Présidoscopie vague 9 : les "changeurs" de dernière minute

Démobilisation ou sursaut participatif, transferts de voix... La neuvième vague de la Présidoscopie Ipsos/Logica Business Consulting réalisée pour Le Monde, le Cevipof, la Fondapol et la Fondation Jean Jaures détaille les variations des électorats de chaque candidat dans les dix derniers jours avant le premier tour (entre les intentions de vote du 6-7 avril et les résultats du 1er tour*). Les indicateurs d'opinion mesurés en complément permettent de mieux comprendre les dynamiques de fin de campagne, et de se projeter dans le second tour, avec le comparatif d'image et de crédibilité Hollande / Sarkozy .

Les dynamiques de fin de campagne

Jean-Luc Mélenchon : -3,4 points
Près de trois points et demi séparent le score de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle (11,1%) de son niveau d'intentions de vote mesuré par Ipsos/Logica Business Consulting les 6 et 7 avril (14,5%). Cette baisse résulte pour près d'un point d'une moindre mobilisation des électeurs – des personnes qui se déclaraient certaines d'aller voter Front de Gauche début avril et qui finalement ne se sont pas rendues aux urnes. Les points restants concernent des transferts de vote vers d'autres candidats. Jean-Luc Mélenchon a ainsi perdu près d'un point du fait d'électeurs qui lui ont préféré au dernier moment François Hollande.

François Hollande : +0,1
La stabilité du score de François Hollande entre la mesure d'intentions de vote de 6/7 avril (28,5%) et son score du premier tour (28,6%) masque des mouvements tout de même importants dans la structure de son électorat. Dans la dernière ligne droite, François Hollande a avant tout bénéficié d'un flux d'électeurs en provenance de Jean-Luc Mélenchon (près de un point). Dans le même temps, le candidat socialiste a vu s'éloigner un certain nombre de personnes qui projetaient de voter pour lui début avril, notamment en direction de Marine Le Pen (-0,5). 

Eva Joly : +0,8
Le score d'Eva Joly a progressé dans les derniers jours, passant de 1,5 points d'intentions de vote début avril à 2,3% le jour du scrutin. Cette progression d’un peu moins d’un point est surtout liée à des transferts de vote (+0,5), en provenance des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, de François Hollande et de François Bayrou. 

François Bayrou : -0,4
Le niveau de François Bayrou est resté relativement stable dans la dernière ligne droite : 9,5% d'intentions de vote début avril pour un score final de 9,1%. Pour lui, les mouvements de mobilisation et de démobilisation se sont globalement compensés, tout comme les transferts de vote entre candidats.

Nicolas Sarkozy : -1,8
Nicolas Sarkozy a perdu près de 2 points entre l'intention de vote du 6/7 avril (29%), mesurée alors que le drame de Toulouse était encore très présent dans les esprits et le 22 avril où il obtient 27,2% des suffrages. Dans l'intervalle, il y a eu baisse de mobilisation (-0,5), et transferts de vote à la fois vers Marine Le Pen et François Bayrou (-1 point en comptant les deux candidats).

Marine Le Pen : + 2,9
La dynamique de fin de campagne a été favorable à Marine Le Pen, qui a bénéficié d’un surcroît de mobilisation (plus d’un point supplémentaire), mais aussi de transferts de vote, notamment en provenance de Nicolas Sarkozy (environ un demi point) et de François Hollande (environ un demi point).

Les indicateurs d'opinion

La hiérarchie des motivations des électeurs n'a pas été bouleversée dans les dix derniers jours précédents le vote. "Les propositions ou idées des candidats" sont restées déterminantes pour deux électeurs sur trois (65% de citations), juste devant leur "capacité à faire changer vraiment les choses en France " (61%). Près d'un électeur sur deux s'est aussi prononcé sur la capacité du candidat "à faire face à la crise économique" (49%, mais en première place dans l'électorat de Nicolas Sarkozy, avec 88% de citations). "La personnalité du candidat" est passée au second plan, même si cet item a été un peu plus souvent évoqué dans la dernière ligne droite (29% de citations, +2 points). A noter que le vote protestataire, "votre volonté de manifester votre mécontentement", n'est majoritaire dans aucun électorat, y compris celui de Marine Le Pen (48% de citations). L'électorat frontiste s'est d'abord rallié aux "propositions ou idées" de la candidate (64%), et à "sa capacité à changer les choses" (65%).

