L'homme idéal est drôle, attentionné et imprévisible

L'enquête Ipsos-Côté Femme tente un portrait de l'homme idéal. La recette des femmes interrogées ? De l'écoute, de l'humour, de la générosité, un peu de Johnny Depp, un soupçon de Yannick Noah... pour un résultat finalement assez proche de leur propre compagnon.

L'homme idéal existe-t-il ?


Les hommes d'aujourd'hui… presque des hommes idéaux

L'homme incapable de montrer ses sentiments, indifférent à l'épanouissement de sa compagne et incapable de s'investir dans la vie familiale et quotidienne est peut-être en voie de disparition. C'est en tout cas ce que semblent dire les femmes, qui pour une large majorité d'entre elles estiment que les hommes aujourd'hui savent suffisamment se montrer affectueux ou tendres avec ceux qu'ils aiment (65%), respecter la liberté et le jardin secret de leur compagne (63%) et dans une moindre mesure s'occuper des enfants au quotidien (58%), soutenir et pousser leur compagne dans leur carrière (55%) et s'impliquer dans les tâches ménagères (52%). Si l'homme idéal est celui qui accomplit toutes ces tâches, alors il ne relève peut-être plus du fantasme mais bel et bien d'une réalité

Mais tout n'est pas encore gagné… Une forte proportion de femmes jugent encore insuffisants les efforts de ces messieurs concernant l'implication quotidienne auprès des enfants (41%), le soutien dans leur carrière (41%) et surtout l'implication dans les tâches ménagères (47%). Notons même que plus une femme a d'enfants, moins elle est satisfaite de l'implication des hommes auprès des enfants : si 64% des mères de famille qui ont un enfant jugent les efforts des hommes suffisants dans ce domaine, elles ne sont plus que 54% à penser de même quand elles ont deux enfants et 47% quand elles en ont trois. Faire des efforts lors de la venue du premier enfant, c'est bien, mais poursuivre pour les suivants, c'est encore mieux ! L'image de la femme mère de famille qui gère le quotidien tandis que l'homme mène sa carrière tambour battant n'est pas encore totalement révolue et il reste du chemin à parcourir aux hommes s'ils veulent satisfaire pleinement les femmes et s'enorgueillir de frôler la perfection. Arriveront-ils à devenir des fées du logis, soulager leur compagne dans l'éducation des enfants et accepter de faire des sacrifices professionnels pour permettre à leur moitié de réussir sa carrière ? A bon entendeur…

Plus sérieusement, les femmes d'aujourd'hui éprouvent de plus en plus fortement le besoin de s'épanouir au sein de leur vie professionnelle, au même titre que les hommes et sans que les nécessités de la vie quotidiennes ne deviennent un fardeau et un frein à leur carrière. Dès lors, n'est-il pas compréhensible qu'elles expriment aussi de fortes attentes vis-à-vis de tout ce qui leur permettrait de gérer plus facilement leur vie familiale et leur vie professionnelle, et plus spécifiquement une plus forte implication des hommes dans la gestion de la vie quotidienne ?

La jeune génération semble avoir pris conscience de l'enjeu. Les jeunes femmes d'aujourd'hui considèrent le plus souvent que les hommes en font " beaucoup plus " aujourd'hui par rapport aux générations précédentes.

Signe que les hommes d'aujourd'hui semblent plus impliqués qu'autrefois, les femmes de moins de 35 ans sont nettement plus nombreuses que celles qui ont plus de 35 ans à estimer que les hommes se montrent suffisamment tendres avec ceux qu'ils aiment (82% des moins de 35 ans sont d'accord contre seulement 57% des moins de 35 ans), respectent suffisamment leur jardin secret (76% contre 57%), et les poussent suffisamment dans leur carrière (61% contre 51%). Mais l'exigence des jeunes femmes n'est pas encore totalement satisfaite… le gros point noir demeurant, encore et toujours, l'implication des hommes dans les tâches ménagères : une majorité de femmes de moins de 35 ans (57%) estime que leurs efforts dans ce domaines sont encore insuffisants. Les trois quarts (73%) de celles qui ont entre 15 et 19 ans partagent même ce point de vue ! Au contraire, leurs aînées de plus de 35 ans, plus indulgentes - ou plus résignées ? - estiment majoritairement (56%) qu'ils font suffisamment d'efforts.

