Les Français de plus en plus crispés face aux impôts

Si les Français considèrent toujours majoritairement le paiement des impôts comme un acte citoyen, ils apparaissent de plus en plus crispés sur le sujet. Montant excessif, bénéfice personnel jugé inférieur à leur contribution, critiques sur l’utilisation de l’argent public ou encore sentiment que la politique fiscale du gouvernement aggrave les inégalités : autant de griefs formulés par une majorité de Français.

Le consentement à l’impôt existe toujours tout en étant fortement écorné

Les Français ne rejettent pas les impôts en tant que tels : pour une majorité d’entre eux (57%), il s’agit d’un acte citoyen qu’il est donc normal d’accomplir. Par ailleurs, un grand nombre d’impôts leur paraissent tout à fait légitimes, à l’image de l’ISF, de l’impôt sur les sociétés, de l’impôt sur le revenu ou encore des taxes sur l’alcool et le tabac. Le principe même de payer des impôts n’est donc pas rejeté.

Les Français sont par ailleurs sensibles à certains arguments invoqués pour justifier un haut niveau d’imposition, comme la volonté de maintenir un service public significatif ou un haut niveau de protection sociale. Seuls 25% estiment qu’aucune des raisons testées n’est recevable.

Cela étant, une proportion non négligeable de Français (43%) n’a pas le sentiment de faire un acte citoyen en acquittant ses impôts et un certain nombre d’impôts (TIPP, CSG, droits de succession…) leur paraissent injustifiés. 

Les Français pointent notamment trois problèmes principaux

  • C’est tout d’abord le montant des impôts qui pose problème : 72% des Français le jugent excessif. Ce sentiment s’exprime quel que soit le niveau de revenus du foyer. Ce montant leur apparaît d’autant moins acceptable qu’ils ont le sentiment que ce sont surtout les classes moyennes à qui l’on demande des efforts.
  • Deuxième problème, et pas des moindres : les Français ont non seulement le sentiment d’être considérablement mis à contribution, mais ils ont surtout l’impression de ne pas en profiter personnellement. Ainsi, 74% estiment qu’ils contribuent plus qu’ils ne bénéficient du système. Ce     sentiment est majoritaire chez tous les interviewés, quel que soit leur profil socio-démographique. En d’autres termes, les Français voient ce qu’ils paient mais pas ce qu’ils reçoivent concrètement.

    Dès lors, ils considèrent majoritairement que la politique fiscale du gouvernement, loin de diminuer les inégalités, les aggrave (54%). Les personnes appartenant aux catégories sociales les plus modestes en sont encore plus convaincues.

  • Troisième problème, enfin : les Français ont une vision très négative de la manière dont sont utilisés les impôts. 88% pensent ainsi que l’argent des impôts est mal utilisé par les pouvoirs publics. Par ailleurs, la principale critique qu’ils formulent à l’égard des impôts a trait aux abus qu’ils perçoivent (51% considèrent qu’il y a « trop de gens qui profitent du système et que c’est décourageant pour les personnes qui font des efforts »).

Ces trois principaux griefs adressés par les Français aux impôts contribuent à entretenir un sentiment généralisé d’injustice à l’égard du système fiscal.

Le rejet des politiques fiscales menées jusqu’à présent

Les Français renvoient dos à dos droite et gauche sur le sujet : pour 78% d’entre eux, les impôts augmentent régulièrement depuis vingt ans, que ce soit la droite ou la gauche au pouvoir.

Dans la même logique, les Français pensent également majoritairement (60%) que les impôts avaient déjà augmenté avant que François Hollande ne soit élu.

Au-delà de ce jugement global, la politique fiscale du gouvernement actuel est particulièrement décriée : elle n’est jugée ni juste (79%), ni efficace pour réduire la dette et les déficits (80%), ni même conforme aux engaments de campagne (78%). Les sympathisants PS sont plus indulgents, mais la moitié d’entre eux se montre toutefois tout aussi critique. Par ailleurs, les Français ne croient pas du tout à la promesse d’une pause fiscale en 2015.

Un repli individualiste de plus en plus présent

On observe un certain repli individualiste chez de nombreux Français.

Ainsi, l’exil fiscal est certes condamné par une petite majorité, mais 45% approuvent la décision des personnes qui décident de s’installer à l’étranger pour payer moins d’impôts, notamment les sympathisants UMP et FN, mais aussi les plus jeunes.

Par ailleurs, certaines mesures souvent présentées comme plus « justes » ne trouvent guère grâce aux yeux des Français : 61% sont ainsi opposés à l’augmentation des taxes sur les revenus du capital, sans doute parce que cela signifierait une augmentation de la fiscalité sur les assurances vie auxquelles ils sont attachés.

Quelles perspectives d’avenir ?

Les Français se montrent partagés sur un certain nombre de réformes qui pourraient intervenir à l’avenir.

Faire payer l’impôt sur le revenu aux foyers les plus modestes, même symboliquement, est une mesure qui divise les Français : 52% sont contre, 48% sont pour. Les réponses sont en fait particulièrement liées au profil sociologique et politique des interviewés (les plus modestes et les sympathisants PS sont majoritairement contre, contrairement aux plus aisés et aux sympathisants UMP).

La taxation des transactions financières à l’échelle internationale reçoit un assentiment majoritaire, mais 58% estiment que ce n’est pas réaliste.

En revanche, deux Français sur trois sont favorables au prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu. 

Brice Teinturier

Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)

Amandine Lama

Christelle Craplet

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