Les Français et le système de santé

L'enquête réalisée par Ipsos et Logica Business Consulting pour Comfluence et la Fédération de l’Hospitalisation Privée montre que les Français ont une très bonne opinion de la qualité des soins prodigués dans leur pays. Ils n'en demeurent pas moins conscients du coût du système, tant au niveau individuel - de nombreuses personnes ont du renoncer à des soins cette année, que collectif - ils estiment que son financement est menacé. Dès lors, l'opinion semble prête à débattre des mesures à prendre pour en assurer la pérennité.

S’il est un domaine sur lequel les Français se montrent confiants, c’est sur la valeur de leur système de soins. En effet, pour une large majorité d’entre eux, le système français offre des soins de qualité (89% le pensent contre 11% qui ne sont pas d’accord avec cette affirmation). Cette idée est majoritairement présente dans l’ensemble des catégories de la population.

Le maillage des infrastructures de soin sur l’ensemble du territoire est également un atout fort du système. Pour trois personnes interrogées sur quatre (75%), le système de santé français permet à chacun d’accéder facilement à un médecin ou à un hôpital à proximité de chez soi (contre 25% en désaccord avec cette affirmation). Même dans les zones rurales, cette opinion est majoritaire, 71% des personnes résidant dans les communes de moins de 2 000 habitants sont d’accord avec cette affirmation et 81% des personnes vivant dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants. Dans le détail, c’est surtout la médecine de ville qui fait du système de soins français un service public de proximité. 98% des personnes interrogées se disent proches d’une pharmacie, 92% de leur médecin généraliste, 88% d’un laboratoire d’analyses médicales. Là encore, ces trois acteurs de la médecine de proximité sont bien représentés en zones rurales : 95% des ruraux disent être proches d’une pharmacie, 93% de leur médecin généraliste et 73% d’un laboratoire d’analyses médicales.

En plus de ses qualités intrinsèques reconnues, le système de santé bénéficie d’un capital de confiance exceptionnel auprès de la population. La majorité a confiance dans sa capacité à faire face aux grands enjeux de santé publique des années à venir. 82% lui font confiance pour faire face au cancer, 80% pour prendre en charge la douleur et 87% pour faire face aux maladies chroniques (diabète, maladies cardiaques, etc.). Seule la prise en charge des maladies mentales laisse une partie de l’opinion circonspecte (56% lui font confiance dans ce domaine, contre 44% qui ne lui font pas confiance).

Les acteurs du système de santé disposent également d’une cote de confiance importante auprès du grand public. 84% des Français ont confiance dans les médecins, 74% dans les hôpitaux publics, 74% dans les pharmaciens. A noter qu’au lendemain de l’affaire du Médiator, les avis sont partagés sur les laboratoires pharmaceutiques (avec une cote de confiance à 50%) et sur l’Assurance Maladie (48%). En revanche, la défiance est majoritaire à l’égard des pouvoirs publics 33% de confiance contre 67% qui ne leur font pas confiance. On voit là poindre une première manifestation des craintes des Français quant à l’avenir de leur système de santé et des doutes qu’ils ont quant à la capacité des pouvoirs publics à en assurer la pérennité.

Satisfaits du système, les Français n’en demeurent pas moins conscients de son coût tant au niveau individuel que collectif.

Si la qualité des soins est un acquis, les Français en connaissent le coût. Un coût à la fois collectif et individuel qui donne parfois le sentiment qu’il existe en France une médecine à deux vitesses. 50% des Français s’opposent à l’idée selon laquelle le système de santé français offre des soins financièrement accessibles à tous. Les catégories populaires sont d’ailleurs majoritairement en désaccord avec cette affirmation : 64% des ouvriers s’y opposent, 54% en employés contre seulement 40% des cadres.

