La voiture électrique : une bonne image mais toujours quelques freins

Pour la deuxième fois en deux ans, Ipsos/Steria a réalisé pour le compte de l’Avere-France et de Mobivia Groupe une enquête auprès des Français sur la mobilité et les véhicules électriques. Les résultats de cette seconde édition confirment la bonne image du véhicule électrique dans l’opinion française. Ils mettent également en évidence l’important travail de pédagogie qui reste à accomplir pour convertir les Français à la mobilité électrique.

La bonne image de la voiture électrique est confirmée, mais le niveau d’information est toujours lacunaire

Ces dernières années, l’offre en matière de véhicule électrique s’est considérablement étoffée et la plupart des véhicules proposés par les constructeurs ont gagné en autonomie. Pourtant, 59% (+3) des Français continuent de penser qu’une voiture électrique ne permet pas de répondre à leurs besoins quotidiens qui sont pour l’essentiel composés de courts trajets, alors même qu’une large majorité de Français (78%) déclarent parcourir une distance quotidienne inférieure à 50 kilomètres. Cette idée est très vraisemblablement alimentée par le déficit d’information qui entoure le véhicule électrique et qui renforce cet apriori.

En deux ans, le sentiment d’information a progressé sur le prix des voitures électriques (+5) et l’offre de véhicules sur le marché (+3) ; une évolution à mettre au compte de la communication effectué par les constructeurs sur les nouveaux modèles. Toutefois, le niveau d’information du grand public sur le véhicule électrique reste faible. Seulement 34% (=) des Français sont bien informés sur l’autonomie, 29% (+5) sur le prix et 29% sur la manière de les recharger (nouvel item).

Parallèlement, l’image du véhicule électrique évolue peu et reste positive dans l’opinion. Les Français sont unanimes sur deux points : ils jugent la voiture électrique innovante (à 93% d’accord, dont 50% « tout à fait d’accord ») et respectueuse de l’environnement (à 92%, dont 57% « tout à fait d’accord »). Elle est également jugée économique par une très large majorité de Français (81%), même si l’information est lacunaire sur le sujet. Cette idée est très certainement alimentée par le sentiment que le prix de l’électricité en France reste moins élevé que le prix des carburants à la pompe. Les qualités routières sont également un atout important pour la voiture électrique. Elle est jugée agréable à conduire par une très large majorité de Français (82%).

Le fait de l’avoir déjà essayée qui impacte positivement l’image du véhicule électrique. En 2014, 12% des Français se sont déjà installés à bord d’une voiture électrique. Et ils n’ont pas été déçus de cet essai. Ils expriment des avis nettement plus positifs, en particulier sur les capacités du ce type de véhicule. Pour une nette majorité d’entre eux, la voiture électrique est sécurisante (à 70% contre 64% de ceux qui ne l’ont pas essayée), fiable (72% contre 58%) et pratique (65% contre 54%).

 

Les intentions d’achat d’un véhicule électrique n’évoluent guère : les Français se posent toujours des questions sur le prix, l’autonomie et la recharge de ces véhicules

Près d’un Français sur trois (28%) déclare qu’il serait prêt à acheter une voiture électrique plutôt qu’une voiture à essence. Ces résultats sont dans la lignée de ceux enregistrés il y a deux ans (29%), sans évolution significative. Même s’ils ont une bonne image de la voiture électrique, les Français ont donc encore du mal à franchir le pas de l’achat.

Il faut dire que dans l’esprit de beaucoup de personnes, le véhicule électrique souffre encore d’un certain nombre d’inconvénients, au premier rang desquels figurent l’autonomie (64% de citations ; -1 point depuis 2012), le manque d’infrastructures de recharge (51% ; -1) et le prix (50% ; +5). Ce dernier argument est davantage mis en avant qu’il y a  deux ans, alors même que le niveau d’information sur le sujet semble s’être amélioré. Cette progression ne semble donc pas avoir profité au véhicule électrique, même si, comme on l’a vu, la connaissance des Français dans ce domaine est encore largement lacunaire.

Ces freins ne reposent pas forcément sur une analyse précise de la réalité : certains ont déjà la possibilité de recharger une voiture près de chez eux ou à leur domicile (21%) mais ces derniers évoquent dans des proportions non négligeables les problèmes de recharge (42%) ; le prix les rebute, mais dans le même temps, ceux qui utilisent une voiture aujourd’hui, pour l’essentiel thermique, reconnaissent à 60% ne pas vraiment savoir quel coût cela représente à l’année en incluant les assurances, le carburant, l’entretien… Les freins associés au véhicule électrique s’expliquent donc en partie par une connaissance assez faible du fonctionnement de ce type de véhicule.

 

Les personnes qui ont déjà testé un véhicule électrique sont plus intéressées

Certaines catégories de population se montrent davantage enclines à acheter un véhicule électrique. C’est le cas des cadres (38% se disent prêts à le faire), mais surtout des personnes ayant déjà testé une voiture électrique (39%). Là encore, ces résultats illustrent le fait que plus on a approché de près un véhicule électrique, plus on l’apprécie, et donc plus on se montre disposé à en acquérir un.

Cette différence d’appréciation se voit notamment quand on demande aux Français quels sont les principaux atouts des voitures électriques. Globalement, les interviewés mettent en avant le fait que c’est écologique (74% de citations ; -3), économique (47% ; -3) et silencieux (45% ; +2). La modernité (13% ; stable) et la praticité (7% ; stable) de ces véhicules ont moins marqué les esprits. La  hiérarchie est la même qu’il y a deux ans, signe que la bonne image des véhicules électriques est encore largement portée par le caractère écologique de ces véhicules.

Or quand on regarde les réponses des personnes ayant déjà testé un véhicule électrique, on s’aperçoit que l’argument écologique, certes primordial (66%), est un peu moins mis en avant, tandis que les éléments liés à l’utilisation concrète du véhicule sont plus soulignés, notamment le silence du moteur (53%) et dans une moindre mesure les aspects pratiques (11%).

Il y a donc chez les personnes ayant testé ces voitures une vraie différence d’appréciation, tendant à confirmer que lorsqu’on a essayé ces véhicules, on est plutôt conquis. Si la proportion de personnes s’étant assises concrètement dans une voiture de ce type reste très minoritaire, leur opinion positive sur le sujet est un signe encourageant pour les promoteurs de ces véhicules.

 

Etienne Mercier

Directeur du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

Christelle Craplet

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