1er tour présidentielle 2017 : sociologie de l'électorat

Le sondage Ipsos / Sopra Steria dresse une radiographie politique et sociologique des différents électorats. Il détaille également le profil des abstentionnistes, particulièrement nombreux ce 23 avril. Si le record du 2002 n’est pas battu, on enregistre tout de même à 22,7% le deuxième plus fort taux d’abstention pour un premier tour de l’élection Présidentielle de la Vème République.

PROFIL DES ABSTENTIONNISTES

C’est une habitude, les abstentionnistes ont une nouvelle fois été particulièrement nombreux chez les jeunes et les moins favorisés. Près de 30% des moins de 35 ans (29% chez les 18-24 ans, 28% des 25-34 ans) ne se sont pas déplacés pour ce 1er tour de la Présidentielle 2017, pour comparativement 16% chez les 60-69 ans et 12% chez les électeurs de plus de 70 ans. En termes de catégories socioprofessionnelles, on recense également 29% d’abstentionnistes chez les employés et les ouvriers, pour 21% chez les cadres et 22% chez les professions intermédiaires. L’abstention a également dépassé les 25% sur l’ensemble des salariés et des personnes au chômage. Il faut se tourner vers les retraités pour trouver une participation sensiblement plus forte, de 87% contre 13% d’abstention.

Sur ce scrutin, on relève que la participation évolue presque linéairement avec le niveau de revenus du foyer : on est à 70% chez les électeurs dont le niveau de revenu du foyer est inférieur à 1250€ par mois, 76% dans la tranche 1250€-2000€, 80% dans la tranche de 2000 à 3000€, 84% au sein des foyers qui disposent d’un revenu mensuel supérieur à 3000€. 28% de ceux qui déclarent « s’en sortir très difficilement avec les revenus du ménage » ne sont pas allés voter, contre 18% chez ceux qui déclarent s’en sortir « facilement ».

En termes de proximité partisane, la participation a été la plus forte chez les proches d’En Marche (88%) et des Républicains (89%), pour 83% chez les sympathisants PS et 85% chez les proches du FN. Le léger différentiel de participation en faveur de la droite est confirmé par une question d’autopositionnement politique : 88% de ceux qui se situent plus ou moins à droite sont allés voter, contre 83% de ceux qui se déclarent de gauche.

SOCIOLOGIE DE L’ÉLECTORAT

Emmanuel Macron est arrivé en tête au soir du premier tour, en captant un éventail très large d’électeurs. Il a ainsi recueilli plus de 20% des suffrages dans toutes les tranches d’âge à partir de 25 ans, a convaincu un cadre sur trois, le quart des « professions intermédiaires » et des retraités, un salarié sur quatre, du public comme du privé, le quart encore des électeurs « à leur compte ».
Par rapport au niveau de diplôme, il a été le plus souvent choisi par ceux qui ont arrêté leurs études au baccalauréat (24%), par les diplômés du 1er cycle (26%), comme par ceux du deuxième et troisième cycles (30%). Emmanuel Macron a obtenu le plus grand nombre de suffrages chez les électeurs plus aisés (25% chez les électeurs dont le revenu mensuel du foyer est compris entre 2000€ et 3000€, 32% chez ceux dont le revenu mensuel du foyer est supérieur à 3000€). Il a encore convaincu le tiers des électeurs qui déclarent « s’en sortir facilement » avec les revenus du ménage. Emmanuel Macron a séduit la France « optimiste », qui vit plutôt bien et qui pense que la jeune génération vivra mieux qu’elle (35%).
Politiquement, près de la moitié des électeurs de François Hollande au premier tour de la Présidentielle 2012 (47%) et 17% des électeurs de Nicolas Sarkozy ont choisi cette fois Emmanuel Macron, qui s’est avéré aussi le candidat préféré des sympathisants PS (42%), Modem (46%), tout en obtenant 36% des suffrages des proches de l’UDI. 60% des électeurs se définissant comme centristes ont voté pour lui.

En comparaison, l’électorat de Marine Le Pen est plus typé. Elle a perdu sa suprématie dans l’électorat le plus jeune, au profit de Jean-Luc Mélenchon chez les 18-24 ans (21% contre 30% pour Jean-Luc Mélenchon), au profit d’Emmanuel Macron chez les 25-34 ans (24% contre 28%). Avec presque 30% des suffrages, Marine Le Pen est en revanche arrivée en tête chez 35-49 ans (29%) et les 50-59 ans (27%).
En termes de catégories socioprofessionnelles, elle a obtenu 37% du vote ouvrier, et convaincu le tiers des employés (32%). Malgré des scores sous les 20% dans toutes les autres catégories, elle est en tête sur l’ensemble des salariés (26%), du public (27%) comme du privé (26%). La candidate du Front National a enregistré le meilleur score auprès de ceux qui ont l’impression d’exercer une profession en déclin (30%), chez ceux qui s’en sortent « très difficilement » avec les revenus du ménage (43%), chez ceux qui pensent que la jeune génération vivra moins bien qu’eux (25%), chez ceux qui disposent des plus faibles revenus (32% au sein des foyers dont le revenu mensuel est inférieur à 1250€ par mois, 29% dans la tranche 1250€-2000€).

Jean-Luc Mélenchon a battu la candidate du FN chez les 18-24 ans (30%) et les chômeurs (31%). Ce sont ses meilleurs scores, toutes catégories confondues. Il a également dépassé les 20% auprès des professions intermédiaires (22%), des employés (22%) et des ouvriers (24%). En termes de niveaux de diplômes ses résultats sont relativement homogènes : 21% chez ceux qui se sont arrêtés au baccalauréat, 22% chez les titulaires d’un bac +2, 20% chez ceux qui ont poussé leurs études au-delà. Jean-Luc Mélenchon a séduit un électeur sur quatre dans les deux tranches de revenus inférieures (revenus du foyer en deçà de 1250€ ou compris entre 1250€ et 2000€), un électeur sur cinq chez ceux « qui s’en sortent difficilement avec les revenus du ménage ». Politiquement, il a été choisi par près du quart de l’électorat de François Hollande au premier tour de 2012 (24%) et des proches du PS (23%), par 38% des sympathisants EELV chez qui il devance Benoît Hamon (22%). Fort de 44% des suffrages, il s’est révélé être le candidat préféré des électeurs se positionnant « à gauche ».

Obtenant 45% des suffrages des 70 ans et plus, 36% chez les retraités et jamais plus de 25% partout ailleurs, François Fillon a été le candidat de l’électorat âgé. Par rapport à l’électorat de la droite traditionnelle, il n’a pas réussi à convaincre plus d’un cadre sur cinq (20%), est resté loin de l’étiage habituel du candidat de droite chez les plus diplômés (24%) ou chez les plus hauts revenus (25%). Dans toutes ces catégories il a été devancé de plusieurs points par Emmanuel Macron.
Politiquement, François Fillon n’a su séduire que 59% de l’électorat de Nicolas Sarkozy au 1er tour de 2012. S’il a tout de même convaincu les trois quarts des sympathisants LR (77%), plus du tiers des électeurs proches de l’UDI lui ont préféré Emmanuel Macron.


 

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Document associé :

Jean-François Doridot

Directeur Général, Ipsos Public Affairs

Brice Teinturier

Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)

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