D’ailleurs, une part importante des sondés déclare avoir déjà renoncé à des soins cette année en raison de leur coût (39%), une pratique qui touche davantage les catégories les plus fragiles : les femmes (42% contre 35% des hommes), les jeunes (43% des moins de 35 ans contre 37% des 35 ans et plus). Les personnes à faibles revenus sont particulièrement exposées à ce phénomène : 53% des ménages à moins de 1 200 euros mensuels ont déjà renoncé à des soins en raison de leur coût ; 41% l’ont déjà fait plusieurs fois. Pour ceux qui renoncent à des soins, la crainte d’être exclu du système est réelle et la défiance à l’égard des pouvoirs publics forte : 63% s’opposent à l’idée selon laquelle le système français de soins est accessible à tous et 72% ne font pas confiance aux pouvoirs publics pour faire face aux grands enjeux auxquels le système de santé français sera confronté dans les prochaines années. Pour ces personnes, l’avenir du système de santé doit être un enjeu primordial lors de la prochaine élection présidentielle (à 55%).

Après remboursement, c’est le coût de certains équipements (lentilles, lunettes ou prothèses etc.) qui pèse le plus sur les dépenses de santé des Français (72% de citations) ; alors que les frais liés aux médicaments, aux hospitalisations ou aux dépassements d’honoraires sont peu cités (respectivement 10%, 5% et 13%).

Au niveau collectif, l’enquête montre que les Français estiment encore aujourd’hui que le manque de civisme est la principale explication de la hausse des dépenses de santé, notamment les abus et les fraudes des patients (70% de citations) et les actes médicaux superflus (59%). Pour autant, on voit poindre une certaine prise de conscience : le vieillissement de la population est cité par près de 6 personnes sur 10. Il n’en reste pas moins que le financement des progrès techniques et médicaux ne sont cités que par 21% des sondés, bien en deçà des problèmes de gestion des établissements (40%).

Face au coût des soins, presque tous les Français considèrent qu’en l’état, le financement du système de santé français est menacé

La hausse des dépenses de santé et leur prise en charge rendent l’opinion réservée sur l’avenir du système. Pour une très large majorité de Français, son financement est menacé (91% le pensent, contre 9% pour qui il ne fait pas l’objet de menace). Alors que les Français sont satisfaits de la qualité des soins, ils sont inquiets sur la capacité du système à se financer tout en conservant son niveau de prestation actuel.

L’incertitude n’alimente pas pour autant le souhait d’une vaste réforme. Au contraire, 64% des Français plaident pour une simple adaptation et quelques aménagements et 15% préfèrent le conserver dans son état actuel. Seuls 21% des personnes interrogées souhaitent une réforme en profondeur. Face à l’incertitude qui plane sur le financement, le conservatisme de l’opinion peut surprendre.

Dans ce contexte, il existe au sein de la société française une réelle aspiration au débat sur le système de soin

Alors que la pérennité du système de soins pose question, une importante majorité des Français souhaite que la campagne pour l’élection présidentielle donne la possibilité d’un réel débat autour de ce thème. 52% estiment même qu’il s’agit d’un enjeu primordial de la prochaine élection. La prise de conscience de la menace qui pèse sur le financement du système de soins se retrouve dans les mesures que les Français sont prêts à accepter pour le réformer. A 12 mois de l’échéance, l’enquête dresse un panorama des solutions envisagées pour pérenniser son financement. Plusieurs groupes de mesures apparaissent :

- Les mesures consensuelles, qui bénéficient d’un fort soutien de l’opinion. Il s’agit de la réduction des dépassements d’honoraires (78% des Français y sont favorables), d’une amélioration de la gestion des établissements de soins (83%) et d’un développement des soins de ville pour réduire le recours à l’hôpital (74%). Ce soutien est logique puisque ces mesures ne concernent pas directement les patients.

