Baromètre de la conduite responsable

Depuis 2011, la Fondation Vinci pour une conduite responsable et Ipsos réalisent un Observatoire destiné à déterminer comment évoluent les comportements des Français sur la route. A quelques heures du chassé-croisé des vacances de février, la Fondation Vinci et Ipsos dressent un nouveau panorama de l’état d’esprit et des comportements des conducteurs français.

Cèdent-ils au fatalisme face à la violence routière ? L’agressivité au volant et les comportements dangereux (notamment l’utilisation du téléphone au volant) ont-ils reculé ? Les conducteurs français sont ils conscients du danger que représente l’hypovigilance ? Ont-ils déjà été confrontés à des symptômes de cette dernière ? Adoptent-ils davantage que les années précédentes des bonnes attitudes permettant de l’éviter ?

Autant de questions auxquelles cette troisième vague de l’Observatoire des Français et de la conduite responsable apporte aujourd'hui des éléments précis de réponse. 

Volonté de changement et refus du fatalisme

En 2013, pas plus que ces dernières années, les Français ne cèdent au fatalisme face à la violence routière : le sentiment d’impuissance à l’égard des victimes de la route recule une nouvelle fois (18%, -5 pts depuis 2011), seuls 6% des sondés disant éprouver une forme de résignation. A l’inverse, volontarisme et optimisme prévalent : ils sont 59% à estimer que le nombre de personnes tuées (3645 en 2012) pourra encore baisser dans des proportions importantes au cours des prochaines années. La part des pessimistes (39%), qui considèrent qu’un pallier a été atteint en ce domaine, ne cesse de régresser (-5 points depuis 2011). 

Manque de lucidité ou mauvaise foi ? C’est toujours des autres que vient le danger…

La faculté d’auto-critique n’est pas la qualité première des automobilistes : la propension à juger les « autres » conducteurs comme stressés (43%, +2 pts par rapport à 2012), irresponsables (34%, +3 pts), dangereux (26%), voire agressifs (26%, +3 pts) reste très répandue. La route est loin d’être perçue comme un espace apaisé, puisque 77% des automobilistes (et même 82% des conductrices) affirment qu’il leur arrive d’avoir peur du comportement agressif ou violent des autres sur la route.

En revanche, lorsqu’ils qualifient leur propre conduite, la quasi-totalité des Français s’attribue au moins un adjectif positif (99%). En 2013, ils ont le sentiment d’avoir progressé : ils se sentent encore un peu plus vigilants (73%, +1) et calmes (53%, +2). Ils ne se considèrent en aucun cas dangereux (1% ; stable), irresponsables (1% ; stable), voire agressifs (1% ; -2).

De très nombreux conducteurs s’affranchissent des règles simples de bonne conduite qui permettent pourtant d’éviter les accidents graves.

Même une règle de sécurité aussi élémentaire que le port de la ceinture est moins respectée qu’on pourrait le penser : plus d’1 conducteur sur 10 (13%) reconnaît en effet circuler occasionnellement  sans attacher sa ceinture.

90% des conducteurs (en hausse de 3 pts) reconnaissent qu’il leur arrive de dépasser de quelques km/h les limitations de vitesse, dont 1 sur 5 (19%) de façon fréquente. Ils sont d’ailleurs près d’1 sur 4 (23%) à admettre utiliser un dispositif d’alerte pour les prévenir à l’approche des radars, alors même que ce type d’utilisation des dispositifs d’aide à la conduite est interdit. A l’inverse, seuls 30% des conducteurs ont recours au limiteur de vitesse. Pour mémoire, la vitesse excessive est la cause d’un accident mortel sur cinq.

65% des conducteurs (en hausse de 4 pts) ne respectent pas les distances de sécurité, et près d’un conducteur sur cinq (19%) reconnaît même qu’il lui arrive de coller délibérément le véhicule qui le précède.

Sur autoroute, 42% des conducteurs reconnaissent qu’il leur arrive de circuler sur la voie du milieu alors que la voie de droite est libre, et près d’1 sur 5 (18%) de dépasser par la droite. Plus de la moitié (51%) reconnaissent également qu’il leur arrive d’oublier de signaler leur dépassement à l’aide de leur clignotant.

On observe des comportements toujours dangereux au passage des zones de travaux, où interviennent notamment les « hommes en jaune », puisque 42% des conducteurs oublient de ralentir à leur approche. Un chiffre très préoccupant, quand on sait qu’en moyenne un véhicule d’intervention est heurté chaque semaine sur autoroute.

