Morale : la classe politique peut mieux faire...

Sans basculer dans le "tous pourris", les Français émettent de sérieuses réserves quant à la moralité des responsables politiques, selon le sondage Ipsos/Logica Business Consulting réalisé pour Lire la Société et publié dans Le Monde. Pour ne rien arranger, les choses auraient plutôt tendance à se dégrader.

La majorité des personnes interrogées se montre plutôt critique sur la moralité du personnel politique. Pour 57% des Français, seuls "certaines femmes et certains hommes politiques respectent les grandes règles de la morale". Pour autant les Français ne cèdent pas à la logique du "tous pourris", même si un sur cinq estime "qu’aucune femme et qu’aucun homme politique ne respecte les grandes règles de la morale". Cette proportion s’élève à 27% chez les ouvriers, 35% chez les personnes sans diplôme et 28% chez les sympathisants du Font national. A l’opposé, une part comparable (22%) considère au contraire que "tout" ou "la plupart" du personnel politique respecte les grandes règles de la morale.

Les doutes sur la moralité en politique s’accompagnent surtout du sentiment que les choses se sont dégradées dans différents domaines : 45% de Français considèrent qu’en 20 ans, "la situation en matière de financement de la vie politique" s’est dégradée (contre 20% qu’elle s’est améliorée et 29% qu’elle est restée inchangée). Un Français sur deux pense que "la sincérité des femmes et des hommes politiques" s’est également dégradée (contre 9% qu’elle s’est améliorée et 39% qu’elle est restée inchangée). Le désarroi est encore plus net s’agissant de "la confusion entre les intérêts personnels et les responsabilités politiques" : 58% des Français pensent que les choses en la matière se sont dégradées en 20 ans (contre 7% qu’elles se sont améliorées et 32% qu’elles sont restées inchangées).

La défense de l’intérêt général est désormais l’une des qualités les plus appréciées pour le personnel politique ; s’en détacher au profit d’intérêts privés est l’attitude la moins acceptable.

Comme pour faire écho aux polémiques sur les conflits d’intérêts qui ont traversé le débat politique ces derniers mois et pour manifester leur souhait d’avoir une classe dirigeante plus impartiale, les Français placent "le sens de l’intérêt général" au premier rang des qualités les plus appréciées chez les femmes et les hommes politiques. Avec 40% de citations, cet élément partage la tête du classement avec "la conviction pour des idées ou pour une cause", devant "le réalisme et le sérieux lorsqu’ils sont aux affaires" (31% de citations) et "leur capacité à prendre en compte les préoccupations et les problèmes". Ce dernier item n’est cité que par 25% des sondés, au 4ème rang dans la hiérarchie. Ces résultats montrent que les attentes à l’égard du personnel politique sont moins axées sur la prise en charge des problèmes et des préoccupations individuelles qu’on a parfois tendance à le dire, mais davantage tournées vers la défense de l’intérêt de tous.

Confirmant ce déplacement, les Français mettent au 1er rang des attitudes les moins acceptables en politique le fait de "défendre les intérêts privés plutôt que l’intérêt général". Avec 31% de citations, ce type d’attitude est encore plus fréquemment cité que les reproches plus traditionnels tels que "les promesses non tenues", "la langue de bois" ou "le cumul des mandats".

Les Français attentent des responsables politiques un discours de vérité sur la situation du pays.

En plus d’un recentrage sur l’intérêt général, les résultats de l’enquête montrent que les Français attendent un discours de vérité de la part de la classe dirigeante. Dans un contexte de crise économique inédit et à trois mois du premier tour de l’élection présidentielle, une très large majorité de Français (80%) considère que les femmes et les hommes politiques ont en effet "intérêt à dire la vérité sur la situation du pays s’ils veulent être élus" (contre 19% qui pensent qu’ils n’ont pas intérêt à dire la vérité s’ils veulent être élus). Cette exigence accrue de vérité semble concomitante d’une certaine lassitude de l’opinion à l’égard des "promesses non tenues", qui, avec 29% de citations, se classent au deuxième rang des attitudes jugées les moins acceptables en politique.

Stéphane Zumsteeg

Directeur du Département Opinion et Recherche Sociale, Ipsos Public Affairs

Vincent Dusseaux

Directeur d'études, Ipsos Public Affairs

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