Observatoire Français des retraites : l’inquiétude s’atténue mais demeure très élevée

Depuis 2010, plusieurs réformes des retraites ont été votées, retardant l’âge légal de départ à 62 ans et allongeant la durée de cotisation à 43 ans à partir de 2020. Malgré tout, le système est toujours déficitaire et la question d’une nouvelle réforme continue de se poser. 
Dans ce contexte, quel est l’état d’esprit des Français sur le sujet ? Comment voient-ils l’avenir ? Pensent-ils que les modalités actuelles de départ en retraite sont pérennes ?
Autant de questions abordées dans cette 13ème édition de l’Observatoire français des retraites, réalisé par Ipsos pour l’UMR et Liaisons sociales.

L’inquiétude à l’égard de la retraite diminue

Dans la mesure où aucune réforme n’est actuellement en discussion au Parlement, l’inquiétude à l’égard de la retraite a tendance à s’atténuer, même si elle demeure très élevée.
Ce sont toujours les aspects financiers du sujet qui préoccupent le plus les Français :
70% se disent inquiets quand ils pensent à leur niveau de vie au moment de leur retraite (-3 points) et 78% lorsqu’ils se focalisent plus précisément sur le montant de leur retraite (-2).

Ils sont également une majorité à faire part de leurs craintes à l’égard de leur santé et de leur accès aux soins (55% ; -6 points) ainsi que de leur capacité à vivre de façon indépendante (55% ; -6 points). Bien que constituant un enjeu majeur pour les prochaines années, ces questions apparaissent aujourd’hui moins problématiques à leurs yeux.

Les retraités s’illustrent par un niveau de préoccupation certes moindre que la moyenne, mais qui ne s’amenuise pas lorsqu’on évoque le montant de leur retraite (63% contre 64% l’an dernier). Il est donc assez logique de constater que pour une nette majorité d’entre eux, il était prioritaire de revaloriser le minimum vieillesse (65%) et de distribuer une prime exceptionnelle pour les retraités touchant moins de 1200€ par mois (54%), deux mesures annoncées par le gouvernement Valls fin septembre.

Les Français dans leur ensemble partagent ce point de vue, mais de manière plus mesurée : 60% considèrent que dans le contexte actuel, la revalorisation du minimum vieillesse était prioritaire, 27% importante mais pas prioritaire et 11% secondaire. Ils sont un peu moins convaincus par la prime de 40€ versée aux retraités les plus modestes, jugée prioritaire par 43% des interviewés, 30% estimant qu’il s’agissait de quelque chose d’important mais pas prioritaire et 25% de secondaire.

 

Un système appelé à être encore réformé à l’avenir

Alors qu’une réforme vient juste d’entrer en application, près de trois Français sur quatre (72%) estiment nécessaire de faire à nouveau évoluer le système de retraites dans les deux ans à venir, dont 35% qui en sont même tout à fait convaincus. Seuls 21% ne jugent pas cela indispensable. Ces résultats sont très similaires à ceux observés il y a deux ans. Ils corroborent également les données d’il y a quatre ans lorsqu’on les interrogerait sur les dispositions mises en place quand François Fillon était Premier ministre (41% disaient alors que cela n’avait pas réglé le problème du financement des retraites, pas même à court terme).

Les Français font donc preuve d’un certain fatalisme : Ils sont aujourd’hui très largement persuadés que les mesures qui sont votées ne résolvent pas les problèmes de fond. Ce constat est partagé par la plupart des catégories de population, les jeunes en étant encore  plus convaincus (79% pensent qu’une nouvelle réforme est nécessaire).

Ce fatalisme s’exprime également lorsqu’on leur demande s’ils pensent que l’âge légal de la retraite sera repoussé au-delà de 62 ans dans les années qui viennent : 78% en sont persuadés, dont 54% qui l’affirment avec force (ils le pensent tout à fait). Ce pronostic apparaît relativement consensuel, puisque toutes les catégories de population l’envisagent très largement.

En fait, il est probable que pour bon nombre de nos compatriotes, le seul levier sur lequel peut jouer le gouvernement aujourd’hui est l’âge de départ en retraite. Les préoccupations à l’égard du pouvoir d’achat sont tellement fortes que l’idée même d’augmenter les cotisations ou de baisser les pensions paraît problématique. C’est sans doute la raison pour laquelle les salariés du privé, invités à choisir la solution qu’ils jugeraient la plus acceptable pour pallier les problèmes financiers des régimes complémentaires, privilégient le report de l’âge à partir duquel on peut toucher une retraite complémentaire complète (45%). Cette solution arrive largement devant les deux autres (27% pour l’augmentation des cotisations supportées par les salariés et 11% pour la baisse des pensions touchées par les retraités, futurs ou actuels).

Les interviewés sont par ailleurs sceptiques quant à la pérennité des régimes spécifiques de retraite existant actuellement pour les salariés du secteur public. Si 44% considèrent que ces spécificités perdureront encore dans dix ans, une petite majorité (52%) se dégage pour affirmer le contraire. Notons que les salariés du privé sont à peine plus nombreux (47%) que ceux du public (43%) à croire en l’avenir de ces deux systèmes parallèles.   

Fiche technique :
Les interviews ont été conduites les 17 et 18 octobre derniers auprès d’un échantillon national représentatif de 1010 Français âgés de 15 ans et plus.

Etienne Mercier

Directeur du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

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