On se retrouve alors face à un paradoxe intéressant. Les hommes ont beaucoup changé. Ils s'impliquent de plus en plus dans la vie domestique et familiale (comme ils ne l'avaient très certainement jamais fait auparavant) mais dans le même temps les jeunes femmes expriment des attentes qui vont très certainement au-delà de ce que leurs compagnons font aujourd'hui. Il est très probable que derrière ce phénomène, se joue aussi une partie de l'avenir du débat sur la parité. La jeune génération estime de plus en plus que chacun au sein du couple doit pouvoir assumer tous les rôles (gestion de la vie quotidienne, tâches ménagères, courses, éducation des enfants…). Le maître mot est l'épanouissement personnel (dans la famille et dans le travail).


Son homme… l'homme idéal ?

Mais que les hommes se rassurent… S'ils ne sont pas encore parfaits, ils continuent de peser dans la vie des femmes. Et sans complexe d'Œdipe inversé. Pour la moitié des femmes (49%), c'est leur compagnon qui compte ou a le plus compté dans leur vie, loin devant leur père (19%) ou leur fils (13%). Pas de quoi être jaloux non plus, puisque seule une petite minorité des répondantes indique qu'elle a été principalement marquée par son premier amour (7%) ou son meilleur ami (5%). L'âge encore une fois est une variable déterminante : les femmes de moins de 35 ans, peut-être moins installées en couple ou pas encore mères citent davantage leur père (31%) que les femmes de plus de 35 ans (14%) qui elles citent beaucoup plus leur compagnon (54% contre 39% des moins de 35 ans). Notons que pour les mères qui ont au moins un enfant, leur fils arrive en seconde position (21%) après leur compagnon.


Portrait robot de l'homme idéal


Désordonné mais pas égoïste

Incapable de ranger ses vêtements ou de faire son lit, les hommes sont souvent accusés d'être désordonnés. Qu'à cela ne tienne, ce n'est pas un problème pour une majorité de femmes puisque 54% d'entre elles estime que ce défaut est le plus acceptable, loin devant tous les autres qui ont été testés. Les femmes issues des catégories sociales supérieures sont encore plus indulgentes (73% des femmes cadres et 71% de celles titulaires d'un diplôme supérieur à Bac+3 jugent que c'est le défaut le plus acceptable), de même que les femmes plus jeunes (62% des moins de 35 ans jugent que c'est le défaut le plus acceptable contre 50% des plus de 35 ans).

Notons enfin que les femmes sont plus indulgentes envers les hommes macho (7%) et dragueurs (7%) que radins (4%) ou paresseux (3%)… Mais que les hommes ayant tendance à insister sur leur virilité ne croient pas que ces attributs soient un avantage fiable. Tout d'abord, ce défaut est jugé le plus acceptable par une très faible proportion de femmes. En revanche, il arrive en deuxième position parmi les défauts jugés les moins acceptables. Pour le quart des femmes (24%), c'est l'égoïsme qui est rédhibitoire, mais le machisme vient juste après (17%), suivi par trois défauts jugés inacceptables par une proportion similaire de femmes : la mauvaise foi (13%), la paresse (13%) et l'avarice (12%). Les femmes de moins de 35 ans sont particulièrement hostiles à l'attitude machiste: un quart d'entre elles (24%) jugent que c'est le défaut le moins acceptable, quasiment à égalité avec l'égoïsme (26%), tandis que les femmes de plus de 35 ans sont 13% seulement à juger que le machisme est le défaut le moins acceptable, ces dernières étant plus choquées par des hommes paresseux (16%) ou de mauvaise foi (15%). La figure de l'homme macho mais terriblement séduisant à la Marlon Brando, si elle peut encore attirer les femmes de plus de 35 ans, n'est plus de mise auprès des femmes plus jeunes…


Johnny Depp pour la nuit, Yannick Noah pour discuter

Près d'une femme sur cinq (18%) aimerait passer la nuit avec Johnny Depp, 15% avec Yannick Noah et 14% avec Patrick Bruel. Le trio de charme des femmes se recrute donc dans le monde du cinéma et de la chanson, plus que dans le monde politique (Bernard Kouchner arrive en 4ème position, cité par 8% des femmes), sportif (Zinédine Zidane n'est que 5ème avec 7%) ou journalistique (Patrick Poivre d'Arvor n'est cité que par 5% des femmes).

Ce sont surtout les femmes de moins de 35 ans (41%), et notamment celles qui ont entre 20 et 24 ans (49%), qui aimeraient passer la nuit avec Johnny Depp. En revanche, leurs aînées sont moins sensibles au charme de l'acteur puisque seulement 7% des femmes de plus de 35 ans aimeraient passer la nuit avec. Le choix de ces dernières se porte moins massivement sur une personne: 16% citent Yannick Noah, 15% Patrick Bruel et 12% Bernard Kouchner, qui arrive en tête chez les femmes de 60 à 69 ans (19% aimeraient passer la nuit avec).

