Les adolescents : tous rebelles ?

Des collégiens du département des Bouches-du-Rhône ont été interrogés sur leur rapport aux institutions publiques et plus particulièrement l'école et la police. Tout cela dans le but de mieux appréhender les attitudes des jeunes par rapport à la loi et les valeurs qui la sous-tendent.

Le programme de recherche internationale en sciences sociales UPYC, mené dans 5 pays, s’inscrit dans la 3ème édition de l’enquête internationale de victimisation et de délinquance auto-déclarée dont le terrain d’étude a été confié à Ipsos. L’équipe française conduite par Sebastian Roché du laboratoire PACTE (unité mixte de recherche du CNRS, de l'Université Grenoble Alpes et de Sciences Po Grenoble) a publié les résultats du volet français.

La relation à l’école des collégiens est ainsi majoritairement jugée bonne, mais avec une insatisfaction et des frustrations importantes qui peuvent concerner jusqu’à 40% des élèves concernant la manière injuste dont ils se sentent traités par exemple. De nombreux collégiens jugent les bagarres assez présentes (43%). Rares sont ceux qui estiment qu’on leur enseigne des choses fausses. Les difficultés scolaires concernent en priorité les adolescents issus des couches modestes et des quartiers défavorisés.

Au-delà de la question générale sur la confiance qui place la police devant l’école, le rapport à la police est assez critique, près de la moitié des élèves déclarent « ne pas se sentir du côté de la police » si « jeunes et policiers s’affrontent ». Le fait d’obéir n’est pas jugé être son devoir pour une partie importante des jeunes (43%), et plus encore dans les quartiers nord de Marseille. Les contacts à l’initiative de la police sont assez rugueux : dans près de quatre cas sur dix, les élèves estiment qu’ils n’ont pas été traités avec respect. Un élève sur cinq estime que les policiers se sont montrés brutaux, et une proportion légèrement inférieure (17%) s’est dite provoquée ou insultée par les policiers.

Les élèves passent quatre heures par jour sur écran pendant leur temps libre à regarder des films ou des vidéos. La moitié des élèves ont déjà consommé de l'alcool et chez les consommateurs, deux élèves sur cinq ont bu de l’alcool trois fois ou plus dans le mois écoulé.

D’une manière générale, les collégiens ne rejettent pas le système politique. Un élève sur cinq exprime un point de vue critique envers le fonctionnement de la démocratie, estimant que « voter ne sert à rien ». Cependant, la défiance envers les hommes politiques apparaît beaucoup plus répandue : 60% des collégiens estiment qu’ils ne font « rien » pour « les gens comme mes parents ». La distance au personnel politique est visible à leur jeune âge.

38% des adolescents sont athées, 30% catholiques, 25% musulmans et 5% des adolescents appartiennent à d’autres religions. La religion est importante pour la plupart des musulmans, pas des catholiques. Les questions traitant du rapport des cultes à l’Etat montrent d’abord de nombreuses réponses indécises (« je ne sais pas »), signe que les adolescents ne sont pas à l’aise avec ces sujets. Les emblèmes comme la laïcité sont jugés positivement à un niveau comparable dans les différentes dénominations, et un petit peu moins par les plus croyants. Les athées sont les plus favorables à la liberté de conscience (choisir ses convictions en matière religieuse) et à l’égalité entre hommes et femmes, les musulmans y sont les plus opposés.

Le téléchargement illégal sur internet constitue le délit le plus répandu (56%) au cours des 12 derniers mois. Viennent ensuite les vols et les bagarres collectives (17% chaque fois), le vol à un tiers (14%) et le port d’une arme blanche ou autre (13%). Ils augmentent fortement avec l’absentéisme. Un quart des adolescents en classe de 5ème, 4ème et 3ème ont eu au moins un comportement d’achat ou de vente de faux. Ils ont donc une contribution non négligeable à la dynamique du marché illégal. Enfin, entre un cinquième et un quart des élèves ont été victimes d’un vol, ou se sont fait « maltraiter » sur les réseaux sociaux. Un élève sur 10 dit s’être fait frapper violemment par un de ses parents.

Fiche technique :
Etude réalisée sur un échantillon de classes représentatif des collégiens selon les bassins et niveaux de formation. Au total, plus de 9.000 collégiens de la 5ème à la 3ème (générales, SEGPA et autres dispositifs couverts par ces niveaux) interrogés au sein des établissements scolaires publics ou privés entre avril et juin 2015 dans le département des Bouches-du-Rhône.
Équipe de recherche : Sebastian Roché, Sandrine Astor, Guillaume Roux, Noelle Castagné, laboratoire PACTE, CNRS-Sciences Po Grenoble, Université Grenoble Alpes.
Le rapport complet et tous les documents relatifs à l’enquête sont en ligne sur le site www.les-adolescents-et-la-loi.fr

Crédit photo : Philip Lange / Shutterstock.com

Valérie Blineau

Directrice de clientèle "Grandes Enquêtes"

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Les derniers commentaires :

chez lucky

Le 10/05/16 à 10h44

Les adolescents sont loin d'être tous des rebelles , ils sont pas mieux et pas pire que nous et je l'espere seront surtout moins cons que nous pour leur avenirs.

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