Les Français et la compétitivité

Lire la société et Le Monde ont souhaité réaliser une enquête auprès des Français sur leur rapport à la compétitivité. Comment jugent-ils la compétitivité de la France, dans l’absolu mais aussi relativement aux autres pays ? Quels sont les atouts qui rendent le pays compétitif mais aussi les handicaps qui le brident? Ipsos a interrogé par Internet 1008 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. On trouvera ci-dessous les principaux enseignements de cette enquête, réalisée grâce à la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne de référence du foyer, région et catégorie d’agglomération).

La France, un pays jugé peu compétitif dans l’absolu et relativement aux autre pays

Moins d’un sondé sur quatre (24%) considère que la France offre un environnement compétitif pour permettre aux entreprises françaises de gagner des parts de marché à l’étranger – dont 1% seulement qui pensent que cet environnement est très compétitif. A l’inverse, 76% des Français estiment que la France n’offre pas un environnement compétitif, dont 19% jugeant que cet environnement ne l’est même pas du tout.

En matière d’opinions sur la compétitivité de la France, un clivage droite/gauche apparaît de façon très nette. Alors que les sympathisants de l’UMP et du FN ne sont respectivement que 15% et 16% à considérer que la France offre un environnement compétitif pour permettre aux entreprises françaises de gagner des parts de marché à l’étranger, ils sont plus du double du côté des sympathisants Front de Gauche/Parti communiste (31%) et des sympathisants socialistes (37%). Les sympathisants d’Europe Ecologie/Les Verts sont même (45%) à estimer que la France jouit d’un environnement compétitif. Quant aux sympathisants du MoDem, ils se situent assez logiquement dans une position intermédiaire entre gauche et droite, avec 26% d’entre eux pensant que la France est compétitive.

Concernant la compétitivité de la France par rapport à d’autres pays, il est frappant de constater combien la comparaison joue souvent en la défaveur de l’Hexagone.  Sur les huit pays testés, seuls deux sont jugés moins compétitifs que la France par les répondants : l’Italie et surtout l’Espagne. La première est jugée moins compétitive que la France par une majorité relative de répondants (49%), un niveau qui monte à 60% pour la seconde. 

En revanche, une majorité relative de Français (42%) jugent que la France est moins compétitive que le Royaume-Uni, contre seulement 20% qui pensent l’inverse. De la même façon, 46% des Français pensent que leur pays est moins compétitif que le Brésil.

La perception qu’ont les répondants du retard de compétitivité de la France est encore plus sévère lorsqu’ils la comparent à la Suède (56% des Français jugeant la France moins compétitive), aux Etats-Unis (67%), à l’Allemagne (71%) et à la Chine (84%).

Les infrastructures de transport et de communication et le modèle social français, deux atouts perçus comme centraux en matière de compétitivité

Selon les Français, les deux atouts qui – loin devant les autres – expliquent le plus que la France soit plus compétitive que certains autres pays sont les infrastructures de transport et de communication (45%) ainsi que la qualité du modèle social français – assurance chômage, système de retraite, assurance maladie (44%). On remarque que ces deux atouts sont particulièrement soulignés chez les sympathisants socialistes et écologistes.

Viennent ensuite comme atouts perçus en matière de compétitivité la valeur de l’Euro, qui limite le coût des importations (28%, dont 37% chez les sympathisants communistes), les bons choix stratégiques dans certaines filières de l’économie (27%, dont 33% chez les sympathisants de l’UMP), les investissements importants dans la recherche et l’innovation (26%) ainsi que la qualité du système scolaire et de la formation des jeunes (22%). Enfin, le coût de l’énergie (14%), la qualité et la rigueur de l’administration française (13%), le niveau de rémunération des salariés français (12%) et la bonne qualité du dialogue social entre syndicats et patronat (7%) constituent les atouts les moins cités par les répondants.

Le niveau des charges sociales pesant sur les entreprises apparaît aux yeux des Français comme le premier handicap à la compétitivité

Concernant les éléments qui expliquent le plus que la France soit moins compétitive que certains autres pays, un handicap se détache tout particulièrement aux yeux de la population : le niveau des charges sociales qui pèsent sur les entreprises, souligné par plus d’un Français sur deux (51%). Ce frein se retrouve particulièrement souligné chez ceux qui estiment que la France n’est pas compétitive (57%) ainsi que chez les sympathisants FN (61%) et UMP (72%).

Loin derrière le niveau des charges sociales, on retrouve comme autres principaux handicaps à la compétitivité la complexité et la rigidité des procédures administratives (29%), le manque de travail en France – entrée trop tardive des jeunes sur le marché du travail, taux d’emploi des séniors insuffisant, 35 heures, etc. – (29%), le coût à payer pour préserver le modèle social français – assurance chômage, système de retraite, assurance maladie, etc. – (28%) ainsi que le décalage entre la formation des jeunes et les besoins des entreprises (27%).

La compétitivité, un thème ni de gauche, ni de droite

Plus de sept Français sur dix (72%) considèrent que la compétitivité est un thème ni de gauche, ni de droite. 22% estiment néanmoins qu’il s’agit d’un thème plutôt de droite, contre seulement 6% pensant qu’il s’agit d’un thème plutôt de gauche. Les sympathisants de l’UMP sont les plus nombreux à juger que la compétitivité est un thème de droite (39%), devant notamment les sympathisants communistes (28%) et seulement 13% des sympathisants socialistes. Les sympathisants de gauche sont par ailleurs plus nombreux que la moyenne à considérer que la compétitivité est un thème de gauche, qu’il s’agisse des sympathisants PS (14%), écologistes (12%) ou communistes (11%).

Concernant les mesures annoncées par le Gouvernement sur la compétitivité après la remise du rapport de Louis Gallois, une courte majorité de Français déclarent qu’elles vont plutôt dans le mauvais sens (53%), contre 47% qui pensent le contraire. Si plus de huit sympathisants socialistes sur dix (84%) trouvent que ces mesures vont dans le bon sens, tout comme 67% des écologistes et 62% des sympathisants du MoDem et 52% des sympathisants communistes, les sympathisants UMP (31%) et FN (26%) se montrent très majoritairement critiques.

Une majorité de Français favorables à une position alternative sur le gaz de schiste

Par ailleurs, à propos du gaz de schiste, 55% des Français se déclarent favorables à son exploitation seulement si on trouve une technique d’exploitation alternative plus respectueuse de l’environnement que la fracturation hydraulique. Cette position est notamment partagée par 63% des sympathisants UMP et 60% des sympathisants PS.

Un Français sur trois (33%) est néanmoins opposé à l’exploitation du gaz de schiste même si on trouve une technique d’exploitation alternative, car il pense qu’il s’agit d’une énergie polluante qui va retarder la transition énergétique vers des énergies renouvelables et non polluantes. C’est l’avis de 37% des sympathisants communistes et surtout de 59% des sympathisants d’Europe Ecologie/Les Verts. Enfin, seuls 12% des Français se déclarent favorables à l’exploitation du gaz de schiste car il s’agit d’une richesse dont la France a besoin, un sympathisant de l’UMP sur cinq étant sur cette position.

Brice Teinturier

Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)

Brice Teinturier

Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)

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