Les Français à l'heure de l'entrepreneuriat

A l’occasion de la 16e journée du livre d’économie organisée au Ministère de l’Economie et des Finances le mercredi 26 novembre 2014, Lire la Société, le Monde et Ipsos se sont associés pour réaliser un sondage auprès des Français sur le thème qui sera au centre des débats lors de cette journée : l’entreprise, les entrepreneurs et la responsabilité des entreprises.

L'ENTREPRISE RENVOIE A DES IDEES POSITIVES

Les Français aiment-ils l’entreprise ? Si le terme est certainement un peu fort, il n’en demeure pas moins que les Français ont une très bonne image de l’entreprise. Pour une très large majorité d’entre eux (89%), l’entreprise renvoie à quelque chose de positif, dont 23% à quelque chose de « très positif ». Au-delà de l’évocation générale très favorable, les idées les plus fréquemment associées à l’entreprise sont toutes positives. Il s’agit en premier lieu de l’esprit d’équipe (cité par 49% des Français), suivi de la croissance et la création de richesse (43%) les relations, les liens et les rencontres (43%), les opportunités de carrières (42%) et le dynamisme et la performance (41%). La première idée négative qui ressort n’arrive qu’en 9ème position sur 13 items proposés. Il s’agit de la course au profit qui ne recueille que 24% de citations. Elle est suivie de l’idée d’exploitation des salariés (21%) et de conflits et de rapports de force (18%). Pour les Français, le monde de l’entreprise est loin d’être l’univers impitoyable que l’on décrit parfois. Bien au contraire, c’est d’abord pour eux un lieu de cohésion, de richesse et d’échange.

La bonne image de l’entreprise est majoritaire dans toutes les catégories de population, quels que soient le sexe, l’âge et le niveau de diplôme des personnes interrogées. Elle est aussi très largement majoritaire chez les salariés du secteur privé (91%), preuve que l’image de l’entreprise n’est pas idéalisée, mais repose aussi sur une expérience quotidienne. Les idées que les salariés du privé associent le plus à l’entreprise sont l’esprit d’équipe (53%) et les relations, liens et rencontres (44%). En négatif, c’est l’exploitation qui ressort le plus, mais avec seulement 25% de citations. Même si elle reste très minoritaire, l’image négative de l’entreprise est un peu plus forte chez les ouvriers (15%) et surtout les sympathisants du PCF/Front de gauche (25%). Ces derniers sont les seuls à rattacher l’entreprise à l’idée d’exploitation des salariés (53%, en tête dans leur classement).

Les Français expriment également un sentiment de fierté pour les entreprises françaises : 76% des personnes interrogées s’accordent à dire que les entreprises françaises contribuent au rayonnement de la France dans le monde, une idée davantage soulignée par les catégories supérieures (82% des cadres et 81% des diplômés du supérieur).

LES FRANCAIS EPANOUIS ET ATTACHES A LEUR TRAVAIL, EN PARTICULIER...DANS LES ENTREPRISES !

Quelle relation les Français ont-ils à leur travail ? Sur cette question, les résultats de l’enquête prennent à rebours le cliché des Français éternels pessimistes et insatisfaits. De fait, ils se montrent plutôt heureux dans leur travail : la vie professionnelle est une source d’épanouissement pour 74% des actifs. Les Français déclarant ne travailler que par nécessité (uniquement pour gagner leur vie) ne représentent qu’un peu plus d’une personne sur deux. Surtout, le fait de vivre son travail comme une « corvée » n’est un sentiment partagé que par seulement 25% des actifs, dont 7% qui sont tout à fait d’accord avec cette affirmation. Enfin, les Français sont impliqués dans leur travail : 87% des sondés disent contribuer à la réussite de leur entreprise/organisation et 73% éprouvent un attachement à leur entreprise/organisation.

Le bien-être au travail est un peu plus élevé chez les salariés des entreprises privées. 24% se disent tout à fait épanouis dans leur activité professionnelle (contre 20% des salariés du public). Mais surtout : 36% déclarent contribuer « tout à fait » à la réussite de leur entreprise (contre 22% à la réussite de leur organisation dans le public) et 25% sont très attachés à leur entreprise (contre 17% des salariés du public à leur organisation).

