauche, actifs, salariés, inquiets de voir s'installer un " monde sans contrôles ", les " Non mais Oui " sont aussi des jeunes, qui exprimeront sans doute la force de leurs préoccupations jeudi soir. Depuis un mois les Français ont observé avec un grand scepticisme les arguments défensifs fréquemment développés par les partisans du Oui. A l'échec de la complainte de la culpabilisation, qui veut alerter l'opinion sur la gravité des conséquences d'une éventuelle victoire du Non, vient s'ajouter cette semaine l'échec total de l'argument de la renégociation impossible : pour une majorité de Français, de gauche comme de droite, y compris parmi une frange importante des Français ayant l'intention de voter Oui, la France pourra renégocier en cas de victoire du Non, démentant de fait l'efficacité de cet argument ces dernières semaines. Face à la fronde du Non, très présente chez les jeunes et exprimée par un souhait de victoire du Non aujourd'hui majoritaire chez les moins de 30 ans, il y a nécessité, pour le chef de l'Etat, à privilégier l'explication de texte et l'usage d'arguments positifs.


Propos recueillis par Stéphane Soumier pour Europe 1.

> L'interview de Pierre Giacometti sur Europe 1

Pierre Giacometti
Directeur Général




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