En revanche, Johnny Depp n'est pas le confident rêvé des femmes (6% seulement jugent qu'il pourrait être leur confident). Elles lui préfèrent largement Yannick Noah (23%), Patrick Poivre d'Arvor (16%) ou Bernard Kouchner (15%). Les hommes plus murs, à défaut d'être attirants pour passer la nuit avec, semblent être appréciés pour leur capacité d'attention, peut-être parce que leur plus grande expérience de la vie semble être un meilleur gage d'écoute et de compréhension. Les hommes exerçant dans le domaine politique ou journalistique sont peut-être également jugés plus sérieux pour recueillir des confidences.

Néanmoins, les plus jeunes (27% des 15-19 ans) maintiennent leur préférence pour Johnny Depp même comme confident tandis que celles qui ont entre 20 et 24 ans font une nette différence entre une nuit passée avec lui et une oreille attentive à leurs problèmes : elles ne sont plus que 5% à le souhaiter comme confident et lui préfèrent largement Yannick Noah (28%) et Zinédine Zidane (27%). Notons que Yannick Noah arrive en tête chez les mères de famille (33%). Son statut de père de famille nombreuse, qui a la garde d'une partie de ses enfants, explique peut-être cela.

Mais la question reste entière de savoir comment les hommes d'aujourd'hui, à défaut d'être des stars ou de parvenir totalement à incarner l'homme idéal, peuvent-ils néanmoins plaire aux femmes et surtout faire leur bonheur ?


Comment faire le bonheur des femmes ?


La recette? De l'attention et de l'humour, à doser en fonction de la cible à séduire

Les clichés sont parfois bons à détruire. Pour plaire aux femmes, inutile de faire valoir un physique avantageux ou de tenter de les flatter. Pour leur plaire, les hommes doivent surtout les écouter (pour 37% des femmes), les faire rire (30%) et les surprendre (21%). Seules 6% indiquent qu'un homme doit d'abord les attirer physiquement et 4% leur faire des compliments. Mais tout dépend également de la cible à séduire… L'humour fera des ravages auprès des jeunes femmes : 37% des femmes de moins de 35 ans - notamment celles qui sont âgées de 15 à 19 ans (51%) et de 20 à 24 ans (47%) - disent que pour leur plaire un homme doit d'abord les faire rire. En revanche, l'écoute sera une vertu particulièrement efficace pour plaire aux femmes de plus de 35 ans, pour qui le rire est certes important (il arrive en deuxième position) mais faute probablement d'être aussi insouciantes que leurs cadettes, est secondaire par rapport à l'attention, réclamée avant tout. La catégorie socioprofessionnelle joue également puisque les femmes cadres supérieur (33%) ou exerçant une profession intermédiaire (36%) souhaitent d'abord qu'on les fasse rire tandis que les femmes employées (35%) ou ouvrières (34%) préfèrent davantage être écoutées.


Promouvoir l'égalité dans le monde du travail

Enfin, les hommes seront sans doute largement appréciés s'ils cherchent à promouvoir l'égalité entre sexes, notamment dans le monde du travail. La parité, dont on a tant parlé dans le domaine politique, est surtout réclamée par les femmes dans le domaine professionnel et quotidien. En effet, près des deux tiers d'entre elles (62%) estiment que c'est dans le monde du travail qu'il est le plus urgent d'œuvrer pour l'égalité entre hommes et femmes, en favorisant l'égalité des salaires, l'accès à des postes importants pour les femmes etc. La vie quotidienne (15% des citations) arrive en deuxième position, comme un écho aux quelques reproches émis par les femmes à l'encontre des hommes d'aujourd'hui. La politique n'apparaît en revanche pas comme une priorité puisque seules 8% des femmes pensent que c'est dans ce domaine qu'il est le plus urgent d'agir, derrière le monde des médias (13%). Mais les femmes cadres (19%) sont nettement plus nombreuses à souhaiter que l'on œuvre urgemment pour la parité en politique.

Ce sont surtout les femmes de 25 à 34 ans qui souhaitent que l'on agisse pour promouvoir l'égalité dans le monde du travail : 70% d'entre elles émettent ce souhait, sans doute parce que dans cette tranche d'âge, on trouve plus de femmes actives, en début de carrière et désirant sans doute s'investir dans leur travail. Notons que les mères de famille placent également l'urgence dans le monde du travail, même si plus elles ont d'enfants, plus elles insistent sur l'égalité dans la vie quotidienne (de 11% des femmes qui ont un enfant à 25% des femmes qui ont trois enfants).

Jean-François Doridot

Directeur Général, Ipsos Public Affairs

Christelle Craplet

A la une en ce moment :