Alcool : « responsables », mais…

La plupart des conducteurs pensent avoir un comportement responsable en ce qui concerne leur consommation d’alcool, puisqu’ils sont 94% à déclarer ne jamais prendre le volant lorsqu’ils ressentent une altération de leurs capacités due à l’alcool.

Pourtant, près d’1 conducteur sur 5 (19%) – et même plus d’un sur 4 (28%) parmi les hommes - ne s’interdit de prendre le volant qu’à partir de 3 verres et plus, ce qui atteste d’une mauvaise évaluation des effets réels de l’alcool sur la conduite.

Plus grave, 1 homme sur 10 avoue même qu’il lui arrive de prendre le volant en ayant pourtant conscience d’une diminution de ses facultés occasionnée par l’alcool.

Des résultats qui ne manquent pas d’inquiéter lorsqu’on sait qu’un accident mortel sur trois en France est lié à l’alcool.

Les Français sont-ils conscients des dangers liés à l’usage des distracteurs au volant?

En 2013, les comportements d’hyper-connexion au téléphone portable semblent bien installés, notamment chez les jeunes conducteurs : 48% des moins de 35 ans téléphonent avec un kit mains libres, et 36% sans kit mains libres, alors même que cet usage est interdit.

La généralisation des smartphones accroit la fréquence de certains comportements particulièrement dangereux, comme l’envoi ou la lecture de sms et de mails en conduisant : un phénomène qui touche plus d’un conducteur sur 5 (22%, soit +10 points depuis 2011) et près d’1 sur 2 parmi les moins de 35 ans (47%, soit une progression de 20 points en deux ans !)

Pour autant, les Français semblent dans leur majorité bien conscients du danger lié à l’usage de ces appareils au volant (aujourd’hui associés à un accident sur 10), puisque 59% d’entre eux se disent favorables à l’interdiction totale du téléphone portable en voiture. Reste que le niveau d’adhésion est très différent suivant les âges : les jeunes y sont majoritairement opposés (51% des moins de 35 ans) et les hommes se montrent très partagés (47% ne souhaitent pas cette réforme, contre seulement 34% des femmes).

Autre source de distraction : 24% des automobilistes (34% si l’on considère les moins de 35 ans) déclarent paramétrer leur GPS tout en conduisant.

Fatigue et somnolence : un risque encore gravement sous-estimé, notamment par les jeunes conducteurs

74% des conducteurs se disent convaincus qu’il ne faut jamais conduire en état de fatigue.

Or, près de 4 conducteurs sur 10 reconnaissent qu’il leur arrive pourtant de prendre le volant alors qu’ils se sentent « très » fatigués (37%). Cette proportion est même de 48% chez les moins de 35 ans. D’ailleurs, 37% des conducteurs (et 45% parmi les moins de 35 ans) expliquent qu’il leur est arrivé au cours de ces dernières années de se sentir fatigués, mais de poursuivre quand même leur route parce qu’ils y étaient contraints.

Dans ces conditions, on comprend pourquoi un tiers des automobilistes reconnaissent qu’il leur est déjà arrivé d’être sur le point de s’endormir au volant (36%) ou même de s’être assoupi durant quelques secondes (36%). Encore plus inquiétant, 1 conducteur sur 3 avoue même que son hypovigilance l’a amené à la limite de l’accident en le faisant empiéter sur la bande d’arrêt d’urgence ou sur le bas-côté de la route (33%).

Les attitudes et comportements susceptibles de générer de la somnolence, à l’origine d’un accident mortel sur trois sur autoroute, ne régressent pas. A la veille d’un week-end chargé de chassé-croisé, les automobilistes avouent un certain nombre de comportements à risque alors même qu’ils se préparent à prendre la route pour de longs trajets. En effet, lors d’un départ en vacances, une large majorité de Français (et surtout de jeunes) déclare se coucher plus tard ou se lever plus tôt que d’habitude (80% ; 86% des moins de 35 ans), partir de nuit (63% ; 75% des moins de 35 ans) ou finir leurs préparatifs de départ tard dans la soirée avant le départ (58% ; 69% des jeunes).

Par ailleurs, seul un conducteur sur deux (56%) respecte réellement la règle de la pause toutes les deux heures au cours des longs trajets, le temps moyen de voyage sans pause restant également supérieur à celui préconisé (2h35 au lieu de 2h). 

 

Etienne Mercier

Directeur du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

Amandine Lama

Etienne Mercier

Directeur du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

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