Observatoire Français des Retraites / UMR 10ème édition

Pour la dixième édition de leur Observatoire des retraites, l’Union Mutualiste Retraite (UMR), Liaisons sociales Magazine et Ipsos dressent un nouvel état des lieux de l’opinion des Français sur la retraite et sa préparation.
Avec le changement de majorité et en cette rentrée placée sous le signe de la morosité économique, quel est l’état d’esprit des Français lorsqu’on évoque le sujet des retraites ? Comment voient-ils l’avenir ? Le système actuel leur semble-t-il pouvoir subsister ? Une autre réforme leur paraît-elle nécessaire ? Leurs comportements d’épargne retraite ont-ils évolué depuis la dernière mesure effectuée ?

Une inquiétude toujours très marquée à l’égard de la retraite

Les Français se sont toujours illustrés par une inquiétude marquée à l’égard de leur retraite, notamment sur le plan financier.
C’est encore le cas cette année, les résultats étant même en hausse depuis la dernière vague.

On retrouve ainsi les niveaux observés en avril 2011. Si les Français ont pu être un temps rassurés par la réforme votée en novembre 2010,
force est de constater que leur inquiétude reste très prégnante en cette rentrée 2012. 

Ainsi, une majorité de Français se disent inquiets en ce qui concerne leur santé ou leur accès aux soins (58% ; +20) ou
leur capacité à vivre de façon indépendante (57% ; +20). Ils sont encore plus nombreux à se montrer préoccupés par leur niveau de vie
(71% : +16) et plus précisément par le montant de leur retraite (76% ; +12).

Cette inquiétude est toujours particulièrement élevée chez les femmes, les personnes âgées de 35 à 59 ans et les actifs occupés.
Ainsi, on observe des écarts de cinq à douze points par rapport à la moyenne auprès de ces catégories sur l’ensemble des sujets traités
(santé, dépendance, niveau de vie).

C’est surtout dans le domaine financier que l’angoisse se fait jour pour ces populations : ainsi,
quatre femmes sur cinq (81%) se disent inquiètes quant au montant de leur retraite, une proportion qui s’élève à 83% chez les actifs et 84% chez les personnes
âgées de 35 à 59 ans.

Les retraités, en revanche, se montrent toujours moins inquiets que la moyenne : ils sont même majoritairement confiants en ce qui concerne
leur santé (52%) et leur capacité à vivre de façon indépendante (50%). En revanche, ils ne sont pas épargnés,
comme le reste de la population, par une hausse de l’inquiétude, notamment en ce qui concerne leur niveau de vie.
Il est probable que les annonces sur une augmentation éventuelle de la fiscalité à leur égard ont pu contribuer à ce regain d’inquiétude.

Une très large approbation du décret de juillet 2012

Comme on a pu l’observer lors des vagues précédentes, la réforme des retraites votée en novembre 2010 avait engendré un fort sentiment de colère
chez les Français.
Les débats ayant eu lieu à cette occasion avaient notamment fait émerger la question du départ anticipé pour les personnes ayant
commencé à travailler tôt, ainsi que le sujet des inégalités hommes-femmes liées aux interruptions de carrière plus fréquentes chez ces dernières,
ou encore la question des droits pour les personnes ayant connu de longues périodes de chômage.

Les résultats montraient également la volonté des Français de voir les mesures votées lors de la réforme à nouveau débattues à l’occasion de la campagne
présidentielle
et leur souhait majoritaire que la proposition du Parti socialiste concernant le rétablissement de l’âge légal de départ en retraite à
60 ans pour les personnes ayant commencé à travailler tôt soit mise en œuvre.

Ipsos a donc demandé aux Français ce qu’ils pensaient du décret paru en juillet dernier relatif à l’âge d’ouverture du droit à pension de vieillesse,
et force est de constater que ce dernier est très largement approuvé.

Ainsi, 86% estiment que le fait de permettre aux personnes qui ont commencé à travailler avant 20 ans et qui ont suffisamment cotisé de pouvoir partir en retraite
de manière anticipée, c’est-à-dire avant 62 ans, est une bonne chose, tout comme le fait d’offrir deux trimestres de cotisation supplémentaires
pour les congés maternité et les périodes de chômage indemnisé. Le départ anticipé offert aux personnes ayant commencé à travailler avant 20 ans est particulièrement
approuvé puisque près d’un Français sur deux estime qu’il s’agit d’une « très bonne chose » (47%).

Cet assentiment est partagé par toutes les catégories de population, y compris les personnes se disant proches de l’UMP.
Ces réalisations font donc vraiment consensus.

Les problèmes sont toutefois loin d’être résolus : une nouvelle réforme leur semble donc indispensable

Si les Français se montrent satisfaits par les mesures prévues dans ce décret, ils n’en restent pas moins convaincus que le pays ne
pourra pas se passer d’une nouvelle réforme des retraites.
Le système actuel leur semble en effet à bout de souffle et les problèmes de financement
demeurent criants à leurs yeux.