La campagne officielle et l'égalité des temps de parole n'auront pas non plus changé la hiérarchie des préoccupations des Français, toujours particulièrement inquiets de "la crise économique et financière" (54% de citations), du "chômage" (43%), des "déficits publics" (35%) et du "pouvoir d'achat" (29%). Un peu en retrait en ce qui concerne l'avenir de la France, la préoccupation pour le pouvoir d'achat arrive en revanche nettement en tête lorsque l'on demande aux électeurs ce qui les préoccupe "pour eux mêmes" (60% de citations). On constate par ailleurs que dans l'ensemble la campagne a déplu, avec des jugements sur l'action et les déclarations des candidats souvent majoritairement négatifs.

Dans la perspective du second tour, on note que François Hollande est toujours jugé plus crédible que le Président sortant pour "réduire les inégalités sociales" (70% contre 26% pour Nicolas Sarkozy), "améliorer le système éducatif" (69% contre 28%), "améliorer le fonctionnement du système de santé" (64% contre 33%), "mener une politique fiscale juste et efficace" (61% contre 35%) et surtout, pour ce qui constitue donc la priorité numéro un des électeurs quand ils pensent à leur propre situation, pour "augmenter le pouvoir d'achat" (61% contre 35%). François Hollande est encore en tête sur les questions du chômage et des retraites. Les deux candidats font en revanche jeu égal sur leur capacité à réduire les déficits et à protéger les Français des conséquences de la crise économique. De son côté, Nicolas Sarkozy est jugé plus crédible que le candidat socialiste sur les questions internationales (gestion de la crise financière, fonctionnement de l'Europe, capacité à faire face à une crise diplomatique ou militaire internationale), en terme de stature présidentielle, et surtout pour lutter contre l'immigration clandestine (66% des électeurs le juge plus crédible que François Hollande en la matière, contre 31% d'avis contraire).

En terme d'image, François Hollande semble avoir réussi à incarner le candidat "normal". Bien plus que le Président sortant, on le juge "sympathique" (57% contre 36% de cet avis en ce qui concerne Nicolas Sarkozy), "honnête" (55% contre 34%), "sincère" (52% contre 34%), capable de "comprendre les problèmes des gens comme vous" (49% contre 28%). Les deux tiers des Français reconnaissent que les deux candidats ont chacun leurs "convictions", la moitié des électeurs les jugent tous deux "compétents". Nicolas Sarkozy domine pour sa part assez largement en terme de "dynamisme" (74% des électeurs jugent que c'est une qualité de Nicolas Sarkozy contre 47% pour François Hollande) et de stature (65% contre 46%).

Mais dans l'ensemble, aucun des deux finalistes ne suscite d'adhésion massive derrière sa candidature. Le scepticisme est de mise, avec une majorité de Français qui doute que François Hollande (57%) ou Nicolas Sarkozy (65%) tienne ses engagements. Si Nicolas Sarkozy est élu, seulement 20% des électeurs pensent que la situation de la France s'améliorera, contre 48% qui pensent plutôt que cette situation se dégradera et 32% que ça ne changera pas. Si c'est François Hollande, l'optimisme est un peu plus fort mais reste très modéré : 31% pensent que la situation s'améliorera, mais la majorité reste pessimiste (42% jugent que la situation se dégradera et 27% que ça ne changera pas). Concernant les prochaines années, un Français sur trois a "confiance dans la gauche pour gouverner le pays" (33%), un sur quatre (23%) a plutôt confiance dans la droite, et 44% n'a confiance "ni dans la droite ni dans la gauche". 

*Les résultats présentés ci-après sont le résultat de la comparaison entre notre intention de vote du 6-7 avril et les résultats du premier tour de l’élection présidentielle. Ipsos a certes réalisé des intentions de vote les 13 et 14 avril, ainsi que les 18 et 19 avril, mais ces dernières ne sont pas prises en compte dans cette vague de Présidoscopie. Pour la cohérence de l’outil, les comparaisons sont en effet réalisées d’une vague à l’autre de Présidoscopie (que des intentions de vote soient publiées entre temps ou non). 

Voir aussi : Les précédentes vagues du baromètre Présidoscopie

 

Brice Teinturier

Directeur Général Délégué, Ipsos France

Brice Teinturier

Directeur Général Délégué, Ipsos France

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