La réalité virtuelle est-elle le géant qui sommeille de l'industrie automobile ?

Les plus grandes entreprises mondiales considèrent la réalité virtuelle (ou technologie VR) comme un atout majeur, et cette tendance ne fera que s'accroître au cours des prochaines années. Les constructeurs automobiles doivent donc rejoindre le mouvement dès aujourd'hui !

Le temps du changement est-il venu ? Certaines industries font les choses quasiment de la même façon depuis des décennies. Pour d'autres en revanche, il est temps de revoir le principe du « nous avons toujours fait comme cela ». La technologie permet désormais aux entreprises de repenser entièrement leurs processus, souvent de manière révolutionnaire et avec de substantielles économies à la clé, en simplifiant leur logistique et en gagnant en efficacité. Parmi toutes ces nouvelles technologies, la réalité virtuelle est-elle l'innovation dont le secteur automobile a besoin ? Et si l'on pouvait évaluer un nouveau modèle de voiture grâce à une simulation avec la technologie VR, plutôt que de devoir fabriquer des prototypes physiques pour ensuite les transporter aux quatre coins du monde ? Les constructeurs automobiles réaliseraient ainsi d'énormes économies, tout en gagnant un temps considérable au cours de la phase de développement. Toutefois, le secteur peut-il s'engager dans une telle innovation ?

LES GRANDES ENTREPRISES INVESTISSENT DANS LA TECHNOLOGIE VR

La réalité virtuelle est-elle le géant qui sommeille de l'industrie automobile ? La réponse est simple : oui, et il est temps de le réveiller. La technologie VR n'est pas un simple gadget et elle entend perdurer. Elle aura aussi la capacité de changer la donne pour les constructeurs automobiles, car désormais la réalité virtuelle ne se cantonne plus seulement au monde du jeu vidéo. Il suffit de prendre exemple sur les leaders mondiaux tels que Facebook, Microsoft, Google, ou encore HTC qui investissent actuellement des montants astronomiques dans des équipements et des applications visant à accroître l'utilisabilité et la portée de la technologie VR, aussi bien chez les consommateurs que dans l'industrie.

De son côté, le magazine américain Consumer Reports prédit une adoption dans un futur proche de la réalité virtuelle par les consommateurs pour faire leurs achats. Un nombre incroyable de consommateurs aura accès dans les années à venir à des casques et à du contenu de réalité virtuelle. De ce fait, les informations à leur disposition leur permettront de comparer des véhicules, ou même de faire un achat. Cela semble logique lorsqu'on pense à l'impact que peuvent avoir des environnements artificiels en 3D créés par ordinateur qui semblent étrangement réels à l'utilisateur. Ainsi, en portant un casque équipé d'un écran et/ou des gants dotés de capteurs, une personne peut voir, entendre et interagir dans un « lieu » fictif imaginé par l'entreprise. Il s'agit d'un outil puissant qui commence seulement à se développer, mais si l'on envisage la manière dont les entreprises pourront l'utiliser pour informer et éduquer les consommateurs, mais aussi pour communiquer avec eux, on se rend compte que ses implications sont immenses.

L'IMPACT DE LA TECHNOLOGIE VR SUR L'INDUSTRIE AUTOMOBILE

Les équipementiers doivent prendre des décisions importantes lors du lancement de leurs véhicules. Pourtant, ils n'ont pas toujours de prototype complet ou physique disponible, ni le budget ou le temps pour effectuer une évaluation exhaustive du produit, ce qui peut nécessiter plusieurs années. Jusqu'ici, les constructeurs automobiles fabriquaient d'imposants prototypes en résine ou en argile à des fins d'évaluation, puis payaient leur transport de marché en marché pour la réalisation des tests. Et si ce modèle était voué à l'échec ? Dans ce cas, l'entreprise se passe des avis de consommateurs ou repousse le lancement, ces deux options pouvant constituer de coûteux faux-pas. Les équipementiers sont donc à la recherche de méthodes économiques permettant de fournir des données crédibles et en temps voulu pour les innovations de leurs nouveaux produits. Pour cela, nous pensons que la technologie VR pourrait être une alternative intéressante, en particulier pour les premières phases de développement.

Chez Ipsos, nous avons donc anticipé et étudié l'impact sur l'industrie automobile d'une utilisation de la réalité virtuelle par les consommateurs.

IPSOS VOIT LE SECTEUR DE L’AUTOMOBILE EN RÉALITÉ AUGMENTÉE

Pour tester cette hypothèse, Ipsos a mené trois études indépendantes en comparant des évaluations complètes de produits et celles utilisant la technologie VR pour des berlines, des breaks et des SUV compacts. Dans le cadre de ces études, nos principaux objectifs étaient les suivants :

  • 1) déterminer si la réalité virtuelle pourrait constituer une approche alternative pour les évaluations complètes de produits ;
  • 2) identifier les meilleures utilisations de la technologie VR ;
  • 3) identifier les forces et les faiblesses des stimuli créés par la réalité virtuelle.

Nous sommes arrivés à cette conclusion : si les constructeurs automobiles peuvent utiliser les stimuli créés par la technologie VR comme une approche alternative en matière de pédagogie ou de découverte d’un produit, elle ne peut être adapté sur l'ensemble des évaluations de produits.

Les évaluations sont relativement cohérentes entre les démonstrations concrètes du produit et les stimuli créés par la réalité virtuelle. Les scores obtenus avec les stimuli créés par la technologie VR sont élevés par rapport à ceux obtenus lors de démonstrations concrètes du produit, mais ce n'est pas surprenant si on tient compte de cette nouvelle technologie.
Les stimuli créés par la réalité virtuelle ne sont pas très adaptés pour l'évaluation de la taille/du volume et des sensations procurées par l'habitacle.

Notre analyse a montré que les stimuli créés par la technologie VR permettaient de prévoir avec précision le potentiel d'une innovation, à l'instar d'une évaluation concrète ou exhaustive du produit (ces données sont basées sur l'indicateur prédictif Ipsos destiné à évaluer le potentiel d'un concept : le Market Success Score ou MSS.) Grâce à cette nouvelle génération d'équipements de réalité virtuelle, les entreprises peuvent également évaluer de manière encore plus cohérente l'approche de la technologie VR comme potentielle méthode de substitution aux évaluations concrètes.

Pour les constructeurs automobiles qui envisageraient d'adopter la réalité virtuelle, voici quelques conseils pour bien commencer :

  • 1) faites preuve d'ouverture d'esprit et adoptez une approche stratégique par rapport à l'utilisation de cette technologie ;
  • 2) acceptez l'idée que l'industrie puisse tirer parti de la technologie VR ;
  • 3) tenez compte du fait que la réalité virtuelle a ses limites et qu'elle ne fonctionnera pas partout ;
  • 4) envisagez la technologie VR pour les premières phases d'évaluation du cycle de production, en l'intégrant par exemple au processus de prototypage. Les tests effectués avec la réalité virtuelle permettent aux équipementiers d'obtenir des données et de réaliser de nouveaux tests rapidement et de façon rentable.

Pauline Laujac

Global Automotive Manager, Ipsos Loyalty

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