Enquête sur les «mamans solos»

Les mères célibataires seraient entre 1,5 et 2 millions en France et en constante augmentation depuis ces dix dernières années. Comment les Français réagissent-ils face à l’explosion du phénomène des « mamans solos » ? Acceptent-ils ce modèle familial ou le condamnent-ils ? Comment considèrent-ils les mères célibataires et leurs enfants ? Sont-elles un modèle de « réussite » ou « d’échec » ? Et comment les mères célibataires elles-mêmes perçoivent-elles la situation de leur foyer ? Comment vivent-elles leur condition ? Est-elle subie ou assumée ? Quelle proportion de mères se retrouve aujourd’hui en grande difficulté ? Sur qui peuvent-elles compter ?

Les mamans célibataires revendiquent le fait d’être d’aussi bonnes mères que les autres : en matière d’éducation, elles ont confiance en elles-mêmes.

Le moins que l’on puisse dire est que le fait d’être une mère célibataire ne suscite plus aujourd’hui de sentiment de honte ou de culpabilité chez les mamans solos. Si de réelles différences existent entre elles et les autres mères, ce n’est pas dans la qualité de l’éducation qu’elles estiment offrir à leurs enfants. Elles ne se dévalorisent pas et se considèrent notamment autant capables que les autres mères de transmettre des valeurs à leurs enfants (80% des mères célibataires interrogées), de leur imposer des règles de vie (72% estiment le faire aussi bien que les autres mamans) et même de fixer des limites (61% contre 23% qui estiment qu’elles le font moins bien).

Elles se montrent beaucoup plus partagées sur leur capacité à garder la bonne distance avec leur enfant (49% estiment le faire aussi bien que les autres mamans contre 41% qui avouent le faire moins bien). Il est probable aussi que le rapport privilégié qu’elles peuvent entretenir avec leur enfant les poussent aussi à les considérer comme des interlocuteurs à part entière et à plus souvent réduire les distances mère/enfant.

La très grande majorité des mères célibataires considèrent aussi que leurs enfants ont autant de chance que les autres d’être disciplinés (67%), de réussir scolairement (79%) ou encore d’être équilibrés (71%).

Rares sont les mamans solos qui estiment que le fait d’être élevé dans un foyer sans père est un inconvénient en terme de réussite (seulement 11% mais 10% pensent au contraire que leur enfant a plus de chance de succès) ou de capacité à respecter les règles de vie en société (18% considèrent que c’est un désavantage pour leur petit mais 15% estiment qu’au contraire ils auront plus d’aptitude dans ce domaine).

Seul l’équilibre de leur enfant inquiète un peu plus fréquemment une partie des mamans seules mais dans des proportions toujours très minoritaires (seulement 20% craignent qu’ils aient moins de chance d’être équilibré contre 9% qui estiment qu’ils ont plus de chance de l’être).

Loin de vivre dans la crainte des conséquences pour un enfant de vivre dans un foyer monoparental, une partie des mamans solos estime même que le fait d’être élevé ainsi peut apporter des avantages aux enfants concernés, notamment en termes d’autonomie. Dans ce domaine, près d’une mère célibataire sur deux estime que leur(s) enfant(s) sont mieux armés que les autres (48%).

Les mères célibataires se montrent donc massivement confiantes dans leur modèle d’éducation : 76% estiment que les enfants élevés par une maman seule s’en sortiront aussi bien (76%), voire mieux que les autres dans la vie (19%). Il est probable que bon nombre d’entre elles éprouvent une certaine fierté à réussir à élever leurs enfants seules comme elles le font. Rares sont celles qui se dévalorisent et éprouvent le sentiment de ne pas être un bon parent (seulement 16%). Au contraire, elles se reconnaissent beaucoup de courage (87%) et une forte capacité d’organisation (87%).

Les Français reconnaissent les mamans solos comme des mères « presque » comme les autres : probablement la marque d’une réelle acceptation des nouvelles structures familiales et certainement la fin d’une stigmatisation.

Nul doute que face à l’importance du phénomène des mères célibataires, l’opinion des Français a beaucoup évolué au cours des dernières années. Nombreux sont ceux qui connaissent une ou plusieurs femmes qui élèvent seules leurs enfants. Par ailleurs, l’augmentation du nombre de mamans solos au sein de la population française s’est accompagnée d’autres changements qui ont aussi eu des impacts forts sur la structure familiale et la parentalité (l’explosion des familles recomposées, le débat sur le droit au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels…). L’ensemble de ces phénomènes et leur importance ont aussi généré de profondes évolutions dans la façon même dont les français pensent les modèles familiaux.

Dans leur majorité, les Français considèrent aujourd’hui que les mères célibataires sont aussi capables que les autres de transmettre des valeurs à leurs enfants (72%) et de leur imposer des règles de vie (60%). Du fait même de l’absence de père (qui reste probablement à leurs yeux le principal point de référence en matière d’autorité), ils se montrent plus dubitatifs sur leur capacité à fixer des limites (49% considèrent qu’elles font aussi bien mais 42% pensent qu’elles sont moins capables que les autres dans ce domaine). La plupart des Français estiment aussi que les enfants des mères célibataires ont autant de chance que les autres de réussir scolairement (71%). Près de 4 Français sur 10 pensent aussi, tout comme les mères célibataires, que les enfants élevés par leur mère seule ont plus de chance d’être autonomes que les autres (39%). En revanche, ils se montrent un peu plus mesurés sur les conséquences de ce modèle familial sur l’équilibre de l’enfant même si 58% des personnes interrogées estiment qu’ils ont autant de chance que les autres d’être équilibré (contre 37% qui soutiennent l’opinion inverse).