Ainsi, seuls 10% des interviewés considèrent que le régime par répartition continuera toujours de fonctionner comme aujourd’hui d’ici 30 ans.
Si la majorité estime qu’il existera toujours, il sera pour nombre d’entre eux (51%) réduit à une portion congrue dans la mesure où il n’aura plus
qu’un rôle réduit, étant petit à petit supplanté par un système d’épargne personnelle.
Un Français sur trois (32%) considère même qu’il n’existera
plus du tout et aura été totalement remplacé par un système d’épargne personnelle. Les personnes âgées de 25 à 44 ans (41%),
les employés (45%) et les ouvriers (48%) en sont particulièrement convaincus. Les cadres (71%) estiment en revanche davantage que le système existera
toujours mais avec un rôle réduit.

Les Français ont donc le sentiment que l’épargne personnelle va devenir incontournable pour pallier l’insuffisance du système actuel.
Mais – et c’est sans doute ce qui nourrit leur inquiétude quant à l’évolution de leur niveau de vie à la retraite – seule une proportion assez
limitée de Français épargne d’ores-et-déjà en vue de sa retraite, sans que l’on n’observe d’évolution significative depuis avril 2011.

Ainsi, un Français sur deux (49%) épargne en vue de la retraite. Pour nombre de personnes, c’est sans doute quelque chose de difficile, voire d’impossible
dans le contexte économique actuel. De fait, la proportion de personnes concernées est très étroitement liée à l’âge (seule une minorité de Français met de l’argent
de côté dans cet objectif avant 45 ans) et au niveau de revenus (seules les personnes disposant de revenus élevés épargnent majoritairement).

Dès lors, une majorité de Français (70%) estiment qu’il est nécessaire de faire une nouvelle réforme des retraites dans les deux ans qui viennent,
25% jugeant même cela « tout à fait nécessaire ». Ce constat est partagé par toutes les catégories de population, notamment les salariés du privé
(72% contre 66% des salariés du public). On n’observe pas de clivage politique sur cette question puisque sympathisants PS (69%) comme UMP (70%)
jugent cela indispensable.

Cette nécessité ressentie est très certainement liée au fait que pour de nombreux Français,
la réforme votée en novembre 2010 n’a pas résolu tous les problèmes de financement,
loin sans faut. Pour beaucoup,
elle n’a permis de résoudre les choses qu’à court (27%) ou moyen terme (26%), 37% considérant même qu’elle n’a rien solutionné du tout.
Ces résultats sont dans la lignée de ceux observés en novembre 2010, juste après le vote de ladite réforme.

Un souhait de réformer en profondeur le système mais un attachement fort au régime collectif

Si réforme il y a, elle doit selon eux respecter deux impératifs : conserver le système collectif et solidaire actuel,
afin de permettre à tout le monde et pas seulement aux plus aisés de pouvoir en profiter, et ne pas se contenter d’une réforme « cosmétique »
évitant les sujets les plus problématiques.  

Premier impératif : conserver un système de retraite collectif. En effet, les interviewés se montrent
très attachés à ce mode de fonctionnement : 69% estiment ainsi que le système de retraite doit rester collectif et solidaire,
afin de limiter les inégalités entre les Français et garantir à chacun une retraite minimum. Les plus de 35 ans (72%), les salariés du secteur public (74%), 
les cadres (82%) et les sympathisants PS (81%) sont encore plus nombreux à le souhaiter.

A l’inverse, 28% considèrent que le système devrait être plus souple et individualisé, en permettant à chacun de pouvoir gérer sa retraite comme il l’entend.
Ce point de vue est un peu plus répandu chez les 15-34 ans (34%) et les sympathisants UMP (38%) mais il reste minoritaire, quel que soit le profil des personnes
interrogées.

Deuxième impératif : conduire une réforme de grande ampleur, sans mettre de côté les sujets qui fâchent.
Ainsi, 62% des Français pensent que si une réforme devait avoir lieu, il faudrait qu’elle modifie en profondeur le système de retraite en France,
en mettant à plat tous les sujets, y compris les plus délicats (mode de calcul des pensions, harmonisation des régimes de retraite entre secteur public et privé,
nouveaux prélèvements pour les retraités…). A l’inverse, 30% estiment qu’il suffirait d’aménager en partie le système actuel, afin de contribuer à résoudre
les problèmes de financement les plus importants mais sans risquer de blocage social.

Là encore, ce sujet ne suscite pas de forts clivages, même si l’on observe toutefois de petites nuances d’appréciation. Ainsi, les personnes âgées de 35 à 44 ans (71%),
les salariés du privé (69%) et les sympathisants UMP (71%) sont plus nombreux que la moyenne à appeler de leurs vœux une réforme en profondeur du système,
tandis que les salariés du public (41%) et les sympathisants PS (37%) s’illustrent par une propension un peu plus marquée à ne pas vouloir risquer de blocage
social et à ne réformer qu’en partie le système actuel. 

 

Fiche technique :

Enquête réalisée par téléphone du 4 au 6 octobre 2012 auprès d’un échantillon national représentatif de 1 009 personnes âgées de 15 ans et plus.

Etienne Mercier

Directeur du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

Amandine Lama

Christelle Craplet

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