OGM : les Français sont partagés

L’enquête réalisée par Ipsos pour Initiatives Biotechnologies Végétales (IBV) laisse apparaître qu'après plus de 10 ans de discussion, les Français se disent toujours relativement mal informés sur le sujet OGM et ont le sentiment d’entendre tout et son contraire. Une prise de position plus claire et plus pédagogique de la part de la communauté scientifique est attendue.

Ces lacunes en termes d’information ne provoquent toutefois pas aujourd’hui de prises de position extrêmes sur le sujet : les Français sont partagés, aussi bien sur les risques liés à la consommation d’OGM que sur les bénéfices que pourrait apporter leur culture.

Les Français reconnaissent avoir des connaissances limitées sur les OGM.

Interrogés sur ce qu’ils savent des OGM, les Français reconnaissent leurs lacunes : une large majorité d’entre eux avoue des connaissances très limitées, voire inexistantes sur le sujet (66%). Parmi eux, 44% (soit une majorité relative) estiment avoir "quelques connaissances générales sur le sujet " et 22% affirment qu’ils ne savent "rien ou pas grand-chose sur les OGM". Seul un Français sur trois déclare au contraire savoir "exactement" ou "assez précisément" de quoi il s’agit (34%).

Les Français ont du mal à se faire une opinion sur la question des OGM et attendent une prise de parole de la communauté scientifique pour les guider.

Près de 3 Français sur 4 ont aujourd’hui le sentiment qu’il est difficile de se faire un avis sur les OGM (74%, dont 42% "tout à fait"). Cette difficulté à se forger une opinion sur le sujet s’explique en partie par le sentiment très répandu que l’on dit "tout et son contraire" sur les OGM (73% des répondants le pensent, dont 44% "tout à fait"). Pour les éclairer sur ce sujet, les Français attendent vraisemblablement beaucoup de la communauté scientifique. Or pour 80% d’entre eux, on n’entend pas assez cette dernière s’exprimer sur les OGM. Une majorité de répondants le pense même "tout à fait" (53%).

En l’absence d’une prise de parole des scientifiques sur le sujet, les Français sont partagés quant au crédit à accorder à la recherche scientifique sur les OGM.

Les Français sont très partagés quant à la recherche scientifique sur les OGM. En effet, presqu’une personne sur deux se dit confiante sur ce point (47%, dont 11% qui ont "tout à fait confiance") contre 50% qui se montrent méfiants (30% déclarent avoir "peu confiance" et 20% "pas du tout confiance").

Un manque de connaissance de la législation française sur les OGM

Depuis 15 ans, les importations et la consommation d’OGM sont autorisées en Europe et en France, alors qu’une levée de moratoire par le Conseil d’Etat permet, depuis novembre 2011, la culture de maïs OGM en France (interdite entre 2008 et 2011). Or si 85% des Français pensent que la culture d’OGM à des fins de recherche est autorisée en France, les avis sont très partagés quant à la légalité des autres pratiques : un Français sur deux estime que la culture d’OGM en France est autorisée (50%). Concernant l’importation d’OGM pour nourrir les animaux, seuls 50% savent qu’elle est autorisée, 36% se trompent en pensant qu’elle est interdite et 14% ne se prononcent pas. Enfin, un peu moins d’un Français sur trois sait que l’importation d’OGM pour notre alimentation est également autorisée (35%, tandis que 56% croient à tort qu’elle est interdite et 9% ne se prononcent pas). 

Les Français sont très partagés sur les risques que présente la consommation d’OGM.

Sur ce sujet, l’opinion des Français est aussi aujourd’hui très clivée. Pour une courte majorité, la consommation des OGM comporte des risques pour la santé humaine (52%), alors que 41% considèrent que rien ne prouve que la consommation d’OGM comporte des risques pour la santé humaine, tandis que 3% sont convaincus que la consommation des OGM ne comporte aucun risque pour la santé humaine et que 4% ne se prononcent pas sur le sujet.

Si les Français estiment que les OGM auront certains effets bénéfiques pour la limitation des pertes de production alimentaire…

Les bénéfices les plus souvent associés aux OGM sont liés à la sécurité alimentaire dans les pays du Sud.  Ainsi, 59% des répondants considèrent (dont 22% "tout à fait") que l’utilisation des OGM résistants aux attaques des insectes ravageurs permettra de limiter les pertes de productions alimentaires dans les pays du Sud. Ils sont néanmoins très partagés sur la capacité des OGM à répondre aux besoins alimentaires croissants (47% sont d’accord contre 48% qui ne le sont pas).  

… ils sont en revanche plus réservés sur les autres bénéfices.

Les bénéfices potentiels concernant moins directement les pays du Sud suscitent plus souvent le doute : Si 39% des répondants considèrent que l’utilisation de plantes OGM permettra de s’adapter à certains effets du réchauffement climatique, 48% d’entre eux sont persuadés du contraire. Par ailleurs, seulement 26% des personnes interrogées estiment que l’utilisation de plantes OGM à valeur nutritionnelle améliorée - enrichies en vitamines ou en fer - apportera un plus aux consommateurs.

 

Etienne Mercier

Directeur du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

Amandine Lama

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