Mariage homosexuel : près de six Français sur dix y sont favorables

En annonçant qu’il allait marier un couple homosexuel le 5 juin prochain dans sa mairie de Bègles, Noël Mamère a relancé le débat sur le mariage des homosexuels, provoquant une intervention du Garde des Sceaux, du Premier Ministre et même du Président de la République sur le sujet. L'enquête réalisée par Ipsos pour le magazine TETU révèle l'état de l'opinion sur le sujet : à présent la majorité des Français sont favorables au mariage homosexuel ; ils restent en revanche encore plus réservés sur la reconnaissance pour ces couples du droit d'adoption.

Une majorité de Français se prononce désormais POUR le mariage homosexuel…

Alors, les Français sont-ils aujourd'hui prêts à réformer les dispositions de l'article 75 du code civil, spécifiant que le maire ou l'adjoint au maire doit recevoir le consentement des époux qui "veulent se prendre pour mari et femme" ?

Sans ambiguïté, la réponse est : Oui. La majorité des Français se dit aujourd'hui favorable au droit pour les couples homosexuels de se marier civilement (57% dont 22% sont même tout à fait favorables). En quatre ans, la population qui était encore très partagée sur ce point (en 2000, 48% de la population y était favorable, 50% opposée), a basculé et semble désormais soutenir le droit pour toutes les personnes du même sexe qui le désirent, de passer devant monsieur le maire. Aujourd'hui, seulement 38% des Français sont opposés au mariage des homosexuels.

De fait, au-delà de l'assentiment au principe même du droit de se marier, TETU a voulu savoir si les Français étaient favorables à la mise en place concrète de ce droit, par des mesures. Les résultats de l'enquête montrent qu'il existe encore aujourd'hui un décalage entre l'assentiment sur le principe même ( Pensez-vous que les couples homosexuels devraient avoir le droit de se marier ? 64% des Français répondent OUI - sondage IFOP / ELLE) et celui sur la mise en place effective de ce droit (57% des Français y sont favorables – sondage IPSOS / TETU). Au demeurant, on note aussi une évolution identique entre 2000 et 2004 sur les deux sujets. Entre les deux périodes, l'adhésion au principe enregistre une évolution de 8 points (passant de 56% à 64%) tandis que l'attachement à sa mise en place effective progresse de 9 points (passant de 48% à 57%).

L'analyse détaillée des résultats montre toutefois que le sujet génère encore des clivages importants au sein de la population. Ainsi, on note que l'âge est ici un facteur fortement discriminant : si 75% des moins de 35 ans se disent favorables au mariage homosexuel (24% d'entre eux pensent le contraire), seulement 48% des plus de 35 ans pensent de même (44% d'entre eux y sont opposés). On note aussi que les femmes se montrent globalement plus favorables à cette réforme (61% contre 53% pour les hommes).

La sensibilité politique joue aussi très fortement. Les plus favorables sont les personnes déclarant une proximité politique Verts (82% favorables) et PS (66%). En revanche, les personnes les moins favorables à cette réforme sont celles affirmant une sensibilité UDF (38% de favorables) et UMP (39%).

 …mais reste toutefois opposée à la reconnaissance du droit d'adoption pour les couples homosexuels

Les Français se prononcent aujourd'hui majoritairement contre le droit pour les couples homosexuels à adopter des enfants (56% y sont opposés). Toutefois, on note qu'en 4 ans, l'opinion de la population a fortement évolué sur ce sujet. Nul doute que les mentalités sont en train de changer : en 2000, seulement 29% des Français se disaient favorables à la reconnaissance d'un droit à l'adoption et en moins de 4 ans, le camp des personnes « pour » a gagné 11 points (40% y sont désormais favorables).

Là encore, on remarque l'existence de clivages importants au sein de la population. Si les plus jeunes se disent majoritairement favorables à la reconnaissance de ce droit (56% des moins de 35 ans contre 44% qui soutiennent l'opinion inverse), en revanche, les plus âgés expriment une opposition assez forte (63% des plus de 35 ans). On note aussi que les femmes affichent des opinions plus favorables à la reconnaissance du droit à l'adoption (46% contre 34% pour les hommes).

La revalorisation des droits des homosexuels : une demande très forte

Reste que les Français ont aujourd'hui majoritairement le sentiment que le fait de ne pas pouvoir se marier est une discrimination "importante" à l'encontre des homosexuels (51%). Si les plus âgés sont plus partagés, (47% estiment que cela ne génère pas aujourd'hui de discrimination importante, contre 42% d'avis contraire), les jeunes considèrent très majoritairement que l'impossibilité de se marier est aujourd'hui une source d'inégalité (70%).

La possibilité pour les personnes qui ont conclu un PACS de pouvoir disposer exactement des mêmes droits que les personnes mariées en matière de fiscalité, de succession ou encore de titres de séjours, recueille un assentiment plus net : 77% des Français se disent aujourd'hui favorables à cette mesure, tandis que seulement 20% y sont opposés. On note sur cette question la disparition des clivages précédemment observés. La revalorisation des droits des personnes pacsées et notamment des homosexuels est aussi bien soutenue par les hommes que par les femmes (respectivement 73% et 79%), par les plus jeunes et les plus âgés (84% et 73%), par la majorité des sympathisants de toutes les formations politiques : extrême gauche (71%), PC (88%), PS et verts (86%), UDF (65%), UMP (69%) ou encore FN-MNR (65%). La mesure est même encouragée par la plupart de ceux qui se disent aujourd'hui opposés à la possibilité pour les homosexuels de se marier civilement (55%).

Etienne Mercier

Directeur du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

Etienne Mercier

Directeur du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

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