Génération Y, une culture à part-entière

Génération Y, une culture à part-entière

06 déc. 2013 - 

« D’une certaine manière le savoir est toujours et partout transmis… Par l'écriture et l'imprimerie, la mémoire, par exemple, muta au point que Montaigne voulut une tête bien faite plutôt qu'une tête bien pleine. Cette tête vient de muter encore une fois » explique Michel Serres1.


Digital Natives, les Y privilégient une culture de l’actualité et de l’instantanéité en opposition à  une culture de l’apprentissage, de l’accumulation des connaissances et de la mémoire pour les générations antérieures. En effet, l’imprégnation digitale constante et la démultiplication des écrans permet un accès permanent à l’information et ne requiert plus de stockage.

La notion de « culture » : dans l’actuel et dans l’instant, à des fins jubilatoires !

Plus besoin de retenir les dates de l’histoire de France. Avec un smartphone, une tablette, un PC, elles sont facilement accessibles sur Wikipedia. La culture ne se construit plus dans l’effort et l’obligation mais selon l’intérêt soulevé par un domaine, en privilégiant la capacité à échanger, critiquer, résoudre un problème. Comme si une  logique de spécialisation ou de  « micro cultures » se substituait peu à peu à la notion de culture générale. Est-ce vraiment nouveau ? L’important a toujours été de savoir se servir de ses connaissances en y prenant un plaisir passionné. La tête de l’homme n’en est pas à sa première mutation, mais cette fois le tournant semble radical avec une connexion exponentielle, exacerbée auprès des Digital Natives.

generation y telephone

L’expérimentation sensorielle et émotionnelle élevée au rang de « pilier » culturel 

Pour les Y, la culture est fortement reliée à l’enrichissement et l’épanouissement personnels apportés par « l’expérientiel ». Une approche qui fait la part belle aux objets culturels favorisant une expérience de vie pour soi, avec un objectif de plaisir assumé et souvent, a contrario d’une transmission culturelle portée par les aïeux. Pour le Y, la Culture va être particulièrement investie sous l’angle des loisirs et de l’actualité qui buzze dans la mediapshère : clips, concerts, séries, films, jeux vidéo, blogs, posts, littérature contemporaine à sensations, parcs d’attraction….  Mais aussi qui permet de découvrir l’ailleurs en allant vers des modes de vie différents : voyages, échanges internationaux… comme nous le confirme Sylvain, 19 ans « Je veux voir autre chose, acquérir de nouvelles expériences (…) Je pense que cela est très enrichissant ».

generation y selfie

Une Culture où l’interaction est maitresse par l’échange immédiat, le partage de moments « forts », l’expérimentation personnelle… en d’autres termes : où il est important de se sentir « acteur » de son propre façonnage culturel.

Malgré tout, la dictature d’une uniformisation culturelle toujours plus forte

Au-delà d’enjeux culturels traduisant une volonté d’épanouissement personnel, le fameux « Je veux être moi et unique » revendiqué par une  génération élevée selon les principes Dolto,  s’avère bien bousculé par une culture standardisée. Ces « blockbusters » auxquels il est difficile d’échapper constituent  une source universelle voire unique, et sont élevés au rang de référents culturels majeurs par les Y versus une « sous culture » pour d’autres.

Dans ce contexte, la singularité revendiquée sera exprimée dans une relation passionnelle à une thématique ou une activité très pointue, puisant force et engagement  dans une culture de tribu : courants musicaux, mangas et séries japonaises, genre cinématographique et littéraire pouvant aller jusqu’à un style de vie, un invariant de la période adolescente !

generation y ado

Ces référents universels s’articulent autour d’une culture audiovisuelle où fantastique et sensationnel prédominent : que ce soit la Fantasy, l’horreur ou les super héros avec une continuité inter-média : entre séries/films, jeux vidéo, littérature ou musique… le succès d’un héros, de son identification, et le succès d’un univers étant décliné sur tous les supports.

Une culture « ado-stalgique » ?

Des référents marqués par un parfum d’enfance pour une génération où l’on situe la fin de  l’adolescence plutôt vers 35 ans que 21, certes pour des raisons structurelles mais aussi « bulle de détente et de régression assumée », face à l’âpreté de la société.

La génération Pixar/Dreamworks ou les films et séries d’animation (Les Simpsons, Southpark…)  rencontrent le succès que l’on connait avec un attachement aux jeux vidéo (Mario, Zelda, Pokemon…) et séries de leur prime jeunesse (Lois et Clark, Buffy contre les Vampires, Malcom…) qui peuvent être très sexuée : schématiquement, les chevaliers et les super héros pour les garçons, les vampires et les sorcières pour les filles.

Génération Y … « ni tout à fait la même ni tout à fait une autre » …

« Ce n'est pas une génération Y mais une société Y. Allez dans n'importe quel conseil d'administration, ils sont tous connectés, ailleurs que là où ils sont supposés être ! Ces nouveaux comportements affectent l'ensemble des générations" souligne le spécialiste en psycho-sociodynamique Francis Boyer qui parle de « Culture Y ».

Réfléchir à ce que représente la culture pour les Y ne nous conduit-il pas à nous poser la question d’une culture Y à part entière ? Une culture qui poserait comme postulat cette « fameuse » mutation technologique dont nous nous emparons tous et qui s’affranchirait de la pyramide des âges ? 

1 Eduquer au XXIème siècle, Le Monde du 05/03/2011.

Article publié dans la revue : INFLUENCIA n°7 sur la Culture

Florence Rigal
Directrice d’études, Ipsos UU
florence.rigal@ipsos.com



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