Sciences participatives : qu'en pensent les Français ?

Afin d’alimenter les débats de la nouvelle édition du forum Science, Recherche et Société, Ipsos / Sopra Steria et La Recherche et Le Monde ont souhaité réaliser une enquête sur le thème des sciences participatives. Comment sont perçues les sciences participatives ? Les Français sont-ils prêts à s’engager pour contribuer à l’amélioration et au développement de la connaissance scientifique ? 


UNE CONFIANCE RÉAFFIRMÉE DES FRANÇAIS DANS LA SCIENCE « EN GÉNÉRAL »…

Comme l’an dernier, le volet barométrique de l’enquête met en évidence la confiance très importante que les Français ont à l’égard de la science. La science et la technologie sont perçues comme un vecteur de progrès pour l’avenir : 78% estiment qu’elles apportent des solutions aux problèmes d’aujourd’hui et 65% qu’elles permettront aux générations du futur de vivre mieux. Les opinions négatives à l’égard du progrès scientifique restent minoritaires : 44% des Français considèrent que la science et la technologie génèrent des changements trop rapides dans leur vie quotidienne (mais 55% des 60 ans et plus et 57% des moins diplômés). Enfin, seule une minorité de Français (35%) estime que la science et la technologie produisent plus de dommages que d’avantages. Depuis la création de ces indicateurs en 2011, peu d’évolutions significatives des opinons sont à signaler : années après années, les Français réaffirment leur confiance dans la science et le progrès scientifique.

NIVEAU DE CONFIANCE DANS LE PERSONNEL SCIENTIFIQUE EN BAISSE NOTAMMENT SUR LES SUJETS POLÉMIQUES

Certes les Français ont toujours confiance dans la science et le progrès scientifique, mais les résultats de l’enquête montrent, et c’est l’un des enseignements majeurs, que la défiance à l’égard des scientifiques progresse dans l’opinion. Elle atteint des niveaux très importants lorsque le travail des scientifiques porte sur des sujets polémiques à fort enjeux politiques, industriels et financiers. Ainsi, seulement 34% des Français (-14 points depuis 2011) ont confiance dans les scientifiques pour dire la vérité sur les résultats et les conséquences de leurs travaux dans le domaine du réchauffement climatique, 28% (-7) dans le domaine de l’énergie nucléaire et 16% dans le domaine des OGM (-17 points).

Derrière ce recul de la confiance, c’est l’impartialité des scientifiques qui est de plus en plus critiquée par les Français et plus particulièrement leur indépendance vis-à-vis des lobbies, très actifs dans ces secteurs. Seule une minorité de Français considère que les scientifiques sont globalement indépendants et ne se laissent pas influencer par les groupes de pression industriels (33%, -5 points par rapport à 2013). Dans le même temps, l’idée selon laquelle les scientifiques pourraient dans certain cas cacher certains résultats de leurs recherches progresse. Pour 62% des Français (+16 points par rapport à 2013), on ne peut pas faire confiance aux scientifiques pour dire la vérité si leurs recherches pouvaient avoir des répercussions négatives sur la santé des individus. La mise en évidence récente de nombreux conflits d’intérêts impliquant des scientifiques dans le domaine de la santé explique très certainement ce recul de la confiance.

DES FRANÇAIS INTÉRESSÉS PAR L’ACTUALITÉ SCIENTIFIQUE ET PRÊTS À « METTRE LA MAIN À LA PÂTE »

Au global, si les doutes sur la transparence et l’impartialité des scientifiques se renforcent, les Français gardent un état d’esprit positif vis-à-vis de la recherche qui se manifeste notamment par le fort intérêt qu’ils portent à l’actualité et aux découvertes scientifiques. Deux Français sur trois (66%) s’intéressent à l’actualité scientifique. Les grandes découvertes, les innovations technologiques et leurs applications captent l’attention du grand public, presque autant que la politique internationale (71%) et l’actualité culturelle (71%). L’intérêt est réel dans toute les classes d’âge, mais un peu plus élevé au-delà de 35 ans (69% des 35-59 ans et 70% des 60 ans et plus, contre 59% des 15-24 ans). Il est presque équivalent chez les hommes (69%) et chez les femmes (63%). Surtout, les sujets scientifiques intéressent davantage les Français que l’économie (52%), la politique (50%) et même l’actualité sportive (qui pâtit il est vrai d’un fort différentiel selon le sexe).

Cet intérêt pour l’actualité scientifique s’accompagne d’une réelle appétence des Français pour les sciences participatives. Le terme est connu de 35% des personnes interrogées qui en ont déjà entendu parler, mais rares sont celles qui savent précisément de quoi il s’agit (4% des Français seulement), signe que, même si la participation citoyenne à des travaux de recherche scientifique a fortement progressé en France ces dernières années, cela reste un phénomène limité à l’échelle du grand public.

