Ces Français résidant à l’étranger : quelles sont leurs motivations et leurs relations avec la France ?

Selon les estimations, on dénombre entre 1,5 et 2 millions de Français établis à l’étranger, une population en croissance continue depuis plusieurs années. Pourtant, peu d’études sont réalisées auprès de cette cible qui reste assez méconnue. Pour cette raison, Ipsos et la Banque Transatlantique  se sont associés pour mener une grande consultation auprès des Français établis hors de France. Les résultats ont été dévoilés dans le cadre du colloque organisé par Hélène Conway-Mouret, Sénatrice représentant les Français établis hors de France, au Palais du Luxembourg le lundi 5 octobre 2015.

LE TRAVAIL CONSTITUE LA PREMIÈRE MOTIVATION DE L’EXPATRIATION

38% des personnes interrogées dans l’enquête expliquent que c’est pour progresser dans leur vie professionnelle qu’elles sont parties vivre à l’étranger. Cela se voit dans le profil des Français établis hors de France : 74% d’entre eux sont des actifs occupés (alors qu’ils ne représentent que 54% de la population française selon l’Insee). Contrairement à une idée reçue, l’écart entre le taux d’activité des hommes (77%) et des femmes (69%) est plutôt limité.

LA DURÉE DES SÉJOURS À L’ÉTRANGER EST LONGUE

46% des personnes interrogées ont quitté le territoire national depuis 6 à 20 ans, 28% depuis plus de 20 ans. L’allongement de la durée des séjours s’explique notamment par le fait que les contrats de détachement se font de plus en plus rares : 67% des salariés résidant à l’étranger ont trouvé un travail sur place et bénéficient d’un contrat de travail local.

LES PERSPECTIVES DE RETOUR SONT IMPRÉCISES

Seule la moitié (50%) des personnes interrogées pensent rentrer en France un jour, un retour « possible » pour 35%, mais « certain » pour seulement 15%. Surtout, lorsqu’ils pensent à leur retour en France, c’est un sentiment d’inquiétude qui prévaut chez les Français de l’étranger (42%), signe qu’il existe de nombreux freins à revenir en France.

POUR AUTANT, LES FRANÇAIS DE L’ÉTRANGER CONSERVENT DES LIENS ÉTROITS AVEC LA FRANCE, SA LANGUE, SA CULTURE ET SON ACTUALITÉ, TANT DANS CE QUI FONDE LEUR IDENTITÉ PERSONNELLE QUE DANS LEUR VIE QUOTIDIENNE

71% d’entre eux parlent le français tous les jours ou presque, 42% suivent l’actualité politique française quotidiennement, 42% écoutent les radios ou regardent les chaines de télévision françaises à la même fréquence. Enfin, 63% consomment des produits alimentaires typiquement français ou de marque française au moins une fois par semaine. Le sentiment d’appartenance à la communauté nationale reste très marqué, y compris chez ceux qui ont quitté la France depuis longtemps : 52% des Français établis hors de France se sentent avant tout citoyen français (contre 40% autant citoyen français que citoyen de leur pays de résidence), 42% de ceux qui ont quitté la France il y a plus de 20 ans.

ENFIN, LES FRANÇAIS DE L’ÉTRANGER CONSIDÈRENT QU’ILS ONT UN RÔLE À JOUER POUR LA FRANCE, EN PARTICULIER SUR UN PLAN ÉCONOMIQUE 

72% d’entre eux s’accordent à dire que la présence de nombreux Français à l’étranger est un atout pour la France, 88% que les Français de l’étranger ont un rôle à jouer dans la promotion de la culture et des produits français à l’étranger. Enfin, ils sont unanimes pour dire qu’à leur retour, les Français de l’étranger devraient partager leur expérience et leurs idées car elles peuvent être utiles à la France, un souhait qui suppose que leur expérience internationale soit mieux reconnue et valorisée.

Vincent Dusseaux

Directeur d'études, Ipsos Public Affairs

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Les derniers commentaires :

Xhrh27

Le 08/10/15 à 22h03

Après 33 ans d'expatriation je viens de rentrer en France. Mes amis m'avaient prévenu: ne reviens pas. C'est pire que ce que j'avais imaginé. Au cours de ma carrière j'ai engagé beaucoup de jeunes Français, ingénieurs et commerciaux tous diplômes. Tous ce sont avérés excellent et très motivés. Un vrai succès. Le problème qu'aucun ne veut rentrer. C'est à dire que la France a souvent payé leurs études (sauf pour les commerciaux) et qu'une fois qualifiés ils iront pour une part au moins grossir les rangs de nos concurrents. Cette enquête est remarquable et reflète exactement la situation. Le retour est délicat car l'expatrié a appris à être responsable, se débrouille seul, décider, être indépendant. Hormis le fait que les ressources humaines sont généralement nulles, le retour bien que prévu n'est pas préparé. Souvent l'expat même s'il a connu un succès évident dans son job revient sans affectation, sans poste, sans bureau et meme sans téléphone. Plus l'entreprise est grande plus c'est vrai. S'en suive, résignation, déprime et souvent démission. Quel gâchis! En conclusion ne revenez pas si vous n'avez pas un plan de carrière clair avec votre entreprise mais meme cela n'est pas une garantie.

Bonjour @Xhrh27, Merci pour ce commentaire extrêmement riche d'enseignements. Si vous me le permettez j'aimerai bien le tweeter sur notre compte @IpsosFrance. Afin de mieux le contextualiser, serait-il possible d'utiliser votre prénom, votre statut professionnel (cadre, dirigeant, salarié...) et si possible dans le secteur dans lequel vous travaillez ? Vous pouvez me contactez directement pour m'envoyer cela : louis.breton@ipsos.com Très bonne journée à vous.

Louis_Breton

Le 13/10/15 à 11h16

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