LA FRANCE, UN PAYS PEU PROPICE A LA CREATION D'ENTREPRISE

Les Français considèrent que la création d’entreprise est un chemin de croix. Certes le climat économique actuel est plutôt de nature à freiner les ambitions, mais ce n’est pas le seul frein. Pour les sondés, la France n’est pas un pays propice à la création d’entreprise. Pour 74% d’entre eux, il est difficile de créer une entreprise en France, 82% pensent que l’environnement français est décourageant pour les créateurs d’entreprise.

En outre, les Français ont le sentiment qu’on ne valorise pas suffisamment les personnes qui créent des entreprises (83%). D’ailleurs, lorsqu’on leur demande en question ouverte quels sont les grands entrepreneurs français d’aujourd’hui, peu de figures émergent spontanément, à l’exception peut-être de Xavier Niel qui obtient 9% de citations (16% chez les moins de 35 ans) et de Bernard Arnault (8%)

Dans ce contexte, le succès d’une création d’entreprise repose très fortement sur la motivation et les qualités individuelles de l’entrepreneur. Quelles sont-elles ? Pour les Français, les entrepreneurs doivent avant tout avoir une vision à long terme du développement (49% de citations), davantage que de faire preuve d’originalité et d’innovation (33%). D’une façon générale, la société française valorise peu le risque. Le goût du risque est la qualité que les Français jugent la moins importante pour un entrepreneur (11%) parmi la batterie proposée.

LES FRANCAIS FAVORABLES AUX AIDES AUX ENTREPRISES

Pour 71% des personnes interrogées, les pouvoirs publics n’aident pas assez les entreprises. Cette idée est majoritaire y compris chez les sympathisants socialistes (55%). Pour sortir le pays de la crise, les Français s’accordent très majoritairement sur l’attitude à adopter : 80% des sondés estiment que l’Etat doit faire confiance aux entreprises et leur donner plus de liberté, plutôt que de renforcer les contrôles et les réglementations (20%). Cette idée, qui a considérablement progressé dans l’opinion depuis quelques années, traduit une certaine désillusion quant à la capacité des pouvoirs publics à intervenir dans l’économie pour améliorer la situation.

Si les Français sont favorables à davantage d’aides aux entreprises, c’est aussi parce qu’ils pensent que les entreprises joueront le jeu en cas de reprise économique, en partie au moins. Pour 65% des personnes interrogées, les entreprises qui bénéficient aujourd’hui d’aides publiques créeront des emplois demain si leur activité s’améliore. De même que 60% pensent qu’elles développeront leur activité en France plutôt qu’à l’étranger. Sur ces deux points, l’optimisme est majoritaire chez les sympathisants UMP (respectivement 72% et 65%) comme chez les sympathisants PS (67% et 63%). En revanche, les sondés sont moins optimistes sur les salaires : 73% pensent qu’en cas de reprise, les entreprises ayant bénéficié d’aides ne les augmenteront pas.

LES FRANCAIS N'IDEALISENT PAS POUR AUTANT LES ENTREPRISES, ILS PENSENT QU'ELLES DOIVENT PRENDRE D'AVANTAGE LEURS RESPONSABILITES EN MATIERE ECONOMIQUE, SOCIALE ET ENVIRONNEMENTALE

Bien que leur image des entreprises soit très bonne, les Français ne les idéalisent pas pour autant. Beaucoup soulignent qu’elles ont des progrès à faire, notamment en matière de RSE. Pour 73% des personnes interrogées, les entreprises en France n’agissent pas assez pour limiter l’impact de leurs activités sur l’environnement, pour favoriser le dialogue social (74%) ou pour améliorer le bien-être des salariés (79%). Les critiques sont un peu moins fortes en ce qui concerne la qualité des produits et des biens mis sur le marché (41% des Français pensent que les entreprises s’en préoccupent comme il faut, contre 56% pour qui elles n’agissent pas suffisamment).

En revanche, les critiques sont sévères sur le « produire pas cher » : 70% des personnes interrogées pensent que les entreprises n’en font pas suffisamment pour limiter leur approvisionnement dans les pays à bas coûts et 78% qu’elles ne valorisent pas assez les produits « made in France ».

Vincent Dusseaux

Directeur d'études, Ipsos Public Affairs

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