Au final, près de 8 Français sur 10 estiment que les enfants élevés par une mère seule s’en sortira aussi bien que les autres (79%). Seulement 14% des personnes interrogées ont le sentiment que le fait d’être le fils ou la fille d’une maman solo aura des conséquences négatives pour eux lorsqu’ils seront adultes. Le modèle familial de la mère célibataire élevant ses enfants sans l’aide d’un conjoint s’est donc peu à peu imposé aux Français et a même gagné leur respect. Certes, ils ont presque tous le sentiment que ces mamans là sont stressées (87%) et débordées (84%) mais les problèmes qu’elles rencontrent sont « positivés » car dans le même temps, ils considèrent qu’elles sont courageuses (84%) et organisées (76%).

Pour la majorité des mères célibataires, reconstruire sa vie avec un conjoint/un père n’est pas vraiment une priorité.

S’il est une idée reçue à laquelle les résultats de l’enquête viennent tordre le cou, c’est bien celle du malaise, voire du mal-être que pourrait générer l’absence du père ou du conjoint dans la vie de ces mamans solos. Il ne s’agit pas de dire que ces mères rejettent la présence masculine au sein de leur foyer, loin s’en faut. Toutefois, ce n’est pas une priorité absolue pour bon nombre d’entre elles et ce pour plusieurs raisons.

D’abord, parce que beaucoup estiment que si le nombre de mères qui élèvent seules leur enfant est aussi important, c’est d’abord et avant tout parce que les femmes acceptent moins de choses qu’auparavant de la part des hommes (58%). Si l’on en croit leur déclaration, il s’agirait là plus d’une situation choisie que subie. Les Français font d’ailleurs un constat identique (57%). Les mères célibataires considèrent aussi que la gent masculine assume aussi moins ses responsabilités qu’avant (35%). Il y a une réelle exigence chez ces mamans qui ne semblent plus prêtes à accepter la présence d’un père ou d’un conjoint à n’importe quel prix.

Ensuite, les résultats de l’enquête montrent que la présence d’un conjoint, notamment pour les aider à élever leurs enfants, ne s’apparente pas pour bon nombre d’entre elles à la poursuite d’un « graal ». Plus d’une maman célibataire sur deux affirme aujourd’hui ne pas souhaiter vivre avec un nouveau compagnon (55% contre 45% qui disent le contraire). Certes, l’âge est ici un facteur particulièrement clivant. Si 70% des mamans solos ayant moins de 35 ans souhaitent « refaire » leur vie (mais parmi elles seulement 24% répondent « oui, tout à fait »), elles ne sont plus que 46% à dire de même dans la tranche 35-44 ans et 36% chez les 45 ans et plus. Il est aussi probable que bon nombre de ces mères consacrent prioritairement leur temps à l’éducation de l’enfant, avant d’envisager une recomposition éventuelle de leur foyer. Il n’en reste pas moins vrai que ce n’est pas une priorité absolue (seulement 13% de l’ensemble des mères interrogées disent que c’est une chose qu’elles souhaitent « tout à fait »).

Les mères célibataires rencontrent des difficultés importantes et multiples (dans les domaines des finances, de l’organisation et des solidarités) et bon nombre d’entre elles estiment qu’elles risquent de ne pas s’en sortir.

Les difficultés que les mères célibataires peuvent rencontrer ne sont pas nouvelles, elles ont été maintes fois soulignées. Toutefois, avec la crise économique, elles prennent une importance très préoccupante. De leur propre aveu, le manque d’argent est la principale difficulté qu’elles rencontrent au jour le jour (53%). C’est un phénomène que les Français identifient aussi parfaitement bien puisqu’eux aussi considèrent que c’est la difficulté majeure à laquelle les mères célibataires doivent faire face (44%), même s’ils la minimisent par rapport aux mères interrogées.

D’ailleurs, presqu’une mère célibataire sur deux (45%) avoue ne pas arriver à boucler leur budget sans être à découvert. Plus grave, près d’une maman solo sur cinq dit s’en sortir de plus en plus difficilement et craindre de basculer dans la précarité (19%). Pour bon nombre de ces femmes, la situation financière est donc aujourd’hui particulièrement grave. Les mères célibataires se montrent aussi particulièrement démunies en termes d’aide et de solidarité. Plus d’une maman sur deux a tout le temps ou souvent le sentiment qu’elle ne peut compter sur personne (52%). Elles se retrouvent particulièrement seules avec peu de relais à leur disposition pour les soutenir.

Cette situation génère une certaine détresse chez beaucoup de mères qui élèvent seules leur enfant : plus d’une maman sur quatre éprouve fréquemment le sentiment qu’elle ne va pas s’en sortir (28%).

Cela n’empêche pas la grande majorité des mamans solos interrogées de se déclarer toutefois heureuses (72% mais seulement 12% disent « oui, tout à fait »). Elles sont aussi souvent fières de ce qu’elles réussissent à accomplir. Il n’en reste pas moins vrai que plus d’une mère célibataire sur quatre dit ne pas être heureuse (28%).

 

Fiche technique :

Enquête réalisée du 12 au 22 septembre 2012 auprès d’un échantillon de 1069 individus dont 850 personnes représentatives de la population française (méthode des quotas) et 219 mères célibataires.

Etienne Mercier

Directeur du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

Etienne Mercier

Directeur du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

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