Baromètre du logement : enquête auprès des Français

Ipsos a réalisé en janvier pour Nexity la 3è vague du baromètre du logement. Découvrez quels jugements portent les Français sur la situation du pays en matière de logement, les difficultés auxquelles ils font face et l’opinion qu’ils portent sur les mesures gouvernementales. Vous verrez qu’en ce début d’année 2013 semble pointer un nouveau cycle, toujours sombre mais légèrement moins pessimiste, sur la situation du logement en France

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Une situation jugée encore difficile, mais moins qu’au cours des derniers mois

Lors de l’enquête précédente réalisée en septembre 2012, les Français se montraient plus que jamais pessimistes quant à la situation du logement en France. Quatre mois plus tard, et alors que le chômage monopolise largement leurs préoccupations, un regain d’optimisme semble voir le jour dans ce domaine. Ainsi, la proportion de Français qui estiment difficile de trouver un logement en France aujourd’hui est en baisse de 8 points, une opinion qui reste toutefois partagée par trois quarts de la population, un tiers jugeant même cela très difficile. Les jugements les plus sombres sont portés par les catégories les plus fragilisées ou les plus directement confrontées aux problèmes de logement : employés (48% de très difficile, pour « seulement » 21% des cadres), Franciliens (45%), locataires (42%) et surtout locataires en HLM (51%).

Dans le détail pourtant, la difficulté à trouver un logement persiste très fortement en ce qui concerne le logement d’urgence pour les plus démunis (86% des Français pense que cela est difficile), opinion qui, de façon logique, atteint des records lors des mesures barométriques de janvier où les Français sont plus sensibilisés à la question des sans abris que lors de saisons au climat plus doux. La situation semble suivre une tendance plus favorable pour le logement social  et pour les logements en location : si respectivement 75% et 64% continuent de penser que la situation est difficile, ces proportions sont en baisse de 5 et 7 points par rapport à septembre. Malgré le resserrement des conditions d’obtention de crédit et les difficultés économiques traversées par le pays, la recherche d’un logement en accession à la propriété continue d’être jugée la moins difficile (61%), et est en baisse de 2 points. Sur ce sujet, les difficultés perçues ne sont peut-être pas tant du côté de la quête d’un logement mais plutôt du côté du financement des projets.

Vers un renversement de la spirale inflationniste ?

Si la situation est jugée difficile par une proportion moindre de Français, c’est peut-être parce qu’une partie d’entre eux a le sentiment que la spirale de hausse des prix du logement touche à sa fin. On constate en effet en ce mois de janvier 2013 une amélioration du pronostic d’évolution des prix. Certes, une majorité de Français continue d’augurer une augmentation du coût de l’immobilier neuf dans les 6 prochains mois (63% à l’achat et jusqu’à 74% à la location), mais cette vision est en baisse par rapport à septembre 2012 (respectivement -6 points et -3 points). De même, en ce qui concerne le logement ancien, la perception d’une augmentation future des prix à la location est en baisse de 5 points (59% aujourd’hui contre 64% il y a 4 mois) et les avis sont très partagés concernant les prix à l’achat : 48% pensent qu’ils seront plus élevés dans 6 mois, pour 46% pensant qu’ils vont rester stables voire baisser.

Si les pronostics relatifs aux prix des logements neufs semblent avoir peu d’impact sur la perception de la difficulté à trouver un logement (l’achat de neuf concernant une part assez faible de la population), ceux concernant les logements anciens auraient plus d’influence : 17% des Français estimant très difficile de trouver un logement aujourd’hui en France pensent que les prix de l’ancien, à l’achat comme à la location, vont beaucoup augmenter (vs. 11% pour l’achat et 10% pour la location en moyenne).

Une priorité toujours tournée vers la limitation de la hausse des prix du logement, et en particulier des loyers

C’est d’ailleurs sur les prix qu’il faudrait agir prioritairement en matière de logement selon une large majorité de Français. Ainsi, 50% pensent qu’il faut prioritairement limiter la hausse des loyers, 29% qu’il faut limiter celle des prix à l’achat. Les Français souhaitent également à 28% que l’on s’occupe de la rénovation thermique des logements, en les rendant plus économes en énergie. La construction de logements (26%), ainsi que le développement du logement social (24%) sont également appelés de leurs vœux, de manière bien plus importante qu’il y a 4 mois en ce qui concerne le logement social (+5 points), du fait peut-être de l’accent mis sur ce point par le Président de la République et la ministre Cécile Duflot. Favoriser la mixité sociale d’une part (22%), et la mixité fonctionnelle d’autre part (14%), sont au regard de ces actions, jugées bien moins prioritaires, et en baisse par rapport à septembre 2012. C’est donc toujours et avant tout la question du prix des logements qui focalise l’attention des Français, et ce dans un contexte où leurs dépenses sont, d’une manière générale et dans ce domaine en particulier, perçues comme en forte augmentation.

