Mitterrand-Jospin : entre rupture et continuité

Mitterrand-Jospin : entre rupture et continuité

25 avr. 2001 - 

Désireux de prendre ses distances avec le proche passé, insistant sur la nécessité de rénover et de moraliser la vie politique française, Lionel Jospin n'hésite pas, au cours de la campagne présidentielle de 1995, à revendiquer un "droit d'inventaire" de l'héritage politique laissé par François Mitterrand. L'étude Ipsos-Le Point montre que les Français sentent aujourd'hui le Premier ministre politiquement proche, mais humainement éloigné, de Mitterrand.

Les quatre années de Lionel Jospin à la tête du gouvernement donnent l'impression à un Français sur deux que les idées politiques du Premier ministre ne sont pas si éloignées de celles de François Mitterrand. Cette hypothèse est partagée par la majorité des sympathisants socialistes et de la droite parlementaire. Il n'y a guère que les proches des Verts pour être en majorité d'avis contraire.

Les avis sont plus nuancés lorsqu'on interroge les Français sur la filiation Mitterrand-Jospin dans le "comportement du Premier ministre avec ses alliés politiques" : 42% des Français jugent sur ce plan Jospin "proche" de Mitterrand (c'est le cas en particulier de la majorité des sympathisants de la droite parlementaire), mais 45% considèrent au contraire qu'il en est "plutôt éloigné" (notamment les proches du PS et surtout des Verts).
La rupture Jospin-Mitterrand apparaît plus nette aux Français lorsqu'on se focalise sur la personnalité et la pratique du pouvoir des deux hommes. Une majorité assez large s'accorde ainsi à juger Jospin plutôt éloigné de Mitterrand dans "la manière de gouverner" (55%, contre 34%), et surtout "sur le plan de la personnalité" (68% les trouvent "éloignés", contre 24% "proches"). Ce constat est partagé par la majorité des répondants, quelle que soit leur proximité politique.

En terme de souhait enfin, un net clivage gauche-droite apparaît sur les thématiques directement politiques. Une majorité assez large de sympathisants de gauche "souhaiterait que Jospin soit proche de Mitterrand sur le plan des idées politiques" et, à un degré moindre, dans "son comportement avec ses alliés politiques". Les proches de la droite parlementaire souhaiteraient au contraire que Jospin soit "plutôt éloigné" de l'ancien Président sur ces deux points. Sympathisants de gauche comme de droite conviennent en revanche qu'il serait préférable que Jospin reste éloigné de Mitterrand "dans la manière de gouverner" comme "sur le plan de la personnalité".

Philippe Hubert
Ipsos Public Affairs