Avantage à Hollande mais...

Les chiffres du premier tour ont parlé. Avec sept points de plus qu'en 2007, la gauche aborde en position favorable le second tour. Pour l'emporter, il faudrait que Nicolas Sarkozy bénéficie d'un dégel des abstentionnistes en sa faveur et d'un report des voix de Marine Le Pen et de François Bayrou au moins identique à ce qu'il était en 2007.

Au-delà des polémiques et des postures de campagne, les résultats du 1er tour donnent pour le second tour des indications extrêmement précieuses et un réel avantage à gauche.

Avec 44% de suffrages exprimés, le « bloc de gauche », de l’extrême gauche jusqu’aux écologistes, progresse de 7 points par rapport à 2007. Le vote Hollande y est largement dominant puisque sa part représente 65% de l’ensemble. Enfin, indépendamment du niveau de François Hollande lui-même – 28,6%, soit le deuxième meilleur score pour un candidat socialiste depuis 1981 – et de son avance symbolique sur Nicolas Sarkozy (28,6% contre 27,2%), on se situe à un étiage propice à une victoire au second tour. Cet étiage, comme nous l’indiquions la semaine dernière dans les différentes hypothèses envisagées, est cependant un étiage favorable mais resserré et à peine plus élevé qu’en 2002, la dispersion en moins, la barre des 45% n’ayant pas été atteinte par la gauche.

Avec 47%, le « bloc de droite » lui progresse de 2 points par rapport à 2007. Il devance donc légèrement le bloc de gauche mais la situation est malgré tout fondamentalement différente. D’une part, parce que ce niveau global de la droite se situe au niveau le plus faible de l’histoire de la 5ème République à l’exception de 2007. Et il est par exemple nettement en dessous de 1974 (52%), de 1981 (49%) et de 1988 (51%).

D’autre part parce qu’au sein de ce bloc, c’est évidement le niveau de Marine Le Pen qui joue le rôle de moteur. Le vote Sarkozy représente en effet 57% de l’ensemble, contre 71% en 2007. Il est en retrait de 4 points par rapport à 2007 tandis qu’avec 18% des suffrages, le vote FN progresse lui de 7,5 points. Par ailleurs, et même s’il faut tenir compte, dans les comparaisons sur la longue période, d’un vote Bayrou qui jusqu’en 2002 pouvait être assimilé à l’UDF et au bloc de droite et qui, depuis 2007, se veut résolument au centre, la droite parlementaire en 2012, ou encore, la droite hors FN, se situe à 29%. Or, c’est clairement son plus bas niveau depuis le début de la 5ème République. En effet, la droite parlementaire était à 51% en 1974, 49% en 1981, 37% en 1988, 44% en 1995, 31% en 2002 et 33% en 2007, contre 29% en 2012.

Que l’on raisonne sur l’ensemble du bloc de droite ou sur la droite parlementaire, le résultat du 22 avril traduit donc bien un affaiblissement important de la droite en général ainsi que de Nicolas Sarkozy.

+ 7 à gauche, + 2 à droite, le grand perdant est le bloc central, incarné par François Bayrou qui lui perd 9 points par rapport à 2007.

Dans ce contexte issu des urnes, il est assez logique et cohérent  que les intentions de vote soient en faveur de François Hollande : 53% dans la dernière enquête Ipsos Logica Business Consulting, réalisée avant le débat de l’entre deux tours. Toutefois, le score final dépend totalement des reports qui vont s’opérer à gauche comme à droite et chez les abstentionnistes du 1er tour venant voter au second tour.

Chez les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, 80% environ déclarent avoir l’intention de voter pour François Hollande, le reste se partageant entre un petit vote en  faveur de Nicolas Sarkozy (3 ou 4%, qui apprécient notamment sa personnalité), l’abstention ou la non réponse. Les électeurs d’Eva Joly sont également très majoritairement enclins à voter pour François Hollande (70% environ) tandis que ceux de Nathalie Arthaud et de Philippe Poutou ne sont qu’une petite majorité à le vouloir (60% environ)

Les électeurs de François Bayrou ont au cours de la campagne évolué : ils étaient avant le 1er tour un peu plus favorables à François Hollande qu’à Nicolas Sarkozy, puis on a atteint une sorte d’équilibre. Sur les 9% obtenus le 22 avril par François Bayrou, 34% environ déclarent actuellement qu’ils voteront pour François Hollande, 40% pour Nicolas Sarkozy, 26% indiquant l’abstention ou la non réponse. A titre de comparaison, en 2007 et sur une base de 18,6%, les reports furent relativement équilibrés entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.

Enfin, les électeurs de Marine Le Pen sont environ 15% à vouloir voter pour François Hollande, 54% Nicolas Sarkozy et 31% ni l’un ni l’autre. Là encore, à titre de comparaison, ils furent 65% environ à se reporter sur Nicolas Sarkozy en 2007.     

Les reports fonctionnent donc comme un système global : on ne peut dire que pour l’emporter, il faudrait que Nicolas Sarkozy obtiennent par exemple 80% de reports du Front National et autant du Modem car cela dépend aussi des autres électorats : si par exemple les reports de Jean-Luc Mélenchon se dégradent légèrement, Nicolas Sarkozy n’a pas besoin de reports aussi élevés venant des électeurs de François Bayrou et de Marine Le Pen. Les nouveaux électeurs du second tour ont aussi leur importance et en 2007, 1/3 des abstentionnistes du 1er tour sont allés voter au second tour. Mais on voit bien cependant pourquoi François Hollande a l’avantage. Pour inverser la tendance, il faudrait que Nicolas Sarkozy puisse agir sur 3 ou 4 leviers en même temps, et tous dans le même sens : par exemple, du côté des électeurs de Marine Le Pen, en obtenant 65% de reports ; du côté de François Bayrou, en obtenant 50% ou plus. Et du côté des nouveaux électeurs, en ayant un différentiel en sa faveur par exemple de 3 points. Ou encore, via des reports un peu moins élevés en sa faveur, mais s’accompagnant par exemple d’une dégradation des reports de Jean-Luc Mélenchon sur François Hollande. Une telle configuration n’est donc pas totalement impossible ; elle supposerait cependant de comprendre pourquoi les électeurs évolueraient tous plutôt dans un sens aussi favorables à Nicolas Sarkozy. Les derniers jours de campagne, le débat et la mobilisation apporteront la touche et le résultat final d’une campagne qui aura duré près d’un an.

Brice Teinturier

Directeur Général Délégué, Ipsos France

Brice Teinturier

Directeur Général Délégué, Ipsos France

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