La formation professionnelle : un levier de motivation des salariés à la main des managers de proximité.

La formation professionnelle : un levier de motivation des salariés à la main des managers de proximité.

14 juin 2011 - 

L'enquête Ipsos / Logica Business Consulting réalisée pour l'AFPA auprès de 4395 salariés et 400 chômeurs français mesure les évolutions, deux après la réforme de 2009 et au sortir de deux années de crise, des pratiques des entreprises françaises en termes de formation. Forme-t-on plus et mieux ? Informe-t-on et accompagne-t-on plus et mieux les salariés et les chômeurs dans leurs projets de formation ? Quelle évolution de la satisfaction des salariés sur leurs possibilités de formation ? L'enquête s'intéresse aussi à l'impact de la formation en tant que levier de performance et de croissance pour l'entreprise, et recense les bonnes pratiques en la matière.

Premier constat : on ne forme pas plus aujourd’hui qu’il y a 5 ans mais on forme et on accompagne mieux les salariés dans leurs projets de formation.

A la question « Quand avez-vous bénéficié d’une formation au sein de votre entreprise ? », 67% des salariés français interrogés répondent qu’ils ont reçu au moins une formation dans les 5 dernières années quand ils étaient 71% en 2006 (-4 points).

  • La baisse est surtout visible si l’on compare le % de formés dans la dernière année : en 2011, 37% des salariés déclarent avoir reçu une formation depuis moins d’un an vs. 44% en 2006.
  • La part des salariés ‘jamais formés’ croit de façon symétrique : 26% déclarent n’avoir jamais été formés contre 20% seulement il y a 5 ans.

Ce résultat, s’il n’étonne pas en lui-même (la crise a causé le gel des dépenses de formation), rend par contre paradoxale la progression observée sur la même période de la satisfaction des salariés sur leurs possibilités de formation : 54% de salariés sont aujourd’hui satisfaits  vs. 46% en 2004 et 52% en 2006

Quels sont les facteurs qui expliquent une telle progression ?

Les pratiques de formation ne semblent pas avoir fondamentalement changé. On forme toujours très majoritairement en groupe, en salle avec un formateur (sur la dernière formation reçue en 2010/2011, 84% étaient en présentiel). La part du e-learning reste faible (3%) et le coaching / tutorat ne touche réellement que les dirigeants / cadres supérieurs (26%).

L’information sur l’offre de formation, les droits des salariés en termes de formation ou les dispositifs en place reste encore assez mal partagée : seuls 56% des salariés se déclarent bien informés sur leurs droits, 52% bien informés sur l’offre de formation et 51% sur les dispositifs en place.

L’explication réside plus sûrement dans l’effort porté par les entreprises pour mieux accompagner les salariés dans le développement de leurs compétences. Au fil des 10 dernières années, le rôle du manager de proximité en termes de formation n’a cessé de croître. Ainsi, aujourd’hui, pour discuter de formation, les salariés se tournent prioritairement vers leurs responsables directs (56%) et moins vers les services de ressources humaines (20%), d’autres responsables de leur entreprise (10%) ou les branches professionnelles / les OPCA (8%).

Or cette mission, les salariés jugent que leurs managers l’assument mieux chaque année : 64% des salariés déclarent aujourd’hui que leurs responsables directs développent les compétences des membres de leurs équipes (vs. 49% en 1999 et 58% en 2006) et 58% qu’ils sont régulièrement incités par leurs responsables directs à suivre des formations.

Ces formations délivrées sont d’ailleurs d’autant plus satisfaisantes, utiles aux yeux des salariés qu’elles sont décidées conjointement (dans 45% des cas) avec une hiérarchie très au fait du métier, du terrain, et des compétences de leurs équipes et qu’elles sont qualifiantes.

Former, développer les compétences : un levier clé pour les entreprises en ce qu’il renforce l’engagement et l’employabilité de leurs salariés et par là la capacité de l’entreprise à changer / à se transformer.

Utiles pour les salariés, les formations le sont à plusieurs titres :

  • elles sont d’abord utiles dans l’exercice quotidien de leurs métiers (78% des salariés formés)
  • mais aussi à plus long terme en ce qu’elles favorisent l’évolution professionnelle des salariés (60% des salariés formés) ou en cas de chômage permettent de retrouver plus facilement un emploi (61% des salariés ayant connu le chômage et reçu alors des formations).

Mais elles ne sont pas seulement utiles aux salariés. Ainsi, le fait de se sentir suffisamment formé pour atteindre les objectifs fixés et d’exercer un emploi qui correspond à ses compétences et permet de les développer sont des facteurs clés de la motivation des salariés.

Plus largement, dans un environnement économique où la capacité à changer est un gage de survie et une condition nécessaire à la bonne performance des entreprises, et alors même que cette nécessité de changer est aujourd’hui bien assimilée et comprise par les salariés (71% des salariés comprennent la nécessité du changement), la formation est l’un des outils clés pour mieux conduire les changements.

Permanence d’une forte inégalité face à la formation : l’exclusion de certaines populations, une conséquence d’un manque de vision long terme des entreprises ?

Or aujourd’hui on forme encore trop souvent uniquement les plus formés. Ainsi, les ouvriers, les employés vente/services, les salariés des plus petites entreprises (plus au prise avec le court-terme), les salariés les moins formés initialement, les salariés les plus âgés (à partir de 40 ans) se retrouvent nettement moins formés que la moyenne…Et par là même plus vulnérables au chômage.

Le faible taux de formation des plus de 40 ans apparaît d’autant plus problématique aujourd’hui que la réforme des retraites adoptée à l’automne les conduits à rester en activité plus longtemps encore. La seconde carrière de ces salariés n’est aujourd’hui pas toujours pensée en interne dans les entreprises, ni suffisamment soutenue par les dispositifs d’aide aux demandeurs d’emploi (60% des chômeurs de plus de 50 ans ne se sont jamais vu proposer de formation depuis leur entrée au chômage).

Enfin, plus que d’autres, les salariés les moins formés, souvent les moins pro-actifs face à la formation (les salariés n’ayant jamais été formés déclarent pour 32% ne pas avoir de besoin de formation et pour 19% ne pas savoir pourquoi ils ne sont pas formés) ont besoin d’accompagnement dans la définition de leurs projets de formation. 

Fiche technique

L’AFPA et Ipsos / Logica Business Consulting ont réalisé en début mai 2011 une enquête online auprès de 4395 salariés et 400 chômeurs français (échantillons représentatifs sur les critères de l’âge, du sexe, du secteur d’activité et du statut pour les salariés et sur les critères de l’âge, du sexe et du niveau de diplôme pour les chômeurs – données Eurostat et Insee pour les quotas et le redressement).



Antoine Solom, Directeur International
Ipsos Loyalty - Employee Research, Leadership and employee engagement specialists
antoine.solom@ipsos.com

Anne Leroux
Directrice de Clientèle, Ipsos Loyalty
anne.leroux@ipsos.com



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