La fonction publique, un choix de raison ?

L'enquête Ipsos/Logica Business Consulting réalisée pour Le Monde et Emploipublic.fr auprès d'un échantillon de 601 jeunes français âgés de 15 à 30 ans montre que près des trois quarts d'entre eux seraient tentés par une carrière dans la fonction publique. La garantie de l'emploi en est la principale motivation, tandis que le niveau de rémunération semble en être le principal frein. Pour autant, choisir de travailler dans le secteur privé n’est pas massivement perçu comme une solution permettant de bénéficier de justes niveaux de rémunération. Le secteur privé conserve toutefois un léger avantage sur le secteur public en termes de perspectives d’évolution motivantes et de reconnaissance des compétences professionnelles. Pour finir, les jeunes plébiscitent des réformes qui leur paraissent comme étant les plus à même de renforcer la reconnaissance des compétences et donc la progression salariale au sein de la fonction publique. Ils se prononcent par ailleurs pour la stabilité des effectifs et se montrent sceptiques sur certaines propositions des candidats à l’élection présidentielle.

En ce qui concerne la fonction publique, les jeunes se prononcent pour la stabilité des effectifs et se montrent sceptiques sur certaines propositions des candidats à l’élection présidentielle

Dans le cadre des débats de la campagne présidentielle, les jeunes se prononcent pour une stabilisation des effectifs de la fonction publique, seule mesure qu’ils perçoivent comme étant à la fois souhaitable et réaliste (52%, contre 32% considérant qu’elle est souhaitable mais non réaliste et 15% pas souhaitable).

Les mesures proposées par les deux principaux candidats à l’élection présidentielle sont le plus souvent perçues comme non réalistes ou pas souhaitables. La proposition de François Hollande (la création de 60 000 postes au sein de l’Education Nationale sur 5 ans) rencontre un plus fort assentiment : elle est souhaitable pour 86% d’entre eux mais seulement 39% estiment qu’elle est réaliste. Du côté de Nicolas Sarkozy, le maintien de la règle du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite est majoritairement récusé (53%).

Si la fonction publique conserve un réel potentiel d’attractivité auprès des jeunes, elle n’en est pas pour autant devenue un refuge contre la peur du chômage

73% d’entre eux déclarent qu’ils pourraient travailler dans la fonction publique s’ils en avaient l’opportunité (-2 points par rapport à 2004). La crise économique et l’augmentation du chômage n’ont donc pas généré chez les jeunes un attrait plus fort pour la fonction publique.

Les fonctions publiques d’Etat (37%) et territoriale (34%) sont celles qui aujourd’hui ont le plus fort potentiel d’attractivité auprès des 15-30 ans.

Les jeunes, en recherche de pouvoir d’achat, semblent avoir du mal à identifier les avantages qu’il y a à travailler dans la fonction publique (hormis la garantie de l’emploi)

La garantie de l’emploi est le principal avantage perçu (59%), toutes les autres sources de motivation arrivent loin derrière. C’est le cas des possibilités d’évolution de carrière (23%), de l’intérêt des métiers (22%), des conditions de travail (21%), de la durée du temps de travail (20%) ou encore du contact avec le public (19%). Les motivations comme le niveau de rémunération (19%), le fait de travailler au service de l’intérêt général (17%) et les conditions de retraite (17%) arrivent en queue de palmarès.

Pour les jeunes, le niveau de rémunération est le principal frein à l’entrée dans la fonction publique (34%). Juste derrière, ils citent le risque d’être nommé loin de chez soi (33%), la nécessité de passer un concours (31%), le manque de reconnaissance sociale pour les fonctionnaires (27%) et la lenteur des évolutions de carrière (23%). Le faible intérêt des métiers qu’elle propose (11%) et les conditions de travail (9%) arrivent loin derrière.

Le secteur privé n’est pas massivement perçu comme une solution permettant de bénéficier de justes niveaux de rémunération

En termes de perspectives d’évolution et de reconnaissance des compétences, seulement 51% des jeunes âgés de 15 à 30 ans considèrent qu’il vaut mieux faire sa carrière professionnelle dans le secteur privé. Les opinions sont encore plus clivées en ce qui concerne la possibilité de bénéficier d’une juste rémunération : 46% affirment qu’il vaut mieux être dans le secteur privé, 28% dans le secteur public et 25% considèrent que le secteur privé et le secteur public sont à des niveaux équivalents. Les perspectives d’évolution professionnelle et plus spécifiquement salariale semblent bouchées pour bon nombre de jeunes, y compris dans le secteur privé.

Les jeunes accordent un léger avantage à la fonction publique en ce qui concerne la possibilité de se former tout au long de sa carrière professionnelle (41% estiment qu’il est plus intéressant de travailler dans le public, 24% dans le privé et 34% dans les deux secteurs) et le bien-être au travail (38% le public, 20% le privé et 41% aussi bien l’un que l’autre).

Pour la fonction publique, les jeunes plébiscitent des réformes visant à renforcer la reconnaissance des compétences et la progression salariale

Ils estiment qu’il faudrait développer la rémunération au mérite (44%), l’évaluation des fonctionnaires en tenant compte de la satisfaction des usagers (35%) ou encore la modernisation des modes de management des fonctionnaires (27%).

Les autres mesures arrivent loin derrière, notamment celles concernant la facilitation de la mobilité des fonctionnaires entres les différents secteurs et ministères (22%) ou l’accroissement des possibilités de transfert dans le secteur privé (17%). Surtout, la mesure la moins plébiscitée est la diminution du nombre de fonctionnaires (9%). 

 

Etienne Mercier

Directeur du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

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