La reconversion professionnelle, une conséquence de la crise économique mais aussi, souvent, un choix avant tout volontaire

Ipsos a réalisé pour l’AFPA (Association Nationale pour la Formation Professionnelle des Adultes), du 26 au 27 octobre 2012, une nouvelle édition de l’enquête sur la reconversion professionnelle auprès d’un échantillon de 570 actifs issus d’un échantillon national de 1000 personnes représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus. La note qui suit présente les principaux enseignements de cette étude.

Les actifs face à la reconversion professionnelle : les motifs qui les y incitent et les difficultés qu’ils rencontrent

56% des actifs déclarent avoir déjà changé d’orientation professionnelle, c'est-à-dire de métier ou de secteur d’activité, au cours de leur carrière. Ce chiffre est pratiquement stable par rapport à la dernière vague de cette enquête menée en 2009 (+1 point). Parmi les catégories ayant le plus tendance à changer d’orientation professionnelle, on retrouve les ouvriers (66%) et les employés (63%) et surtout les demandeurs d’emploi (72%). 

Lorsqu’on interroge les actifs ayant déjà changé d’orientation professionnelle au cours de leur vie sur le motif qui a principalement été à l’origine de leur dernière reconversion,  c’est l’idée d’un choix professionnel volontaire qui est d’abord citée par 55% des répondants (et notamment 76% des cadres et 62% des professions intermédiaires). Loin derrière, les autres raisons peuvent être un plan social, une perte d’emploi, une restructuration ou fermeture de site (24%, mais 45% chez les ouvriers) ou des raisons familiales et géographiques (16%).

Quant aux principales difficultés rencontrées lors de la démarche de reconversion, il s’agit essentiellement du manque d’information et d’aide en matière d’orientation pour plus d’un tiers des sondés (34%). Viennent ensuite le manque de soutien en matière de formation (31%), la complexité des démarches administratives (24%), le financement du projet (17%) et le fait de concilier l’ancien emploi avec le projet de reconversion (13%). Un répondant sur cinq estime néanmoins qu’il n’a eu à faire face à aucune de ces difficultés-là.

La reconversion professionnelle, un choix qui se révèle majoritairement gagnant

Une majorité d’actifs ayant déjà changé d’orientation professionnelle au cours de leur vie considèrent qu’un certain nombre d’éléments se sont améliorés après leur reconversion. 64% ont en effet remarqué un meilleur épanouissement professionnel, 56% une amélioration de leurs conditions de travail et 54% une évolution de carrière plus satisfaisante – en hausse de 7 points par rapport à la dernière vague de 2009. Une majorité relative d’actifs ayant déjà changé d’orientation professionnelle constatent également une progression de leur rémunération (49%), une amélioration de leur équilibre vie professionnelle/vie privée (49%) ainsi qu’une meilleure sécurité de leur emploi  (42%).

Au final, lorsqu’ils font le bilan de leur dernière reconversion, 71% de ceux qui ont déjà changé d’orientation professionnelle au cours de leur vie jugent qu’il s’est agi d’un nouveau départ dans leur vie, au-delà des aspects professionnels. Une minorité d’entre eux voit cette reconversion d’un œil négatif, que celle-ci ait été une contrainte purement dictée par le marché du travail (41%, en hausse néanmoins de 7 points), le résultat d’une mauvaise orientation initiale (23%) ou encore un accident dans leur vie professionnelle (14%).

On remarque toutefois des différences sensibles entre catégories socioprofessionnelles dans le bilan de leur reconversion. Alors que seuls 20% des cadres ont considéré leur reconversion comme une contrainte purement dictée par le marché du travail, c’est le cas pour 52% des ouvriers.

35% des actifs n’ayant pas vécu de reconversion professionnelle pourraient l’envisager d’ici un an

Plus d’un actif sur trois n’ayant pas changé d’orientation professionnelle au cours de sa vie (35%) se dit prêt à envisager de changer de métier ou de secteur d’activité dans les douze prochains moins – soit une hausse de trois points en trois ans. 65% n’envisagent en revanche pas cette possibilité.

Plus de six actifs sur dix (61%) n’ayant pas changé d’orientation professionnelle au cours de leur vie mais pouvant l’envisager estiment que c’est un choix professionnel volontaire qui pourrait principalement être à l’origine de ce changement. Ce niveau marque une progression de 16 points en trois ans. Seuls 28% jugent que c’est un plan social, une perte d’emploi, une restructuration ou fermeture de site qui pourrait principalement être à l’origine de leur reconversion,  alors qu’ils étaient 39% en 2009.

Les trois principaux facteurs qui pourraient le plus motiver cette possible reconversion seraient un plus grand épanouissement professionnel (61%), un meilleur équilibre vie professionnelle/vie privée (55%) et une meilleure rémunération (54%). Viennent ensuite comme facteurs de motivation de plus grandes perspectives d’évolution de carrière (38%), de meilleures conditions de travail (33%)  et une plus grande sécurité de l’emploi (18%).

L’arrivée de la crise dans leur secteur d’activité, un motif potentiel de reconversion pour les actifs

Interrogés sur les éléments qui leur permettraient d’envisager une reconversion, les actifs qui n’ont jamais changé d’orientation professionnelle et qui n’envisagent pas d’en changer dans les douze prochains mois citent en premier motif l’arrivée de la crise dans leur secteur d’activité ou dans leur entreprise (63%; +12 points), suivi de l’envie de changement (58%; +7 points) et de l’impossibilité d’évoluer  dans leur carrière actuelle (57%; +4 points). La pénibilité des conditions de travail actuelles apparaît plus bas dans le classement (49%) mais progresse fortement en trois ans (+15 points).

Pour ceux qui n’ont jamais changé d’orientation professionnelle et qui n’envisagent pas d’en changer dans les douze prochains moins, les principaux freins à une reconversion sont le fait qu’ils sont satisfaits de leur vie professionnelle actuelle (91%), mais aussi celui que même après une reconversion, ils ne sont pas certains de retrouver un emploi (65%). En outre, une majorité d’entre eux ne voient pas vers quel métier ou secteurs ils pourraient se reconvertir (51%). Il n’en reste pas moins que 82% pourraient envisager une reconversion s’ils apprenaient qu’ils étaient certains d’être licenciés dans les prochains mois.

Dans le cadre d’une reconversion professionnelle, le premier acteur auquel les actifs feraient confiance est l’AFPA, pour 76% d’entre eux (stable). On retrouve ensuite notamment les associations (66%), l’entreprise/établissement dans lequel les actifs évoluent (63%), les GRETA (62%) et les collectivités locales (55%). A noter que seulement 30% (en baisse de 7 points) feraient confiance à l’ANPE/Pôle Emploi.

Stéphane Zumsteeg

Directeur du Département Opinion et Recherche Sociale, Ipsos Public Affairs

Clara Bamberger

Federico Vacas

Directeur Adjoint du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

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