L'effet mondial dope la popularité de l'exécutif

Jacques Chirac gagne quinze points et Lionel Jospin dix points dans le dernier baromètre Ipsos-le Point, réalisé le jour et le lendemain du match France-Italie. La fièvre footballistique créé un climat d'union nationale.

C'est l'effet foot. La popularité des dirigeant politiques français est littéralement dopée par le Coupe du monde de football. La dernière enquête du baromètre Ipsos-le Point a été réalisée le jour et le lendemain du match France-Italie du vendredi 3 juillet. Le chauvinisme sportif d'un certain nombre de personnes interrogées déteint fortement sur leurs opinions politiques.

Jacques Chirac est le plus grand bénéficiaire de ce vent d'euphorie footballistique. Sa cote d'action bondit de quinze points en un mois pour se hisser à 68% d'opinions favorables. Les opinions négatives à l'égard du chef de l'Etat reculent aussi fortement pour ne plus représenter que 25% des sondés. Cette "chiracomania" poussée par le ballon rond touche d'abord les milieux populaires. La cote du président de la République grimpe d'autant plus que les revenus de la personne interrogée sont modestes. L'effet foot est de 20 points dans la tranche la plus basse et seulement de 7 points dans la catégorie la plus aisée. La popularité chiraquienne s'améliore spectaculairement parmi les artisans, commerçants, chefs d'entreprise (+20) et les ouvriers (+14) alors qu'elle reste moins agitée chez les cadres supérieurs (+5). La transe du Mondial permet au chef de l'Etat d'être miraculeusement approuvé par près des deux-tiers des sympathisants socialistes et même par une majorité relative de proches du Front national !

Lionel Jospin est l'autre "vainqueur" de la Coupe. Sa cote Ipsos-le Point gagne dix points pour des raisons analogues. Les jeux du stade permettent au premier ministre de décrocher un score de popularité exceptionnel: 70% d'opinions favorables contre seulement 24% de mécontents. Loin d'être "grincheuse", la France lui sourit comme jamais au lendemain de sa qualification pour les demi-finales. L'union sacrée réalisée autour de l'équipe de France rend le chef du gouvernement, pour un temps, majoritaire dans tous les électorats. Dans la ferveur footballistique ambiante, même les sympathisants du FN communient avec le premier ministre socialiste...

Là encore, les milieux supposés les plus réceptifs au football sont les plus atteints par le phénomène. La cote de Jospin progresse de 15 points dans la tranche des revenus la moins élevée contre seulement 5 points dans la catégorie la plus favorisée. Les jugements positifs à l'égard du premier ministre s'alourdissent de 23 points parmi les ouvriers alors qu'ils restent stables chez les cadres supérieurs.

Le football serait-il le nouvel opium du peuple ? Les deux protagonistes de la cohabitation n'avaient pas manqué d'assister au match France-Italie du 3 juillet. Chirac félicita l'équipe de France pour son jeu "formidable" tandis que Jospin levait les bras aux côtés de Michel Platini. Le premier a confessé qu'il se rêvait en "goal" - celui qui assure en dernier recours - et le second n'a pas refusé une double comparaison avec Aimé Jacquet et Zinedine Zidane... Le climat passionnel et fusionnel engendré par la Coupe du monde profite, au demeurant, à toutes les personnalités politiques... à l'exception de Jean-Marie Le Pen. Cette euphorie nationale n'est pas destinée à durer, à moins peut-être que la France ne décroche le trophée suprême. L'ampleur du phénomène est une manifestation supplémentaire de l'affaiblissement des identifications politiques des électeurs.

Jean-François Doridot

Directeur Général, Ipsos Public Affairs

Eric Dupin

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