Le logement représente un coût toujours plus important pour les Français, qui font face à des difficultés aux visages multiples

Crispations autour des dépenses liées au logement

Les dépenses des ménages liées au logement ne cessent de croitre depuis de nombreuses années et constituent aujourd’hui leur premier poste budgétaire. Interrogés sur l’évolution des différents prix qui le composent, les ménages jugent que ce sont les dépenses liées à l’énergie qui ont le plus augmenté. Ainsi, 94% pensent que les prix du chauffage ont augmenté au cours des dernières années (dont 67% beaucoup), de même que ceux de l’électricité (dont 52% beaucoup), suivies par les dépenses de gaz (89% dont 63% beaucoup). D’ailleurs, 87% des Français déclarent faire attention à leur consommation de chauffage (dont 46% très attention), en une période où cette question est particulièrement d’actualité : rationalisation des dépenses en raison de la conjoncture économique et pics de consommation en raison de la saison hivernale. (Voir encadré ci-après pour plus de détails)

Derrière les dépenses relatives à l’énergie et au chauffage du logement, ce sont ensuite les taxes qui sont le plus reconnues en augmentation au cours des dernières années (88% dont 54% beaucoup), ainsi que ce qui constitue le poste le plus élevé des dépenses de logement : les loyers (82% dont 45% beaucoup) et les prix à l’achat (80% dont 59% beaucoup).

Il est sur ce point intéressant de noter que 25% des Français ont déjà cherché à changer de logement pour finalement y renoncer, dont 38% à cause des prix/loyers trop élevés soit un total de 9% des Français ayant renoncé à changer de logement pour des raisons liées au prix d’acquisition ou de location.

Enfin, charges locatives (79% des locataires estiment qu’elles ont augmenté, dont 33% beaucoup), charges de copropriété (54% des propriétaires, dont 21% beaucoup) et honoraires du syndic (44% de propriétaires, dont 16% beaucoup) figurent en bas de classement. Sur ces deux derniers points, il est à noter qu’une part non négligeable de propriétaires n’est pas en mesure de se prononcer (respectivement 38% et 50%), certainement en raison du paiement global au syndicat de copropriété et de la méconnaissance des différents postes qui le composent.

D’une manière générale, les dépenses liées au logement sont donc toute en forte augmentation au cours des dernières années, et ce alors que 58% des Français disent aujourd’hui boucler tout juste leur budget ou vivre sur leurs économies ou sur un/plusieurs crédit(s).

La hausse des prix des logements neufs continuent d’être attribuée à la raréfaction du foncier et à la hausse du prix des terrains qui en découle

Dans un contexte où 80% des Français jugent en augmentation les prix à l’achat des logements (neufs et anciens), et que 63% pensent qu’il en sera de même pour les logements neufs dans les 6 mois à venir, c’est la raréfaction du foncier et la hausse du prix des terrains qui est majoritairement pointée du doigt, (54% estiment que c’est ce qui explique le plus la hausse des prix des logements neufs, en hausse de 2 points par rapport à septembre 2012) devant l’augmentation des coûts de construction liés aux normes et labels (46% , en hausse de 1 point). En revanche, les marges des promoteurs et la pénurie de logements semblent moins incriminées, citées par respectivement 39% (-4 points) et 29% des Français (-5 points), quand les aides fiscales ne sont jugées responsables par seulement 16% des Français.

Favoriser la construction de logements, pour atteindre 500 000 par an en moyenne sur le quinquennat : un objectif qui divise les Français quant à sa possible réalisation, et qui ne peut aller sans une aide à l’accession à la propriété

Les objectifs de construction affichés du gouvernement (500 000 logements en moyenne par an pendant le quinquennat) divisent les Français en deux parts égales entre ceux qui se montrent sceptiques et ceux qui le croient - ou veulent le croire : 48% pensent que c’est possible (+ 1 point par rapport à septembre 2012), 48%  que ça ne l’est pas (-2 points). Sur ce sujet, les opinions n’ont donc guère changé depuis les premiers mois de la présidence et restent expliquées par un clivage partisan plus que par une considération impartiale du réalisme de cet objectif. Ainsi, 63% des sympathisants du PS pensent que c’est un résultat atteignable, contre seulement 36% des sympathisants UMP, ce qui semble donc plutôt refléter la confiance dans le gouvernement pour atteindre les objectifs qu’il se fixe.

Selon les Français, le développement de la construction de logements ne semble pouvoir aller sans une aide à l’accession à la propriété : ainsi, 34% pensent que c’est ce qu’il faut faire prioritairement pour favoriser la construction de logements, devant la mobilisation de l’Etat pour libérer ses terrains (26%), l’incitation fiscale à l’investissement immobilier (13%), l’accélération des procédures administratives pour l’obtention des permis de conduire (12%) et enfin, le financement public de la construction (9%). Il est à noter que la part de Français qui en appellent à une mobilisation de l’Etat est légèrement plus grande en janvier qu’elle ne l’était il y a mois : +3 points pour le fait de libérer des terrains publics et +1 point pour le financement public de la construction.

