Vivre ensemble : entre unité et diversités

Le 4 décembre 2014 aura lieu la quatrième édition du colloque Vivre Ensemble. Cette année, les débats porteront sur l’unité et les diversités, deux pôles autour desquels se construit la vie en société. Pour alimenter les débats lors de cette journée, le Conseil économique social et environnemental, Accenture et Ipsos se sont associés pour réaliser une enquête d’opinion auprès des Français. Comment perçoivent-ils la société française d’aujourd’hui à l’aune de cette grille de lecture ? Où placent-t-ils le curseur entre unité et diversités ? Qu’est-ce qui unit et qu’est-ce qui désunit les Français ? Qu’est-ce qui menace la capacité à bien vivre ensemble ? Autant de questions auxquelles l’enquête apporte des éléments de réponses.

LA FRANCE : UNE SOCIETE OU LES DIFFERENCES SONT DAVANTAGE PERCUES QUE LES POINTS DE CONVERGENCE

La société française est une société d’unité – état centralisé et unificateur – et de diversités – terre historique d’immigration, identités territoriales plus ou moins affirmées, laïcité qui garantit à tous la liberté de culte. Dans l’opinion cependant, la France est plus marquée par ses diversités. Pour une majorité de sondés (61%), ce qui sépare aujourd’hui les Français est plus fort que ce qui les rassemble. Cette opinion est majoritaire dans toutes les catégories de la population. Elle est plus affirmée auprès des catégories traditionnellement plus focalisées sur les questions identitaires : les ruraux (67%) et les habitants des petites villes (20 000 à 100 000 habitants - 67%), les sympathisants de l’UMP (70%) et les sympathisants du Front national (72%). A l’opposé, 33% des Français estiment que ce qui rassemble les Français est plus fort que ce qui les sépare. Pour eux, les diversités au sein de la société ne sauraient remettre en cause le socle commun qui unit les Français entre eux. Bien que minoritaire, cette opinion est davantage portée par les catégories sociales supérieures : les cadres (39%) et les plus diplômés (38%).

En plus d’insister sur les différences qui traversent la société française, les Français ont le sentiment que les formes de diversités (d’origine, de territoire, de religion ou d’opinion) sont de plus en plus nombreuses. 61% des personnes interrogées sont de cet avis. Là-encore, les sympathisants UMP et FN sont plus nombreux à souligner cette progression (73%). L’idée selon laquelle il y a de moins en moins de diversité est très minoritaire (4%). L’opinion se partage entre d’un côté ceux pour qui les diversités progressent et ceux qui considèrent qu’il y en a ni plus ni moins qu’auparavant (33%, 39% des cadres et 40% des diplômés du supérieur).

DES DIFFERENCES AVANT TOUT LIEES A DES ECARTS DE NIVEAU DE VIE, DAVANTAGE QU'A UNE HETEROGENEITE CULTURELLE, ETHIQUE OU RELIGIEUSE

Quelles sont ces différences grandissantes qui traversent la société française ? Pour les interviewés, c’est d’abord et avant tout la situation économique qui nourrit les antagonismes : 61% considèrent que les différences de niveau de vie sont celles qui sont les plus criantes. Ce sentiment est plus fort encore au sein des classes moyennes : les professions intermédiaires (76%), les employés (65%) et les personnes dont les revenus mensuels sont compris en 1200 et 2000 euros par mois (65%). Les écarts de niveau de vie sont davantage cités que les différences culturelles, ethniques ou religieuses, même si ces deux formes de diversités sont aussi souvent mises en avant par les Français (31% de citations chacune). Ces différences sont un peu plus soulignées par les sympathisants de droite (39% à l’UMP pour les différences culturelles ou ethniques) et d’extrême droite (40% pour les différences de religion au FN), tandis que les sympathisants de gauche mettent davantage l’accent sur les écarts de niveau de vie (70%).

Les autres formes de diversités sont plus rarement évoquées. Les différences entre les générations ne sont citées que par 16% des Français (17% des moins de 35 ans) ; celles entre les hommes et les femmes par 13% (15% des femmes) et celles entre régions par seulement 6% des interviewés.

Dans un pays de tradition jacobine, les différences régionales ne sont pas celles qui marquent le plus l’opinion. D’ailleurs, le sentiment d’appartenance à sa région est plutôt faible. 15% des Français se sentent avant tout habitants de leur région, soit autant que ceux qui se dissent avant tout européens (14%). La citoyenneté s’exprime prioritairement par l’appartenance à la nation française (à 49%, en tête des citations). C’est le cas dans toutes les catégories de la population, même si les cadres, les plus diplômés et les habitants des grandes agglomérations se voient un peu plus citoyens européens (22% des cadres, 21% des diplômés du supérieur) ou citoyens du monde (30% des habitants de l’agglomération parisienne).

LA SITUATION ECONOMIQUE DE LA FRANCE : PRINCIPALE MENACE AU VIVRE ENSEMBLE

Depuis 2008, la crise économique est au cœur des préoccupations. Ses conséquences touchent aussi la qualité des relations au sein de la société. De fait, pour les Français, la crise économique et son corollaire l’accroissement des inégalités sociales constituent les deux principales menaces à la capacité à bien vivre ensemble. Alimenté par la progression continue des chiffres du chômage, le sentiment que la crise pourrait impacter négativement la capacité à bien vivre ensemble en France progresse de 6 points par rapport à l’année dernière, à 40%. Dans le même temps, l’accroissement des inégalités se maintient dans les citations (à 37%, -1). Face à ces enjeux, les extrémismes religieux (29% de citations), l’individualisme (27%) ou les extrémismes politiques (17%) paraissent des menaces moins directes.

CONCILIER LES DIVERSITES : LE FAIT RELIGIEUX ET LES SAVOIRS

Pour les Français, les différences les plus criantes et les plus préoccupantes sont d’ordre économique. Pourtant il y a en France d’autres formes de diversité, notamment la multiplicité des convictions religieuses dans un monde de plus en plus ouvert et la multiplicité d’accès à la connaissance dans un monde de plus en plus connecté.

Les différences de religions ne sont pas celles qui sont jugées les plus importantes. Toutefois, même si les Français sont très partagés sur la nature des relations entre les religions en France, le sentiment qu’elles coexistent plutôt mal domine (à 51% contre 47% pour qui elles coexistent bien). Il est un peu plus prononcé chez les catégories populaires (57% des employés et des ouvriers contre 37% des cadres). Sur cette question, le clivage entre sympathisants de gauche et sympathisants de droite est assez limité. En revanche, les sondés proches du FN se démarquent très nettement : 81% d’entre eux estiment que les religions coexistent mal. Si la question religieuse apparait plus secondaire par rapport à la question économique, elle demeure néanmoins un sujet de préoccupation chez les Français, qui n’ont guère le sentiment que la situation actuelle est apaisée.

La diversité concerne aussi l’éducation. Aujourd’hui, Internet permet aux élèves d’avoir accès à de plus en plus de connaissances en plus de celles délivrées par les professeurs. Pour autant, les Français ne pensent pas que cela remette en question l’unité de l’enseignement. 69% d’entre eux pensent que c’est une bonne chose car cela facilite l’accès aux savoirs, contre 28% qui considèrent que c’est une mauvaise chose car cela fragilise la qualité de l’enseignement.

Vincent Dusseaux

Directeur d'études, Ipsos Public Affairs

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