- Les mesures acceptables, auxquelles les Français ne sont pas favorables mais qu’ils jugent néanmoins nécessaires alors même qu’elles touchent les patients directement. Il s’agit d’une augmentation du niveau des cotisations sociales (44% la jugent nécessaire bien qu’ils y soient défavorables, 6% y sont favorables et 50% opposés) ; d’une augmentation de la part des dépenses remboursées par les mutuelles (33% considèrent que c’est nécessaire mais y sont défavorables, 42% y sont favorables et 25% opposés) ou du financement de la Sécurité Sociale par l’emprunt (40% jugent cette piste nécessaire mais y sont défavorables, 17% y sont favorables et 43% opposés). Le financement par l’emprunt n’est pas plébiscité par l’opinion, preuve l’idée selon laquelle la dette ne pourra pas résoudre tous les problèmes fait son chemin.

- Les mesures inacceptables, que les Français ne jugent pas nécessaires et auxquelles ils sont opposés. Il s’agit essentiellement de la baisse du niveau des remboursements des soins (68% y sont opposés) et de la baisse du niveau des remboursements de certains médicaments (57%).

 

Le choix des établissements de santé : les médecins sont prescripteurs, les hôpitaux publics accessibles à tous mais les cliniques privées plus efficaces et soucieuses du bien-être des patients.

Les médecins disposent d’un capital de confiance très important au sein de la population. Aussi, s’imposent-ils logiquement comme principaux prescripteurs pour les patients qui doivent choisir un établissement de santé en vue d’une intervention. Leur avis fait partie des trois principaux critères de choix pour 63% des personnes interrogées. En second lieu suivent la réputation des médecins qui exercent dans l’établissement (55% de citations) et la bonne réputation du lieu (47%). Les classements publiés dans la presse n’apparaissent pas directement dans les critères de choix du grand public. Néanmoins, on peut supposer qu’ils ont une influence indirecte sur les patients, notamment via le bouche-à-oreilles et les leaders d’opinion.

Les cliniques privées bénéficient d’une très bonne image auprès des Français. Comme dans les hôpitaux publics, la qualité des soins y est reconnue (89% estiment qu’elle est bonne ; 83% dans les hôpitaux publics). Les cliniques se distinguent nettement sur leur capacité à proposer un accueil et un séjour de qualité (reconnue par 88% contre 65% dans les hôpitaux publics) et à être rapides dans la prise en charge des patients (80% contre 46% dans les hôpitaux publics). Elles sont également plus à même d’assurer une bonne gestion comptable (81% contre 55% aux hôpitaux publics). A noter toutefois que les Français considèrent que les hôpitaux publics sont plus aptes à garantir l’égalité de tous à l’accès aux soins.

FOCUS : Les usagers sont très satisfaits de la qualité des soins mais craignent pour l’accessibilité financière du système.

L’opinion des usagers du système de soins – ceux qui ont été hospitalisés aux cours des 12 derniers mois – est proche de l’ensemble de la population. Comme le grand public, ces personnes ont une bonne perception de la qualité des soins ce qui traduit une réelle satisfaction à l’égard du système. 89% estiment que la qualité des soins est bonne (un chiffre identique à l’ensemble) et 73% sont d’accord avec l’idée selon laquelle le système français permet à chacun d’accéder facilement à un médecin ou à un hôpital à proximité de chez soi (75% dans l’ensemble).

En revanche, cette population redoute encore plus une inflation des dépenses de santé et craint de ne plus pouvoir bénéficier d’un système devenu trop onéreux. 54% s’opposent à l’idée selon laquelle les soins sont financièrement accessibles à tous (contre 50% dans l’ensemble). Déjà, 44% déclarent avoir renoncé à des soins en raison de leur coût (contre 39% dans l’ensemble).

Fiche technique :

Enquête réalisée par Ipsos et Logica Business Consulting pour Comfluence et la Fédération de l’Hospitalisation Privée auprès d’un échantillon de 996 personnes représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus. Les interviews ont été réalisées on line via l’Access Panel d’Ipsos du 11 au 15 avril 2011.

Etienne Mercier

Directeur du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

Vincent Dusseaux

Directeur d'études, Ipsos Public Affairs

Etienne Mercier

Directeur du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

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