Les Français ne croient toutefois guère en une amélioration durable de la situation

Des mesures gouvernementales jugées plutôt positivement, sans réel espoir d’une amélioration durable de la situation

Parce qu’elles vont dans le sens des actions jugées prioritaires par les Français, certaines des mesures récemment mises en place sous l’impulsion du gouvernement recueillent un avis favorable au sein de la population : la cession des terrains de l’Etat pour construire des logements sociaux, de même que l’encadrement des loyers et le renforcement de la loi SRU sont jugées favorablement par deux tiers à trois quarts des Français. Dans le détail, 75% pensent que la cession des terrains de l’Etat pour la construction de logements sociaux va résoudre la crise à long terme (22%), améliorer la situation à court terme (37%) ou à la marge (16%), 64% pensent de même pour l’encadrement des loyers (15% résorber la crise, 32% l’améliorer à court terme et 17% à la marge) et 64% également pour la loi SRU (17% résoudre, 31% améliorer à court terme et 16% à la marge).

Le nouveau prêt à taux zéro, qui a pour vocation de faciliter l’accès à la propriété, de même que l’augmentation de la taxe sur les logements vacants, qui vise à augmenter le nombre de logements sur le marché, sont également jugées favorablement par une majorité, mais dans une moindre mesure (respectivement 61% et 54% dont seulement 9% pensant de chacune qu’elle va résoudre à long terme la crise du logement).

Enfin, le relèvement du plafond du livret A est jugé plutôt anecdotique (57% pensent que cela ne va rien changer), certainement en raison de la difficulté à faire le lien entre cet outil d’épargne et le logement. Le dispositif Duflot d’investissement locatif souffre quant à lui d’un manque de notoriété auprès de la population française, 29% n’étant pas en mesure de dire s’il est efficace pour résoudre la crise du logement.

Malgré des mesures plutôt appréciées, une faible confiance générale dans le gouvernement en matière de politique du logement

Si les mesures gouvernementales bénéficient d’un accueil plutôt favorable dans l’opinion, la confiance générale vis-à-vis du gouvernement est quant à elle très faible, et en forte baisse par rapport à septembre 2012, période où il bénéficiait encore de l’état de grâce. Près de 9 mois après l’élection présidentielle et la constitution du gouvernement par Jean-Marc Ayrault, il n’y a guère plus d’un Français sur trois pour leur accorder encore leur confiance en matière de politique du logement. Ainsi, seuls 35% des Français leur font confiance pour mener une politique juste, 33% pour qu’elle soit compréhensible, 32% inscrite dans la durée, et 29% efficace. La confiance dans le gouvernement, déjà très faible chez les sympathisants UMP en septembre baisse légèrement en janvier, mais c’est surtout au sein de son propre camp que le gouvernement enregistre les plus fortes baisses : s’ils restent majoritaires chez les sympathisants du PS, les indicateurs de confiance sont en baisse de 7 points pour la politique de long terme et jusqu’à 12 points en termes d’efficacité, passant de 72% en septembre à 60% aujourd’hui.

Et le pronostic d’un statu quo

Ce manque de confiance dans le gouvernement concernant la politique du logement se traduit par une résignation quant à sa capacité à faire bouger les choses dans un domaine en crise depuis de nombreuses années et dont on a du mal à voir le bout. Ainsi, 64% des Français pensent que le Président de la République et le gouvernement ne vont pas changer grand-chose en matière de logement, une proportion en forte hausse (11 points) par rapport à septembre 2012. Grand est donc le décalage entre, d’une part, la volonté des Français (85% souhaitant qu’ils changent les choses, dont 74% en profondeur) et d’autre part, les marges de manœuvre du gouvernement et du Président. Malgré une attitude volontariste et un nombre important de mesures déjà en application, l’exécutif est perçu comme démuni face à une crise du logement qui s’enlise et une proportion toujours grandissante de mal logés, dans un contexte plus général d’augmentation continue du chômage et de crise économique durable.

De ce fait, une majorité relative de Français (46%) pense que les choses en France en matière de logement ne vont pas changer, une proportion en hausse de 6 points par rapport au mois de septembre dernier. La proportion d’optimistes, pensant que les choses vont plutôt s’améliorer (19%) reste bien inférieure à celle de pessimistes (33%) et est plus répandue chez les sympathisants du PS (26%).

 

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Fiche technique :

Etude réalisée par téléphone les 25-26 puis 28 janvier 2013 auprès de 958 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. L’échantillon est construit selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille, catégorie d’agglomération et région). 

Brice Teinturier

Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)

Sarah Duhautois

Fabienne Simon

Directrice Générale Adjointe, Ipsos Public Affairs

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marie.jeandidier

Le 27/03/15 à 17h19

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