Pour autant, l’intérêt des Français pour les sciences participatives est manifeste. Il s’observe surtout dans ce que les Français se disent prêts à faire au niveau individuel pour contribuer à l’amélioration et au développement de la connaissance scientifique. 66% des personnes interrogées pourraient accepter de participer à la collecte d’informations sur l’environnement dans leur région et à les transmettre à des scientifiques pour analyse, 64% de rejoindre un protocole scientifique d’étude composé de personnes souffrant des mêmes problèmes de santé, 53% de collecter et donner accès à des informations sur leur mode de vie via leur smartphone pour mieux comprendre l’impact de certains comportements sur la santé. L’intérêt pour ces nouvelles formes d’engagement est significatif dans toutes les couches de la société, quels que soient le sexe, l’âge ou la profession des personnes interrogées. Il montre combien l’idée d’un investissement personnel dans des activités scientifiques séduit le grand public, surtout lorsqu’il s’agit de faire progresser la connaissance dans le champ de la santé, de la biodiversité ou du climat. Autre levier important de mobilisation pour les sciences participatives : le sentiment de partager des savoirs. 54% des Français se disent prêt à participer à des événements durant lesquels ils seraient amenés à transmettre aux plus jeunes leurs connaissances scientifiques, un niveau plus élevé encore chez les plus diplômés (64%).

Ces pratiques sont par ailleurs plus populaires dans l’opinion que les formes plus « traditionnelles » d’engagement aux services de la science tels que le don à des organismes caritatifs qui financent les programmes (39% des Français se disent prêts à faire à don) ou l’investissement dans des entreprises qui financent des projets (32% prêts à le faire). Le sentiment de participer concrètement, au plus près du terrain, à des activités de recherche scientifique explique probablement l’intérêt plus marqué du public pour les protocoles de recherche impliquant une participation autre que financière.

Au vu de ces résultats, doit-on s’attendre à une progression des sciences participatives dans les années qui viennent ? Certes, une majorité de Français est prête à s’engager dans différentes activités scientifiques, mais ceux étant « tous à fait prêts » à le faire restent minoritaires (entre 10% et 14% des sondés), or ce sont ces personnes qui sont les plus susceptibles de sauter le pas. Si l’intérêt du public pour les sciences participatives est réel, cela ne signifie pas pour autant qu’il y aura dans les années qui viennent un engagement massif dans des activités de recherche. Il n’en demeure pas moins que le grand public français est sensible à la participation scientifique.

MÉDECINE : EN TÊTE DES DISCIPLINES QUI DONNENT ENVIE DE S’IMPLIQUER DANS LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

Quels sont les champs de recherche les plus populaires ? Ceux qui donnent aux Français le plus envie de s’investir pour faire avancer la connaissance scientifique ? Sans surprise, la médecine arrive en tête avec 52% de citations. Le domaine médical (nouveaux traitements, prise en charge des maladies rares, etc.) concentre les attentes les plus fortes du grand public en matière de recherche. Les sciences naturelles, l’observation de la biodiversité (38%) et la climatologie (33%) sont également deux disciplines qui donnent envie aux Français de s’impliquer. La forte médiatisation de la conférence de Paris sur le climat et plus généralement des enjeux liés aux changements climatiques expliquent sans doute le fort intérêt du public pour ces sujets.

En retour de leur engagement, les Français souhaiteraient avant tout savoir comment leur travail a été utilisé par les chercheurs (51% de citations), signe qu’il s’agit pour eux d’œuvrer concrètement pour faire avancer la science. Dans une moindre mesure, ils souhaiteraient recevoir une indemnisation financière pour leur engagement (35%), mais aussi pouvoir rencontrer et échanger avec des chercheurs (32%) et recevoir en avant-première les résultats des recherches menées (32%). 

SCIENCES PARTICIPATIVES : PERÇUES COMME UN MOYEN DE RENFORCER LES LIENS ENTRE LE GRAND PUBLIC ET LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

Le dernier enseignement de l’enquête porte sur la manière dont sont perçues les sciences participatives. Il est frappant de constater combien cette démarche est prise au sérieux par le grand public. Pour une large majorité de Français (79%), une implication plus forte du grand public dans les travaux de recherche pourrait permettre de contribuer à réaliser des avancées majeures en matière de connaissance scientifique. Les sciences participatives pourraient même aux yeux des Français compenser la baisse des moyens alloués à la recherche (57% sont d’accord avec cette affirmation).

Autre avantage largement souligné par les personnes interrogées : les sciences participatives pourraient être un moyen efficace pour renforcer les interactions entre la science et la société dans un contexte où, même si le progrès scientifique et technologique n’est pas remis en cause, une très large majorité de Français (75%, +6 par rapport à 2012) estime que les citoyens ne sont pas suffisamment informés et consultés sur les débats et les enjeux de la recherche. Ainsi pour 87% des Français, les sciences participatives pourraient permettre aux citoyens de mieux comprendre les enjeux de société liés aux avancés scientifiques. Les sciences participatives pourraient même apporter une réponse à la progression de la défiance à l’égard de la communauté scientifique : 85% des Français estiment qu’elles sont un moyen de renforcer le lien entre les chercheurs et les citoyens.

Enfin, deux autres bénéfices associés aux sciences participatives en France sont mis en avant par les personnes interrogées : une meilleure sensibilisation du grand public aux questions de préservation de la biodiversité et la lutte contre le changement climatique (87%) et un renforcement de l’attractivité des études et des carrières scientifiques (85%), autant de signaux favorables au développement des sciences participatives en France.

Fiche technique : 
Ipsos / Sopra Steria a réalisé une enquête du 5 au 9 mai par internet auprès d’un échantillon de 1 009 Français âgés de 15 ans et plus. Le questionnaire est composé d’un volet barométrique avec des questions sur la perception de la science et le progrès technologique en général et d’un volet adhoc sur les sciences participatives.

Vincent Dusseaux

Directeur d'études, Ipsos Public Affairs

Vincent Dusseaux

Directeur d'études, Ipsos Public Affairs

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