Baromètre politique : une opinion attentiste à l’égard du couple Exécutif

La large élection d’Emmanuel Macron ne s’accompagne pas d’un « état de grâce » en sa faveur, moins d’un Français sur deux (46%) jugeant favorablement son action. Toutefois, la volonté du nouveau Président de scinder la droite semble porter ses fruits : il séduit en effet un électeur LR sur deux.

Quant à Edouard Philippe, sa notoriété encore faible (48% des Français n’ont pas d’opinion à son égard) explique pourquoi seuls 31% des sondés portent un regard favorable sur son action. Le couple exécutif peut toutefois s’appuyer sur les poids lourds du Gouvernement, au premier rang desquels Nicolas Hulot (57% d’opinions favorables) et Jean-Yves Le Drian (41%). Quant à l’opposition, ses leaders sont en difficulté à moins de trois semaines du premier tour des élections législatives : hormis J.-L. Mélenchon (36%), les chefs de file du FN, de LR et du PS se situent tous sous la barre des 30% de popularité.

PAS D’ÉTAT DE GRÂCE POUR EMMANUEL MACRON, MAIS PAS DE REJET NON PLUS

Largement élu avec 66,1% des voix au terme d’une campagne de second tour très tendue mais sans grande incertitude, Emmanuel Macron ne bénéficie pas du traditionnel « état de grâce » des nouveaux hôtes de l’Elysée : moins de la moitié des Français (46%) portent un jugement favorable sur son action. Un niveau nettement inférieur à celui enregistré par ses deux prédécesseurs dans la foulée de leur investiture, puisque François Hollande était crédité de 53% de jugements favorables en mai 2012, et Nicolas Sarkozy de 64% en mai 2007.

Y a-t-il pourtant un rejet du nouveau Président dans l’opinion ? En aucun cas, puisque les jugements défavorables restent nettement moins élevés (27%) que ceux favorables, le cœur des opposants ne représentant qu’un peu plus d’un Français sur dix (13% de « très défavorables »). C’est donc avant tout l’attentisme qui préside en ce début de mandat, 27% des personnes interrogées ne se prononçant pas.

Sans surprise, les sympathisants La République en Marche ! sont massivement derrière le nouveau chef de l’Etat : 98% d’entre eux approuvent son action. Les deux tiers des proches du PS (64%) partagent cette opinion, de même que près d’un sympathisant LR sur deux (47%, contre seulement 28% de jugements défavorables), signe supplémentaire des divisions actuelles de la droite. En revanche, les proches de FI ou du PCF sont nettement plus sceptiques : si 28% approuvent les débuts d’Emmanuel Macron, 48% les rejettent. Enfin, l’opposition est déjà fermement construite au FN : 60% des sympathisants désapprouvent le Président quand seulement 15% sont de l’avis inverse.

A noter aussi, comme on l’a déjà vu tout au long de la campagne, que les partisans du nouveau chef de l’Etat sont plus enclins à être issus des couches les plus aisées de la société : 61% des cadres mais seulement 39% des ouvriers approuvent son action, de même que 60% de ceux qui disposent d’un revenu aisé contre 34% des revenus modestes. Comme le second tour de l’élection présidentielle l’a déjà montré, les plus âgés sont aussi de fidèles soutiens du Président : il recueille 56% de jugements favorables chez les 60 ans et plus, contre 41% seulement parmi les moins de 35 ans. 

EDOUARD PHILIPPE, UN PREMIER MINISTRE ENCORE MAL CONNU DU GRAND PUBLIC

Pas d’état de grâce non plus entre Edouard Philippe et les Français : avec 31% de jugements favorables, le nouveau Premier ministre se situe au plus bas niveau du baromètre Ipsos/Le Point pour les entrants à Matignon, derrière Dominique de Villepin en 2005 (33%) et Bernard Cazeneuve en 2016 (38%) et très loin du record établi par François Fillon en 2007 (60%).

Là encore, ces chiffres en retrait par rapport à ses prédécesseurs ne doivent pas laisser penser que le nouveau Premier ministre souffrirait d’une forte impopularité : seuls 21% des Français portent à ce stade un jugement défavorable sur son action. En revanche, près d’un Français sur deux (48%) ne se prononce pas, soit un niveau dépassant de 10 points le précédent record de 38% établi par Jean-Pierre Raffarin en 2002 (cf. graphique ci-dessous). Comme pour Emmanuel Macron, l’opinion se montre attentiste vis-à-vis d’Edouard Philippe, dont plusieurs sondages ont montré que la composition de son équipe gouvernementale était bien accueillie mais qui reste néanmoins mal connu du grand public.

