2nd tour présidentielle 2017 : comprendre le vote des français

Enjeux, motivations, déterminants du vote… L’enquête Ipsos / Sopra Steria réalisée la veille du vote révèle dans quel état d’esprit les Français se sont rendus aux urnes.

UN SECOND TOUR MARQUÉ PAR L’ABSTENTION

La présence d’une candidate issue du Front National au second tour de la Présidentielle n’aura pas provoqué de sursaut de mobilisation. Au contraire, à 25,4%, on a atteint ce dimanche le plus haut niveau d’abstention depuis 1969 pour un 2nd tour de la Présidentielle, qui plus est en hausse par rapport au premier tour. Les abstentionnistes ont « refusé de choisir entre deux candidats qu’ils rejettent totalement » (31%, et 50% chez les électeurs 1er tour de Jean-Luc Mélenchon), parce « qu’aucun des deux ne correspondait à leurs idées » (28%, 39% chez ceux qui avaient choisi Benoît Hamon au premier tour), parce qu’ils étaient persuadés de la victoire d’Emmanuel Macron (16%), qu’ils n’étaient pas disponibles pour aller voter (15%) ou qu’ils ne s’intéressent pas à la politique (10%). Le nombre de bulletins « blanc ou nul » a également battu des records, principalement par rejet total des deux candidats (51%) ou de façon plus nuancée par désaccord avec leurs idées (39%).

LE FRONT RÉPUBLICAIN EXISTE TOUJOURS

La volonté de faire barrage au FN a été la principale motivation de voter pour Emmanuel Macron : 43% de ceux qui ont glissé son bulletin dans l’urne ont d’abord voulu marquer « leur opposition à Marine Le Pen ». C’est particulièrement le cas chez ceux qui avaient choisi Jean-Luc Mélenchon au 1er tour (71%), mais aussi chez les partisans de Benoît Hamon (65%) et de François Fillon (57%). Le vote d’adhésion est néanmoins présent, un tiers des électeurs d’Emmanuel Macron ayant d’abord été sensibles « au renouvellement politique qu’il représente », 16% « à son programme », 8% « à sa personnalité ». Mais le vote d’adhésion a été beaucoup plus franc chez les électeurs de Marine Le Pen : 41% ont choisi la candidate « pour le renouvellement politique qu’elle représente », 30% « pour soutenir son programme » et 7% « pour sa personnalité ». La volonté de marquer son opposition à Emmanuel Macron n’a été la principale motivation que de 22% des électeurs frontistes.

UNE CAMPAGNE JUGÉE DÉCEVANTE

L’entre-deux tours n’aura pas redoré le blason d’une campagne électorale que la majorité des Français aura jugé décevante. Hormis leurs partisans, Emmanuel Macron et Marine Le Pen n’ont pas surpris les électeurs, ni en bien, ni en mal. Le débat télévisé a néanmoins été gagné par Emmanuel Macron, ou plutôt perdu par Marine Le Pen, qui aura « inquiété » les deux tiers de ceux qui avaient voté au premier tour pour Jean-Luc Mélenchon ou François Fillon, les trois-quarts de ceux qui avaient choisi Benoît Hamon, et même près de la moitié de l’électorat premier tour de Nicolas Dupont-Aignan (47%), qu’elle projetait de nommer Premier ministre...

LE CHANGEMENT, C’EST MAINTENANT ?

Finalement, Emmanuel Macron aura été celui qui a le mieux réussi à incarner le changement de système que les Français appellent de leurs vœux. Dans ce contexte, la perspective d’un Premier ministre issu du sérail politique ne suscite pas l’enthousiasme, qu’il provienne de la gauche modérée (36% seraient plutôt déçus, 20% plutôt satisfaits, 44% ni l’un ni l’autre) ou de la droite modérée (30% seraient déçus, 24% satisfaits, 46% ni l’un ni l’autre). Les avis sont partagés y compris chez ceux qui avaient choisi Emmanuel Macron dès le premier tour, même si on relève une légère préférence pour un Premier ministre de gauche.

Plutôt qu’un responsable politique, les Français préféreraient qu’Emmanuel Macron nomme à la tête du gouvernement « une personne qui n’a jamais exercé de mandat politique » : pas loin d’un sur deux (43%) pense « que ce serait plutôt une bonne idée, qu’il faut renouveler le personnel politique », contre 28% qui jugent au contraire que « ce serait une mauvaise idée, il faut de l’expérience pour être Premier ministre » (et 29% « ni l’un ni l’autre »). La nomination d’un Premier ministre issu de la société civile serait une bonne idée pour 62% de ceux qui ont choisi Emmanuel Macron dès le premier tour, mais aussi pour la majorité relative des électeurs de Jean-Luc Mélenchon (46%), Benoît Hamon (48%) ou Nicolas Dupont-Aignan (41%). Les électeurs de Marine Le Pen et de François Fillon sont moins convaincus.

Les Français souhaitent du renouvellement dans le personnel politique, mais aussi dans l’organisation du pouvoir. Comme s’ils étaient fatigués de la monarchie élective mise en place par Charles de Gaulle en 1965, plus de 60% des personnes interrogées ne jugent ainsi pas souhaitable « qu’Emmanuel Macron dispose d’une majorité absolue de députés à l’occasion des prochaines élections législatives » (39% d’avis contraires). Les sympathisants d’En Marche sont bien entendus les premiers à souhaiter qu’Emmanuel Macron dispose d’une majorité absolue de députés à l’Assemblée Nationale (93%), mais c’est aussi le cas de la majorité des sympathisants socialistes (67%), des proches du Modem (71%) et de la moitié des proches de l’UDI. A l’inverse, 70% des sympathisants LR, FG/PC, de ceux qui ne sont proches d’aucun parti et 86% des sympathisants frontistes ne partagent pas cet avis.


 

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Document associé :

Jean-François Doridot

Directeur Général, Ipsos Public Affairs

Brice Teinturier

Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)

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