Baromètre politique : plan d’urgence pour l’emploi, remaniement ministériel, François Hollande ne convainc pas

Réalisée après le remaniement ministériel et l’adoption, par l’Assemblée, de la réforme constitutionnelle, la nouvelle édition du Baromètre de l’action politique Ipsos Le Point est marquée par une baisse généralisée des cotes de popularité, à commencer par celles du président de la République et du Premier ministre. 

Seulement un Français sur cinq (20%) porte aujourd’hui un jugement favorable sur l’action de François Hollande, soit une baisse de 9 points par rapport au mois dernier. Il s’agit du plus faible score mesuré pour le président de la République depuis juin 2015, score par ailleurs inférieur de 4 points à la mesure du mois d’octobre, avant les derniers attentats parisiens. Ni l’annonce du plan d’urgence pour l’emploi ni le remaniement ministériel n’auront permis à François Hollande de renouer avec une dynamique positive dans l’opinion. Bien au contraire, celui-ci apparaît aujourd’hui affaibli jusqu’à dans son propre camp, basculant une nouvelle fois dans l’impopularité à gauche, avec 40% de bonnes opinions (-14 points), contre 56% d’avis critiques. Dans le détail, il recueille seulement 52% de jugements favorables chez les sympathisants socialistes (-15 points depuis janvier, -9 points par rapport à octobre dernier), 21% (-10 points depuis janvier) chez les proches du Front de gauche, 22% chez les sympathisants d’EELV (-14 points) alors même que le nouveau gouvernement inclut trois personnalités écologistes et que l’environnement vient d’être présenté comme l’une des deux priorités pour la fin de mandat présidentiel. Le remaniement ministériel semble avoir été perçu par une partie de l’opinion comme une stratégie politicienne en vue de la prochaine élection présidentielle, élection pour laquelle, d’ailleurs, la candidature « naturelle » de François Hollande fait désormais l’objet de quelques contestations.

Dans une moindre mesure, Manuel Valls voit lui aussi sa cote de popularité se dégrader. Avec 35% d’opinions positives (contre 60% de jugements négatifs), il perd 4 points par rapport au mois dernier et se situe désormais à un niveau plus faible que celui mesuré avant les attentats (38% en octobre dernier). Cette baisse est surtout le fait des sympathisants de gauche et du centre. Auprès des premiers, le Premier ministre redevient lui aussi impopulaire (50% d’avis critiques, contre 46% d’opinions favorables), même s’il conserve le soutien d’une large majorité des sympathisants socialistes (60%, -7 points). Au centre, Manuel Valls est en très net recul, sans doute en partie à cause de l’absence d’ouverture au centre du nouveau gouvernement : il perd 18 points en un mois chez les proches du MoDem, à 34%, et 13 points chez les proches de l’UDI, à 34%, à chaque fois son plus faible score depuis son arrivée à Matignon.  

Au-delà de la tendance observée pour le couple exécutif, c’est l’ensemble de la classe politique qui est jugée plus sévèrement ce mois-ci. Sur les 30 personnalités testées en janvier et février, 23 affichent une popularité à la baisse, 5 restent stables et 2 seulement progressent. Tout se passe comme si les Français reprochaient à l’ensemble des leaders politiques de ne pas être à la hauteur des circonstances : imbroglio politique et profondes divisions dans chaque camp autour de la déchéance de nationalité et de la réforme constitutionnelle comme réponse aux attentats de novembre dernier; remaniement « politicien » comme réponse aux résultats du premier tour des élections régionales qui avaient vu le Front national arriver en tête du scrutin…

Parmi les baisses les plus significatives du mois, on notera celles mesurées pour Bernard Cazeneuve (40%, -5 points) et surtout pour Najat Vallaud-Belkacem (-9 points), à 27% de bonnes opinions, son plus faible niveau depuis son entrée dans ce baromètre en août 2012. La Ministre de l’Education nationale, au centre de nombreuses polémiques (réforme de l’orthographe, affaire Barakacity, état des écoles à Marseille) perd 6 points auprès des sympathisants du PS (à 55% d’opinions positives) et pas moins de 14 points chez les proches des Républicains (à 12% seulement). 
Symptomatique de la déception post-régionales, à droite ce sont justement les vainqueurs des élections de décembre qui affichent les plus grosses pertes : Laurent Wauquiez perd 6 points à 22% de jugements favorables, tout comme Christian Estrosi (-6 points, à 16%), Valérie Pécresse reculant de 5 points par rapport au mois dernier (à 25%). Seul Xavier Bertrand est relativement épargné : sa popularité est certes en baisse de 4 points en un mois mais reste à un niveau plus élevé qu’auparavant, après la forte hausse de 13 points mesurée en début d’année.   

Malgré ce contexte a priori favorable, Marine Le Pen est loin de tirer son épingle du jeu. Au contraire, la présidente du Front national est en perte de vitesse. Avec 24% de jugements favorables, elle cède 3 points depuis le début de l’année, 7 points depuis le mois de novembre et recueille son plus faible score depuis novembre 2010. Son décrochage est encore plus prononcé chez les sympathisants des Républicains, sans doute parce que ces derniers la perçoivent de plus en plus comme une adversaire sérieuse : à 19% de bonnes opinions, elle perd 11 points en un mois, 22 points en deux vagues et obtient son plus mauvais résultat en six ans, soit depuis février 2010.  

Quant au podium du palmarès des personnalités préférées des Français, il est toujours dominé par Alain Juppé (54% d’opinions positives), lui aussi en baisse, de 6 points, suivi d’Emmanuel Macron (45%, stable) qui progresse de la 5ème à la 2ème place. A noter que dans le classement établi par les sympathisants des Républicains, Alain Juppé est en baisse de 8 points (à 68% de jugements favorables, 2ème derrière Christine Lagarde, 70%) et voit son avance se réduire face à Nicolas Sarkozy (63%, +1 point), à égalité face à Emmanuel Macron (63%), ce dernier étant à nouveau nettement plus populaire à droite (et au centre) qu’à gauche. 

Le classement des personnalités préférées des sympathisants socialistes est dominé par Jack Lang (67% de bonnes opinions, +7 points) suivi de près par Christiane Taubira (65%,+11 points). L’ancienne Garde des Sceaux, seule hausse significative du mois, progresse de 7 points à 37% et passe de la 21ème à la 9ème place dans le palmarès général, à la suite de sa démission du gouvernement.

Enfin, les deux personnalités entrantes de cette vague du baromètre illustrent l’état d’esprit des Français face au remaniement : Jean-Marc Ayrault recueille seulement 31% d’avis favorables contre une majorité relative de 48% d’opinions négatives et Emmanuelle Cosse n’obtient que 13% de jugements positifs, contre 32% d’opinions négatives. L’ancienne secrétaire nationale d’EELV peine à convaincre y compris chez les sympathisants du PS (23% de bonnes opinions, contre 25%) et des Verts (25%, contre 19% d’avis critiques).     

Crédit photo : Mathieu Delmestre - Solfé Communications

Federico Vacas

Directeur Adjoint du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

Jean-François Doridot

Directeur Général, Ipsos Public Affairs

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