L’opinion à l’égard de Premiers ministres à leur entrée en fonction
Graphique de l’opinion à l’égard de Premiers ministres à leur entrée en fonction

UN GOUVERNEMENT TIRÉ PAR LA POPULARITÉ DE NICOLAS HULOT ET DE JEAN-YVES LE DRIAN

Deux ministres du nouveau Gouvernement se situent en tête de cette vague du baromètre : Nicolas Hulot arrive en première place avec 57% de jugements favorables, et Jean-Yves Le Drian (41%) se positionne en deuxième place du classement. Le ministre de la Transition écologique et solidaire bénéficie d’une très forte popularité à gauche (74%) et au centre (72%), mais est plus contesté à droite (50% de jugements favorables) et surtout au FN (35%). En revanche, bénéficiant de sa stature d’ancien ministre de la Défense et malgré son ancrage au sein du PS, Jean-Yves Le Drian est plus apprécié par les sympathisants du centre (69%) et de droite (60%) que par ceux de gauche (46%). 

L’opinion à l’égard des principaux ministres du Gouvernement
Graphique de l’opinion à l’égard des principaux ministres du Gouvernement


Les autres ministres font moins consensus. En septième place du classement des personnalités, François Bayrou bénéficie de 31% de jugements favorables, mais aussi de 48% de jugements défavorables. Quant à Bruno Le Maire, si 25% des Français ont à ce stade une opinion positive sur son action, 38% sont d’un avis contraire. Enfin, deux ministres souffrent avant tout d’un fort déficit de visibilité : 50% des sondés sont sans opinion à l’égard de Gérard Collomb, et même 67% en ce qui concerne Sylvie Goulard. 

Les jugements favorables envers les ministres selon la sympathie partisane
Graphique des jugements favorables envers les ministres selon la sympathie partisane

 

L’OPPOSITION EN DIFFICULTÉ À L’APPROCHE DES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES

L’opposition au nouveau Président semble singulièrement affaiblie au moment où la campagne pour les élections législatives s’amorce. L’adversaire d’Emmanuel Macron au second tour n’est créditée que de 26% de jugements favorables, lesquels proviennent en grande partie des sympathisants FN (85%). Comme les résultats du scrutin présidentiel l’ont montré, l’opposition à Marine Le Pen reste très forte à gauche (seulement 11% de jugements favorables) comme à droite (23%).

Au l’opposé du spectre politique, Jean-Luc Mélenchon sort paradoxalement en meilleure posture d’une élection présidentielle pourtant décevante pour lui. Il bénéficie en effet de 36% de jugements favorables, ce qui le situe en 6ème position de notre classement. Le leader de La France Insoumise dispose d’un soutien quasi unanime parmi les sympathisants FI/PCF (91%), ainsi que d’un socle de popularité important auprès des écologistes (61%) et des proches du PS (47%), en faisant le leader le plus populaire à gauche.

À droite, les principaux leaders LR sont en difficulté. Le chef de file de la campagne François Baroin ne bénéficie que de la confiance d’un Français sur cinq (20%), et seuls les deux-tiers des sympathisants LR (63%) portent sur lui un regard favorable. Nathalie Kosciusko-Morizet (22%), Laurent Wauquiez (15%) ou Christian Estrosi (15%) ne font pas meilleure figure, seul Xavier Bertrand disposant d’une cote de popularité sensiblement supérieure (28%). Cette absence de leader incontesté se traduit par un recours à Alain Juppé ou à Nicolas Sarkozy, qui bénéficient respectivement de 41% et 27% d’opinions favorables auprès de l’ensemble des Français et de 67% et 78% auprès des sympathisants LR. Les difficultés de la droite se traduisent donc par l’absence de l’émergence d’une nouvelle génération de responsables.

Enfin, les principaux dirigeants socialistes sont dans des situations très diverses. Le Premier ministre sortant Bernard Cazeneuve bénéficie d’une cote de popularité solide de 40%, mais répartie aussi bien à gauche (51%) qu’à droite (45%) et au centre (70%), ce qui le laisse sans base bien identifiée. Sensiblement plus bas, Ségolène Royal, Martine Aubry, Benoît Hamon et Anne Hidalgo se situent entre 30% et 24% de jugements favorables. Enfin, Manuel Valls a souffert non seulement de la campagne électorale mais aussi des négociations avec LREM pour sauver son siège de député : avec 14% de jugements positifs, il se situe désormais en dernière position de notre classement mensuel...

Voir le baromètre de l'action politique Ipsos Le Point depuis 1996 :

Federico Vacas

Directeur Adjoint du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

Federico Vacas

Directeur Adjoint du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

Mathieu Gallard

Chef de Groupe, Ipsos Public Affairs

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