Les Français préoccupés par les effets de leur alimentation sur leur santé

Les Français accordent une attention particulière à leur alimentation. Très partagés il y a seulement six ans quant à son éventuel impact négatif sur leur santé, ils basculent aujourd’hui dans l’inquiétude. Ipsos dévoile les résultats d’une enquête mettant en exergue l’appréhension croissante des Français et leurs très fortes attentes en matière d’information sur les produits qu’ils achètent. Réalisée en partenariat avec Agri Confiance, le label des coopératives agricoles françaises engagées dans le développement durable, cette enquête fait écho aux baromètres grand public d’ores et déjà réalisés par Ipsos pour le label en 2006, 2007 et 2009. Cette 4e vague s’enrichit en interrogeant, en plus du grand public, les Français les plus sensibles à la consommation durable. Décryptage…

Les Français de plus en plus préoccupés par les effets de leur alimentation sur leur santé…

La préoccupation des Français quant aux effets de leur alimentation sur leur santé progresse fortement par rapport à 2007 : près de deux tiers se disent aujourd’hui inquiets (64% contre 52% il y a sept ans). Par ailleurs, l’inquiétude se généralise désormais à l’ensemble des catégories de la population. Les jeunes de moins de 35 ans et les cadres, moins inquiets que la moyenne il y a quelques années (respectivement 48% et 46% en 2007), se situent désormais au même niveau que l’ensemble de leurs concitoyens (respectivement 65% et 63% d’entre eux se disent aujourd’hui inquiets). Une appréhension croissante qui se traduit par de plus fortes attentes en matière d’information sur la façon dont les aliments sont cultivés, élevés et transformés.

Alors que près d’un Français sur deux s’estimait suffisamment informé sur ce sujet en 2006 (45%), ils ne sont plus désormais que 28% à partager cet avis (soit une baisse de 17 points !). De même, la proportion de personnes partageant « tout à fait » ce sentiment recule fortement, de 14% à 4% seulement aujourd’hui. Cette dégradation du sentiment d’information est homogène et concerne toutes les catégories de la population.

… accordent de plus en plus d’importance à la traçabilité et à l’origine des aliments, gages de qualité et de transparence

Si les Français continuent à attribuer très majoritairement de l’importance aux critères de production et de distribution des aliments, les considérations environnementales et, plus largement, de développement durable, semblent perdre du terrain face à ce qui relève de leur propre santé. En effet, 40% d’entre eux jugent très important que les aliments soient produits dans une démarche globale de qualité et de respect de l’environnement (contre 54% en 2009) ; 43% des Français qu’ils soient de saison et produits par des exploitants locaux à proximité de l’endroit où ils font leurs courses (contre 52% en 2009) et seuls 34% considèrent très important que le niveau de revenu et les intérêts de l’agriculteur qui les a produit soient reconnus (ils étaient 58% en 2009). Enfin, parmi les quatre critères testés intervenant dans le choix des produits alimentaires issus de la production agricole (traçabilité, respect de l’environnement, saisonnalité et notion de proximité, niveau de revenu et intérêts de l’agriculteur), c’est la traçabilité de l’aliment – dont l’impact sur la santé semble le plus direct – qui arrive en tête : 47% des Français jugent cet élément très important.  

Interrogés sur les critères de choix décisifs en situation d’achat, le prix arrive très largement en tête, cité par 67% des répondants (dont 73% des jeunes). Avec l’arrivée de la crise, ce score est en hausse de 16 points par rapport à 2007. On notera qu’il progresse également chez les cadres, atteignant 65% (+27 points) soit un niveau désormais très proche de la moyenne des Français. « L’origine » du produit, citée en deuxième (54%), est le seul autre critère qui gagne du terrain par rapport à 2007 (+14 points), sans doute parce qu’il est perçu comme garant de qualité et de transparence. Face à ces deux éléments prédominants, la traçabilité du produit (28%, contre 43% en 2007) et de façon générale les critères impactant moins directement  les Français dans leur quotidien reculent : le respect de l’environnement (19%, - 13 points), le fait que le produit soit issu du commerce équitable (4% contre 13% en 2007), etc. Quant à la marque (15%, -2 points) et le packaging (2%, -1 point), la baisse est moins marquée.

Aujourd’hui, qui sont vraiment les consommateurs « durables » ?

Dans le second volet de l’enquête, Ipsos a souhaité interroger le « TOP5 » des Français les plus sensibles aux enjeux environnementaux, en particulier en matière de produits alimentaires : qui sont-ils et ont-ils des attentes et des comportements spécifiques par rapport au grand public ? Pour cela, Ipsos a procédé à l’identification de cette population de « consommateurs durables » parmi 42 000 individus, interrogés sur trois indicateurs  (connaissance des labels de qualité et/ou environnementaux, importance accordée à différents critères de production des aliments, consommation de produits alimentaires labélisés). 300 personnes faisant partie des 5% des Français les plus sensibles à la consommation durable ont ensuite été interviewés dans le détail.  
L’analyse du profil de cette population « TOP5 consommation durable » confirme certaines prévisions, mais révèle également des enseignements moins attendus.
Les catégories supérieures sont davantage sensibles à la consommation durable : elles représentent 18% des « consommateurs durables », alors qu’elles pèsent seulement 12% dans la population française. De même, les Français âgés de 55 ans et plus sont largement surreprésentés dans ce profil : 41%, contre 32% au sein du grand public.

En revanche, la zone d’habitation n’a pas d’incidence sur la sensibilité à la consommation durable : les ruraux et les habitants des grandes agglomérations se situent sur ce point à un niveau équivalent.

Les consommateurs « durables » expriment de fortes attentes

Ces consommateurs affirment, à 81%, lire et comprendre « plutôt bien » les informations figurant sur les emballages. Néanmoins, les informations présentées ne sont pas forcément celles qu’ils souhaiteraient obtenir en priorité. Ainsi, leur préoccupation première, à savoir l’utilisation limitée des pesticides (citée par 97% des individus), est un élément que seul un consommateur sur deux parvient effectivement à identifier.
La traçabilité est également un critère particulièrement important pour ces consommateurs (citée par 96% d’entre eux) ; mais là encore, cette information n’est lisible que pour 53% d’entre eux.

Si leur budget reste un déterminant essentiel, les consommateurs « verts» attendent ainsi des informations très précises sur ce qu’ils achètent. En effet, parmi les éléments qui pourraient les inciter à consommer davantage de produits durables, 55% citent un prix plus accessible. Mais ils sont également nombreux à mettre en avant une meilleure qualité des produits (37%), et respectivement 36%, 34% et 34% citent « plus de points de vente dédiés spécifiquement à ces produits dans les magasins où ils font leurs courses », « plus d’informations sur les démarches de ces labels » et « une meilleure visibilité dans les rayons ».

 

Federico Vacas

Directeur Adjoint du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

Aurélie Trocheris

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