Les Français souhaitent une profonde réorientation de la politique du logement

Constatant la part de plus en plus forte des dépenses liées au logement dans leur budget, la majorité des Français interrogés par Ipsos pour la Fédération des Promoteurs Immobiliers (FPI) appellent un changement en profondeur de la politique du logement. Dans l'ensemble, les propositions faites en la matière par les candidats à la Présidentielle sont jugées plutôt efficaces.

Le logement : un poste de dépense qui a fortement augmenté au cours des dernières années et dont la charge est désormais très (trop ?) élevée pour nombre de Français.

Le constat dressé par les Français est unanime : 73% d’entre eux considèrent en effet que, par rapport à il y a quelques années, la part de revenus consacrée aux dépenses de logement (loyer, remboursement d’emprunt immobilier, charges) a augmenté. La proportion de ceux qui estiment qu’elle a « beaucoup augmenté » se révèle également importante : 41%. Dans ce contexte, ce sont aujourd’hui 62% des Français pour lesquels la part de leurs revenus consacrée aux dépenses de logement (loyer, remboursement d’emprunt immobilier, charges) est soit « trop importante » (29%), soit « élevée mais supportable » (33%). Ce résultat masque bien entendu des disparités importantes en fonction des différentes catégories de la population : la situation est particulièrement difficile pour les plus jeunes ménages : ainsi les personnes âgées de 25 à 34 ans sont 78% à juger cette charge trop importante ou élevée mais supportable. C’est également de cas de 69% des locataires et de 70% des ouvriers.  Au-delà des nuances, ce qu’il faut retenir dans ce contexte de crispation sur la thématique du pouvoir d’achat, c’est le diagnostic collectif posé par les Français sur une situation du logement caractérisée par le renchérissement continu de son coût.

Quelle politique du logement pour demain ? Une demande de réorientation profonde.

Pointant en creux les insuffisances et les limites de l’action politique en faveur du logement, 69% des Français appellent de leurs vœux à un « changement en profondeur » de la politique du logement. Seule une minorité de Français (26%) souhaite « changer les choses mais seulement à la marge ». Même si elle est davantage exprimée par les sympathisants de gauche, cette demande est majoritaire auprès de toutes les catégories de Français, quelle que soit leur affiliation partisane : 77% des sympathisants du Parti Socialiste sont favorables à cette réorientation mais c’est également le cas de 79% des sympathisants du Front de gauche, 82% des sympathisants des Verts Europe Ecologie, 69% des sympathisants du Modem, 54% des sympathisants UMP et 68% des sympathisants du Front National. Ce qui est souhaité est-il possible ? En majorité, 56% des Français pensent qu’il est de fait possible de changer les choses en profondeur en matière de logement. L’écart de 13 points entre les souhaits et la faisabilité s’explique en grande partie par le scepticisme des Français à l’égard de l’action politique. Toutefois, ces indicateurs mettent en évidence la force des attentes, voire des exigences des Français à l’égard du pouvoir politique sur cette question centrale du logement compte tenu de ses impacts sur le pouvoir d’achat.

Quelle crédibilité des candidats à l’élection présidentielle sur la question du logement ?

La crédibilité des candidats à la présidentielle en matière de logement est en deçà des attentes. En effet, les Français ne créditent pas majoritairement les candidats de la possibilité de pouvoir modifier les choses en profondeur. Si 56% des Français pensent qu’il est effectivement possible de changer les choses en profondeur, une proportion plus faible d’entre eux (entre 9% et 22%) pense que les candidats à la présidentielle peuvent le faire. François Hollande arrive en tête avec 71% de Français qui pensent qu’il pourra changer les choses (en profondeur et à la marge), suivi de François Bayrou (60%), Nicolas Sarkozy (57%) et Jean-Luc Mélenchon (52%).

Les propositions faites en matière de logement par les différents candidats sont relativement connues des Français et jugées plutôt efficaces.

Elles sont tout d’abord très diversement connues. La mesure proposée par les candidats dont les Français ont le plus entendu parler est la création d’une proportion plus importante de logements sociaux à hauteur de 70%. La construction massive de nouveaux logements (58%), la possibilité de construire 30% de logements de plus sur une même surface (58%) et la libération des terrains publics (48%) viennent ensuite. En queue de peloton, la proposition d’encadrer temporairement les loyers à la location ou relocation en zone tendue n’est connue que d’un tiers des Français (34%). Ce sont les mesures perçues comme les plus à même de favoriser la construction qui sont jugées les plus efficaces par les Français : la création d’une proportion plus importante de logements sociaux est jugée efficace par 78% de Français, la construction massive de nouveaux logements par 72% au même niveau exactement que la libération des terrains publics. Conscients des problèmes générés par la raréfaction du foncier et convaincus de la nécessité de construire massivement, des mesures se révèlent en phase avec les attentes des électeurs :
« l’encadrement temporaire des loyers à la location ou relocation en zone tendue » est jugé efficace par 60% des Français. C’est surtout une mesure qui clive politiquement : 68% des sympathisants socialistes la jugent en effet efficace contre 50% des sympathisants UMP,
« la possibilité de construire 30% de logements de plus sur une même surface » ne convint en revanche qu’une minorité de Français (41%), essentiellement les sympathisants UMP (53%).

Construire 500 000 nouveaux logements par an, est-ce réaliste ?

Le besoin de construction des logements neufs ne fait pas débat pour l’opinion publique. Mais les Français se révèlent plutôt divisés quant à la possibilité de construire 500 000 nouveaux logements par an (soit 25% de plus qu’à l’heure actuelle) : 52% d’entre eux pensent que cette mesure n’est pas possible tandis que 46% pensent le contraire. Les sympathisants de gauche jugent la proposition nettement plus réaliste que les sympathisants de droite. A ce clivage politique, s’ajoute le clivage lié au statut résidentiel, les propriétaires doutant nettement plus que les locataires.

Fabienne Simon

Directrice Générale Adjointe, Ipsos Public Affairs

Austragesila Evora

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